dimanche 23 janvier 2011

Une plume... Valérie Guinot


Comme les lecteurs assidus de ce salon le savent, j'ai eu un gros coup de coeur l'an dernier pour la série de jeunesse Azilis (T1 ~ L'épée de la liberté, T2 ~ La nuit de l'enchanteurT3 ~ Le sortilège du vent) écrite par Valérie Guinot

Après avoir achevé la lecture de cette trilogie merveilleuse, j'ai eu envie d'en savoir plus et j'ai mis ma timidité de côté pour interroger son auteur. J'ai été plus que récompensée car non seulement Valérie Guinot a accepté de répondre à mes questions, mais elle n'a pas été avare de son temps et a pris la peine de se livrer un peu.
Si vous avez envie d'entrer dans les coulisses d'Azilis, lisez ce qui suit, c'est passionnant !

Un immense merci à Valérie pour ses réponses.

(Remarque à l'attention des lecteurs : Valérie Guinot m'ayant répondu de manière globale sous la forme d'un texte, j'ai intercalé les questions que je lui avais posées dans le corps du texte, ce qui explique que, parfois, la réponse n'intervient pas immédiatement après la question)


* * *

A propos d'Azilis

J'ai lu que vous étiez une passionnée de la légende arthurienne, mais comment est née, au juste, l'histoire d'Azilis ?
Je suis une passionnée de la légende arthurienne, c’est vrai. Mais lorsque j’ai commencé Azilis, je ne pensais pas m’inscrire dans la tradition arthurienne parce que l’histoire que j’avais en tête à ce moment-là n’était pas celle qu’elle est devenue peu à peu. 
Je voulais écrire un roman qui se passerait pendant ce que les Anglais appellent les « Dark Ages », une période que je trouve fascinante et qui correspond en gros à la chute de l’Empire romain et à nos temps mérovingiens. C’est aussi l’époque du roi Arthur mais je ne crois pas qu’il devait apparaître dans mon idée de départ. 
Le début d’Azilis correspond au scénario que j’avais en tête : une jeune et riche gallo-romaine s’enfuyait de chez elle pour suivre son cousin barde en Bretagne. Un fidèle esclave l’accompagnait. Le barde était possesseur d’une épée acquise en Orient, d’un alliage supérieur à celui des épées occidentales. Il connaissait le secret de cet alliage et voulait le communiquer aux Bretons qui subissaient les assauts des Pictes et des Saxons. S’agissait-il d’une épée magique ? Non, juste d’une arme plus efficace !
La jeune Gallo-Romaine suivait donc son cousin. Des hommes lancés à leur poursuite par le frère de la jeune fille les rattrapaient et un combat avait lieu pendant lequel l’esclave était tué. Azilis et Aneurin gagnaient la côte, traversaient la Manche mais une tempête déroutait leur navire et ils s’échouaient sur la côte saxonne. Des guerriers saxons tuaient Aneurin, s’emparaient de l’épée et faisaient d’Azilis leur prisonnière. Ils décidaient de la vendre comme esclave…. La suite, je ne la raconterai pas parce qu’elle pourrait devenir un roman sans rapport avec Azilis ! 
Comme vous le voyez, même si certains points sont identiques ou en ont inspiré d’autres, l’idée de départ s’est beaucoup transformée à partir du combat qui opposait Aneurin et Kian à Lucius Arvatenus. Donc, si Azilis est devenu le roman qu’il est aujourd’hui, c’est grâce à Kian.

