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samedi 5 juillet 2008

Magali Duru

Il y a peu, je découvrais la plume de Magali Duru avec son recueil de nouvelles Les beaux dimanches ; une lecture qui m'avait procuré beaucoup de plaisir.
J'ai eu envie de connaître un peu de ses habitudes d'écriture et de revenir avec elle sur certaines de ses nouvelles.

Voici ses mots, accompagnés de deux photos choisies par elle-même pour illustrer ses propos.

Magali, merci du fond du coeur d'avoir pris le temps de me répondre et...

JOYEUX ANNIVERSAIRE !

Avec quoi écrivez-vous ?

L’ensemble du recueil Les Beaux dimanches a été écrit à l’ordinateur. Lentement, je ne tape pas vite, et avec des retours nombreux, des corrections et modifications fréquentes. Mais au clavier, toujours, trace d’un blocage antérieur par rapport à l’écriture personnelle, fictionnelle, qui a duré longtemps. Quand j’écris à la main, mon écriture est illisible. Sans doute est-ce pour cela que l’élégance du trait de pinceau des lettrés japonais m’a tant fait rêver…

Exemple de calligraphie d'un poème de Liu Yuxi traduit en anglais - Musée de Singapour, mars 2005
© Magali Duru

Quand et comment écrivez-vous ?

L’inspiration, surtout la première étincelle, est, toujours imprévisible, surprenante, et indépendante du moment de la journée ! C’est vrai que si on pouvait retenir tout ce qu’on imagine au réveil le matin, ou le soir en s’endormant ce serait merveilleux. Mais marcher, faire un jogging, jardiner, repasser, conduire, tout ce qui met le corps en mouvement mais laisse l’esprit libre est propice. Choix difficile alors : terminer l’activité (au risque de tout oublier ensuite ?) ou aller écrire ? Quand tout coince, je pars faire un tour au jardin. Accrochée comme je suis à mon clavier, j’écris évidemment là où est mon ordinateur, dans le bureau. De préférence le soir, je ne suis pas vraiment du matin…

Pouvez-vous me dire comment est née la première nouvelle de votre recueil Les beaux dimanches, Le Maître des Kanji ?

Oui, c’est une des nouvelles dont je me rappelle précisément la genèse. J’ai emprunté un jour en bibliothèque un livre sur la calligraphie japonaise et j’ai vécu avec ce livre magnifique pendant un mois, fascinée. Par les dessins, les techniques, la philosophie de cet art qui mêle poésie et peinture. Petit à petit, le personnage central de la nouvelle s’est imposé. Et un jour, en sortant d’une expérience de relaxation plutôt réussie en cours de gym, j’ai démarré l’écriture, parce que je me sentais très proche d’un Taneka en parfaite harmonie avec lui-même et la nature…

Ensemble d'objets servant à la calligraphie - Musée de Singapour, mars 2005
© Magali Duru

Toujours concernant Le Maître des Kanji, j’ai eu le sentiment en lisant cette nouvelle que son écriture approchait de ce que je nommerais " la perfection " ; avez-vous perçu cela en l’écrivant ?

Merci ! Disons plus modestement qu’il s’agit d’une nouvelle née sous l’impulsion d’une double inspiration liée à l’art (le moine-poète qui en est le héros sublime ses haïkus en les calligraphiant). Comme cette inspiration était sous-tendue par une réflexion sur le rôle de l’artiste, sa place dans la société, l’enjeu était forcément de s’approcher autant que possible d’une perfection formelle (hommage à Théophile Gautier, théoricien de l’Art pour l’art, à qui je donne tort dans le même élan, puisque mon héros va se transformer en enquêteur et se mêler des affaires du monde).

Les beaux dimanches et La guirlande de Julie se déroulent en prison. Ces nouvelles procurent toutes deux une sensation d’étouffement, donnant l’impression au lecteur d’être lui-même enfermé. Etait-ce un effet recherché, l’expression de votre propre perception du milieu carcéral, ou mon simple ressenti de lectrice… ?

Le thème commun en est en effet l’enfermement. Celui imposé de l’extérieur par l’univers carcéral, celui, encore plus étouffant et désespéré peut-être, de la souffrance psychique. Le dérèglement de la raison ou de l’affectivité provoque une distorsion et une réinterprétation des évènements. Dans l’une, le narrateur vit dans le déni par rapport à ses troubles et à l’acte qu’il a commis. Dans l’autre, il reste accroché à une enfance mythique. Dans les deux cas, il y a asphyxie, rétrécissement progressif des forces vitales et des possibles, ce que j’ai essayé de traduire par des moyens différents (saturation des parfums et saveurs, par exemple, ou bien utilisation de répétitions obsessionnelles).

Magali Duru

* * *

Magali Duru a eu la gentillesse de proposer une traduction du poème figurant sur la première photo :

Dans mon petit bureau à moi

Dans mon petit bureau à moi je suis
Le maître.
Je gratte ma vieille cithare
Je lis l'enseignement de Bouddha
Pas de musique agaçante aux oreilles
Pas de dossiers fatigant l'esprit
Et l'âme.

Liu Yuxi

* * *

Le blog de Magali Duru

mercredi 11 juin 2008

Les beaux dimanches (Magali Duru)

Ce recueil de nouvelles m'a laissé une très belle impression.

Ce qui m'a le plus marquée, c'est, je crois, l'écriture de Magali Duru. Une écriture esthétique, émouvante.
J'ai également apprécié le fait que les onze nouvelles composant le recueil ne soient pas reliées par un fil conducteur et appartiennent à des univers fort différents.
Cette variété de textes montre d'ailleurs le talent de l'auteur qui parvient à nous captiver quelle que soit l'histoire, passant chaque fois avec brio d'une atmosphère à une autre. Elle maîtrise aussi l'art de la chute, nous surprenant là où on ne l'attendait pas, que ce soit avec des fins cruelles ou douces ; les deux lui vont bien.

Ma préférence va de loin à la première nouvelle, intitulée Le maître des kanji, dont l'écriture est tout simplement sublime. Je me suis arrêtée à plusieurs reprises pour relire des passages et m'imprégner de la beauté des mots. Du pur nectar, vraiment.

Au final, un excellent moment de lecture. Lorsque je lis un ouvrage de cette qualité, j'en redemande ! Un talent à suivre de près...

Merci à Fashion pour cette jolie découverte.

Les avis de Fashion, Florinette, Goelen.

Et pour le plaisir, le blog de Magali Duru.

Quadrature - 135 pages