Dans Le sortilège du vent, on a peur à plusieurs reprises pour Kian ; avez-vous envisagé de sacrifier ce personnage ou saviez-vous dès le départ qu'il resterait en vie ? 
Au début, Kian n’était qu’un personnage secondaire que j’avais appelé Camulus et qui devait disparaître très vite. Est-ce d’avoir débuté le roman sur son point de vue ou est-ce parce qu’il a tout de suite montré une personnalité affirmée et attachante qu’il a tout fait basculer ? Je l’ignore. Ce que je sais, c’est que lorsqu’est venu le moment de le tuer, cela m’était devenu impossible. D’ailleurs, il avait déjà un nom plus digne de lui (et je suis incapable de vous dire où je l’ai trouvé, je me demande si je ne l’ai pas inventé) et il était si profondément amoureux d’Azilis que mon scénario de départ n’avait plus aucun intérêt à mes yeux. 
Et je dirais, très sincèrement, que le roman tout entier a éclos peu à peu dans mon esprit,  comme l’a fait  Kian. Aneurin n’était pas si « fou » dans mon scénario de départ. C’est en songeant à son histoire douloureuse, au traumatisme qu’il a subi, à la honte qui le ronge, qu’il est devenu ce personnage hanté et fébrile, instable et séduisant. Je n’avais pas envie de le tuer non plus et sa mort m’a rendu malheureuse, mais elle était inévitable. Elle faisait partie de son personnage, autant que celle de Myrddin.
D’ailleurs, en évoquant Myrddin, il est évident qu’au départ le barde d’Arturus n’était pas plus inclus dans le scénario qu’Arturus lui-même. Il s’est imposé lorsqu’il m’est apparu, après un certain nombre de pages, je l’avoue, que cette Azilis dont personne n’avait jamais entendu parler et qui allait remettre Excalibur (Caledvwlch en Gallois, l’éditrice et moi avons simplifié l’orthographe) à Arthur, ne pouvait être que la Dame du Lac, ou bien Viviane pour mélanger un peu les traditions françaises et anglaises.
Me croirez-vous si je vous dis que le surnom de Niniane est dû au hasard ? Car lorsque j’ai prénommé Ninian ainsi, je ne pensais pas encore à Niniane/Viviane. J’avais simplement recherché un nom de moine breton du Ve siècle et j’avais choisi Ninian parce que je le trouvai beau. 
Hasard ou choix inconscient… Car quand je me suis rendue compte de ce qu’offrait ce prénom (Viviane est bel et bien appelée Nimue, ou Niniane ou Ninienne, dans la tradition anglaise), la suite s’est dessinée d’elle-même. 

De manière générale, aviez-vous en tête la fin de l'histoire avant de commencer à écrire, ou bien l'intrigue a-t-elle évolué au fur et à mesure de l'écriture ?
D’une certaine façon, on peut dire qu’elle s’est construite dans mon imagination au fur et à mesure où je l’écrivais à partir d’un scénario de départ dont je me suis rapidement éloignée sous l’influence de certains personnages.
C’est vrai qu’il y a des personnages qui prennent une vie propre et s’imposent presque de force. C’est en particulier le cas pour Kian. J’ai songé à le tuer dans le tome III. Ou à lui donner pour épouse la fille du chef de clan (dans ce cas, celle-ci n’aurait pas été Gwenhwyvar). C’était l’option « unhappy end » dans laquelle Azilis perdait tout. Mais cela me semblait vraiment trop cruel et j’ai vite décidé de garder Kian en vie malgré son obstination à tenter la mort. 

Le personnage de Kian est moins présent dans le dernier tome et son absence a frustré les lectrices ; qu'avez-vous à leur dire ?!
J’aurais voulu que Kian soit beaucoup plus présent qu’il ne l’est dans le dernier volume! J’avais envie de raconter son voyage vers la Cornouaille, de montrer l’évolution de son affection pour Oswyn, son amitié avec Gwynnan. Mais je n’en avais ni le temps ni « l’espace » car il ne fallait pas que ce troisième tome soit trop long. Même chose pour Ninian. J’avais envie de décrire sa vie au palais de Childéric, de montrer les mœurs franques… Trop long. J’en profite au passage pour préciser que, dans mon esprit, les tomes II et III ne faisaient qu’un. Seulement j’ai dû m’interrompre au moment du départ d’Azilis pour la Gaule sinon le tome II ne serait jamais sorti à temps! De plus, quand j’ai terminé le premier Azilis (que j’avais intitulé Le Crépuscule du Monde), je ne pensais pas à une suite. Pour moi, le reste appartenait à la légende et je n’avais pas à l’écrire… 
Cependant si, comme pas mal de lectrices, j’ai succombé au charme de Kian, cela ne m’a pas empêché, tout comme Azilis, de tomber aussi amoureuse d’Aneurin et de Myrddin. Précisément parce qu’ils sont à l’opposé de Kian: mystérieux, ambigus, dangereux… et donc terriblement séduisants.

Azilis - ou Niniane - doute en permanence de ses sentiments à l'égard de Myrddin, et ce d'autant plus après qu'elle a découvert que ce dernier l'a ensorcelée... Finalement, est-ce vraiment de l'amour qu'elle éprouve pour lui, ou simplement l'influence du sortilège ?
Quant aux sentiments d’Azilis/Niniane pour Myrddin, elle le dit elle-même clairement : Azilis aime Kian, Niniane aime Myrddin. Si Kian était mort ou n’avait pas existé, Azilis aurait entièrement disparu en Niniane et le problème ne serait pas posé. Mais cela n’aurait plus rien eu à voir avec Merlin et Viviane. Or, si je ne savais pas très bien comment finirait le roman, une chose était certaine: Myrddin devait disparaître et par la faute de Niniane, comme dans la légende!

Ressentez-vous une affection particulière pour l'un (ou plusieurs) de vos personnages ? Lequel préférez-vous ?
Même si j’aime particulièrement Kian et Myrddin, je n’ai pas de personnage préféré. Je prends plaisir à les imaginer, à les écouter parler et penser, à les voir agir, se tromper, se mentir… Je les imagine mais c’est en grande partie mon inconscient qui les anime. Je ne les construis pas comme on construit une dissertation. Ils prennent vie, c’est vraiment l’expression qui convient pour décrire ce qui se passe quand ils agissent dans le récit. Et je me glisse dans ces personnages lorsque j’écris, que ce soit Aneurin ou Caius, Sextus Cogles ou Memmia, Azilis ou sa cuisinière…. Ils ont chacun leurs manières, leur langage, leur gestuelle, leur voix, leur physique (qui ne correspond pas aux physiques imaginés par Stéphanie Hans même si je les trouve très beaux).

Je connaissais le prénom Aziliz avec un z à la fin, d'où vient l'écriture avec un s que vous avez choisie pour l'héroïne de votre roman ? Et le prénom Kian, d'où vient-il ?
Donc, pas de préféré mais une tendresse particulière pour Azilis (je connaissais avec un s et pas avec un z!), Kian, Aneurin, Myrddin, Enid, Caius (qui me fait rire) et… Sextus Cogles. Je sais, ce n’est qu’un personnage secondaire, mais lui aussi a su s’étoffer à partir de pas grand-chose et je l’aime beaucoup. Comme Kian, Enid s’est glissée de force au premier rang. A la fin du premier tome, elle n’était qu’une figurante. Dans le tome II, elle a gagné en importance et s’est mise à exister en dehors d’Azilis. Quant à Caius, je ne l’avais pas vraiment imaginé dans le tome I. Il était loin, absent, l’ami d’Aneurin plus que le frère d’Azilis. Son tempérament emporté est celui attribué à Keu, le sénéchal du roi Arthur. Caius = Kaï = Keu… Encore un hasard, ou un cadeau du destin!

Vos personnages sont-ils nés directement de votre imagination ou bien ont-ils été inspirés par des personnes réelles ?
A l’exception de Rhiannon (dont le physique m’a été inspiré par celui d’une amie!) les autres personnages ont pris naissance dans mon imagination, sans doute sous l’influence de personnages de films, de BD ou de romans… Seulement, chacun d’entre eux est un beau patchwork, y compris physiquement. Par exemple, pour Myrddin, j’ai sûrement pensé à David Bowie (jeune). Mais ça ne veut pas dire que Myrddin ressemble trait pour trait à Bowie. Il a essentiellement hérité de ses yeux ! Mais j’ai aussi été influencée par un personnage d’un roman de Rosemary Sutcliff, The Mark Of the Horse Lord (le livre d’elle que je préfère), qui a lui aussi les yeux vairons. J’imagine Myrddin comme une sorte de chamane-guerrier, donc rien à voir avec les paillettes de Ziggy Stardust. 
Kian ressemble à un mélange de Thorgal et de Mads Mikkelsen, mais je ne sais pas de qui il tient son caractère laconique. Pour Aneurin, j’ai pensé à Johnny Depp dans des films comme Dead Man ou La légende de Sleepy Hollow. Dans ses moments d’exaltation, il a l’attitude fiévreuse des acteurs de Chéreau dans La Reine Margot, dont on ne sait jamais s’ils vont vous embrasser ou vous égorger. Caius, lui, ne ressemble à personne en particulier sur le plan physique mais le Robert d’Artois campé par Jean Piat dans Les Rois Maudits m’a inspiré son côté carnassier. Ni Azilis ni Enid n’ont de modèles. Comme vous le constatez sans mal, j’ai cité plus de films que de romans comme source d’inspiration pour mes personnages. J’ai lu The Mists of Avalon de Marion Zimmer Bradley il y a longtemps et j’avais beaucoup aimé mais je ne crois pas m’en être inspirée, ou alors très inconsciemment. Je me suis bien gardée de le relire pendant que j’écrivais Azilis ! Il y a Rosemary Sutcliff, évidemment, et ses deux romans « arthuriens », The Lantern Bearers et Sword at Sunset mais ils m’ont plus inspirée pour le contexte géographique et les traditions celtes que pour les personnages. J’adore son roi Arthur mais Myrddin n’existe pas dans ses romans. En fait, des personnages comme Kian ou Aneurin sont des figures plus romantiques qu’héroïques. 

L'histoire d'Azilis a été lue et appréciée (c'est un euphémisme !) par des lectrices trentenaires. Est-ce que cela vous surprend ?
Le fait que le roman soit apprécié par des trentenaires, voire plus, ne me surprend pas totalement. Je n’ai pas écrit le premier tome en songeant à un âge particulier, ni à une collection, ni même en étant sûre d’être publiée. J’avais juste envie de me faire plaisir. Donc, ayant moi-même quelque peu dépassé les quinze ans (et même les trente!), cela me rassure que le livre puisse plaire à d’autres que moi !


La lectrice que vous êtes

Qu'aimez-vous lire ? Avez-vous un genre de prédilection ?
Je lis beaucoup de romans anglais et américains, par goût autant que par formation. Je leur trouve souvent plus de « souffle » qu’aux romans français. Je n’ai pas un genre favori même si j’apprécie toujours un bon roman historique parce que j’aime l’Histoire. Ces deniers temps, j’ai beaucoup lu de livres sur la période mérovingienne et gallo-romaine (on se demande pourquoi…) et pour me détendre je lisais des « grands détectives » en 10/18. J’adore les Frank Tallis, des romans policiers qui se passent à Vienne fin XIXe- début XXe et qui ont pour héros un policier et un psychiatre. En fait, j’avais bien peu de temps pour lire entre mon travail, les recherches pour Azilis, l’écriture et ma famille (j’ai quand même lu pas mal de T’choupi, de La Famille Souris et de La Famille Cochon, mais bon…)

Des livres qui ont marqué votre vie de lectrice ?
Les livres qui m’ont marquée, dans le désordre et tels qu’ils surgissent dans ma mémoire : Sophie’s Choice de Styron, Dalva de Jim Harrison, tous les romans de Robertson Davies et plusieurs de Paul Auster, les poèmes de Kenneth White, de Dylan Thomas, de Gary Snyder, Wolf Solent de John Cowper Powis, The Lord of the Rings, plusieurs pièces de Shakespeare : Macbeth, Twelfth Night, The Merchant of Venice, Richard III, Romeo and Juliet… Le loup des Steppes d’Herman Hesse et, pour les français L’homme foudroyé, La main coupée  et Bourlinguer de Blaise Cendrars, Sido et Les Vrilles de la Vigne de Colette, Le Hussard sur le toit et Colline de Giono, L’Homme qui Rit de Victor Hugo… et sans doute des dizaines d’autres livres que j’ai oubliés pour le moment.
Par exemple, j’ai dévoré tous les Harry Potter que j’ai découvert au moment où le premier commençait à avoir du succès en Angleterre. Un autre livre que j’ai adoré : The Vampire Lestat d’Ann Rice. Rien à voir avec Twilight. Et Les Trois Mousquetaires, les pièces d’Oscar Wilde et Le Portrait de Dorian Gray, Les Piliers de la Terre, la plupart des romans d’Elizabeth George, I Capture the Castle de Doddie Smith, On the Road de Kerouac, Wuthering Heights et Gone with the Wind. D’ailleurs, maintenant que j’y pense, s’il y a un personnage dont Azilis ait hérité quelques traits de caractère, ce serait bien cette petite peste de Scarlet O’Hara. J’espère qu’Azilis est quand même plus sympathique mais c’est vrai qu’elles ont pas mal de points communs ces deux-là!

Votre dernier coup de coeur ?
Mon dernier coup de cœur… Je ne sais pas. Peut-être un Tallis. Je viens d’achever le premier tome de l’Assassin Royal de Robin Hobb chaudement recommandé par mon mari. J’ai trouvé le début un peu long mais je commence à bien m’imprégner de l’ambiance et des personnages, donc j’entame le tome 2 aujourd’hui.


L'auteur que vous êtes


Puisez-vous votre inspiration auprès d'autres auteurs ? Si oui, lesquels ?

Je pense avoir répondu à la première question en répondant aux précédentes. Sans m’inspirer directement d’un auteur, j’ai vraisemblablement été inspirés par tous ceux que j’ai lus, y compris ceux qui ne semblent n’avoir aucun rapport avec Azilis. L’influence la plus directe est celle de Rosemary Sutcliff. Je me suis imprégnée de sa Grande-Bretagne de la fin du Ve siècle pour écrire Azilis et c’est pourquoi je lui rends hommage dans le premier tome. Certains de ses romans sont traduits en français aux éditions Gallimard jeunesse mais ce ne sont pas ceux que je préfère. Il existe une vieille traduction de Sword at Sunset aux éditions Fleuve noir (ça date des années 60) mais elle n’est pas fidèle à l’esprit à la fois rude et lyrique du roman et, en plus, il s’agit d’une version abrégée! Bref, à fuir.

A quel moment de la journée préférez-vous écrire ?
J’ai principalement écrit Azilis le soir parce que je travaillais dans la journée. Pendant mes vacances, j’écrivais dès que je le pouvais, matin, soir ou après-midi. Si j’étais libre d’écrire à ma guise, je suppose que je me lèverais tard (contrairement à Azilis, je ne suis pas du tout matinale), que je prendrais mon temps pour « petit-déjeuner » puis que je me mettrais à écrire jusqu’à tomber d’épuisement. Je songerais à avaler quelque chose lorsque la faim se ferait sentir mais pas à préparer le repas (Dieu merci, j’ai un mari qui fait la cuisine et y pense avant que tout le monde ne crie famine). En fait, j’ai du mal à m’arrêter quand je commence à écrire. Si je bute sur un passage, le mieux pour moi est de sortir pour m’aérer l’esprit et les idées se mettent en place soit juste après soit le lendemain. J’ai besoin de silence pour travailler, et de grands moments de solitude. Très difficile quand on a deux enfants… D’où, aussi, la nécessité d’écrire le soir et le peu de temps pour lire.

Comment écrivez-vous (papier, ordinateur...) et dans quelles conditions (silence, musique...), avez-vous des rituels pour entrer dans l'écriture ?
Je n’ai pas vraiment de rituels pour entrer dans l’écriture mais j’ai besoin d’une grande tasse de thé ou de café bien chaude, que je renouvelle régulièrement et je commence toujours par relire et reprendre ce que j’ai fait précédemment avant de commencer quelque chose de nouveau. J’écris directement sur l’ordinateur mais je rédige les scénarios sur feuille, au crayon à papier.

Avez-vous choisi d'écrire pour la jeunesse ou était-ce un hasard ?
C’est par hasard que je suis venue à l’écriture de romans pour la jeunesse, lorsque mon mari et moi avons décidé de romancer un scénario de jeu de rôles que nous avions inventé pour des amis. D’autres livres ont suivi, paru sous le pseudo de Valpierre, puis j’ai commencé Azilis et Pierre était supposé me rejoindre. Il a beaucoup contribué au premier, non dans le scénario mais dans le style, moins aux suivants. Je voulais lui laisser écrire Ninian dans le III (pour que le livre s’écrive plus vite) mais je n’ai pas pu m’y résoudre. Je crois que ce roman était tellement devenu le mien, et que j’avais en tête tant de détails, que je ne pouvais plus lui confier autre chose que la relecture! 

Quels sont vos projets, avez-vous un nouveau roman en cours d'écriture ? Envisagez-vous d'écrire une suite à Azilis (secrètement et de façon masochiste j'espère que non car elle est parfaite ainsi, mais je ne puis m'empêcher de vous poser la question) !
Cette année, j’ai décidé de ne pas écrire, de me consacrer à ma famille, à mes élèves et à moi-même en m’accordant du temps libre et des lectures de tout ordre (pas uniquement arthuriennes ou mérovingiennes). Cependant, ces sages résolutions subissent depuis quelques temps les assauts répétés de mon imagination qui me souffle que si, en effet, l’histoire d’Azilis est terminée en tant que telle, il serait intéressant de se pencher sur les aventures d’Oswyn trois ou quatre ans après la fin d’Azilis. Et c’est ainsi que je me surprends à rêver à ce qui se passerait si… Et que ferait Kian si… Mais comment réagirait Oswyn si… Bref, les germes d’un nouveau roman semblent vouloir éclore pour peu que je les encourage. 
Le ferai-je ? Ce n’est pas certain. Du moins, pas immédiatement. Ou alors, juste pour un synopsis (ce n’est pas long, un synopsis, juste quelques notes, des idées, pour ne pas risquer de les oublier…). 
Mais je veux prendre mon temps, comme je l’ai pris pour écrire le premier Azilis. 

Parfois un livre est tellement fort qu'il transporte son lecteur bien loin et alors ce qui était fiction devient réalité... avez-vous conscience du pouvoir de votre plume sur les lecteurs ?
Je pense qu’un roman a besoin d’être rêvé pour qu’il puisse devenir apte à captiver le lecteur. Je comprends ce que vous voulez dire par la « fiction [qui] devient réalité » parce que c’est aussi ce qui se passe pour moi quand j’écris. Je suis heureuse qu’Azilis vous ait emportée ainsi car cela signifie que j’ai réussi à transmettre ce monde imaginaire et à le faire vivre ailleurs que dans mon esprit. 
J’espère qu’il en a été de même pour beaucoup d’autres lectrices même si  je n’en suis pas certaine.

samedi 5 juillet 2008

Une plume... Magali Duru

Il y a peu, je découvrais la plume de Magali Duru avec son recueil de nouvelles Les beaux dimanches ; une lecture qui m'avait procuré beaucoup de plaisir.
J'ai eu envie de connaître un peu de ses habitudes d'écriture et de revenir avec elle sur certaines de ses nouvelles.

Voici ses mots, accompagnés de deux photos choisies par elle-même pour illustrer ses propos.

Magali, merci du fond du coeur d'avoir pris le temps de me répondre et...

JOYEUX ANNIVERSAIRE !

Avec quoi écrivez-vous ?

L’ensemble du recueil Les Beaux dimanches a été écrit à l’ordinateur. Lentement, je ne tape pas vite, et avec des retours nombreux, des corrections et modifications fréquentes. Mais au clavier, toujours, trace d’un blocage antérieur par rapport à l’écriture personnelle, fictionnelle, qui a duré longtemps. Quand j’écris à la main, mon écriture est illisible. Sans doute est-ce pour cela que l’élégance du trait de pinceau des lettrés japonais m’a tant fait rêver…

Exemple de calligraphie d'un poème de Liu Yuxi traduit en anglais - Musée de Singapour, mars 2005
© Magali Duru

Quand et comment écrivez-vous ?

L’inspiration, surtout la première étincelle, est, toujours imprévisible, surprenante, et indépendante du moment de la journée ! C’est vrai que si on pouvait retenir tout ce qu’on imagine au réveil le matin, ou le soir en s’endormant ce serait merveilleux. Mais marcher, faire un jogging, jardiner, repasser, conduire, tout ce qui met le corps en mouvement mais laisse l’esprit libre est propice. Choix difficile alors : terminer l’activité (au risque de tout oublier ensuite ?) ou aller écrire ? Quand tout coince, je pars faire un tour au jardin. Accrochée comme je suis à mon clavier, j’écris évidemment là où est mon ordinateur, dans le bureau. De préférence le soir, je ne suis pas vraiment du matin…

Pouvez-vous me dire comment est née la première nouvelle de votre recueil Les beaux dimanches, Le Maître des Kanji ?

Oui, c’est une des nouvelles dont je me rappelle précisément la genèse. J’ai emprunté un jour en bibliothèque un livre sur la calligraphie japonaise et j’ai vécu avec ce livre magnifique pendant un mois, fascinée. Par les dessins, les techniques, la philosophie de cet art qui mêle poésie et peinture. Petit à petit, le personnage central de la nouvelle s’est imposé. Et un jour, en sortant d’une expérience de relaxation plutôt réussie en cours de gym, j’ai démarré l’écriture, parce que je me sentais très proche d’un Taneka en parfaite harmonie avec lui-même et la nature…

Ensemble d'objets servant à la calligraphie - Musée de Singapour, mars 2005
© Magali Duru

Toujours concernant Le Maître des Kanji, j’ai eu le sentiment en lisant cette nouvelle que son écriture approchait de ce que je nommerais " la perfection " ; avez-vous perçu cela en l’écrivant ?

Merci ! Disons plus modestement qu’il s’agit d’une nouvelle née sous l’impulsion d’une double inspiration liée à l’art (le moine-poète qui en est le héros sublime ses haïkus en les calligraphiant). Comme cette inspiration était sous-tendue par une réflexion sur le rôle de l’artiste, sa place dans la société, l’enjeu était forcément de s’approcher autant que possible d’une perfection formelle (hommage à Théophile Gautier, théoricien de l’Art pour l’art, à qui je donne tort dans le même élan, puisque mon héros va se transformer en enquêteur et se mêler des affaires du monde).

Les beaux dimanches et La guirlande de Julie se déroulent en prison. Ces nouvelles procurent toutes deux une sensation d’étouffement, donnant l’impression au lecteur d’être lui-même enfermé. Etait-ce un effet recherché, l’expression de votre propre perception du milieu carcéral, ou mon simple ressenti de lectrice… ?

Le thème commun en est en effet l’enfermement. Celui imposé de l’extérieur par l’univers carcéral, celui, encore plus étouffant et désespéré peut-être, de la souffrance psychique. Le dérèglement de la raison ou de l’affectivité provoque une distorsion et une réinterprétation des évènements. Dans l’une, le narrateur vit dans le déni par rapport à ses troubles et à l’acte qu’il a commis. Dans l’autre, il reste accroché à une enfance mythique. Dans les deux cas, il y a asphyxie, rétrécissement progressif des forces vitales et des possibles, ce que j’ai essayé de traduire par des moyens différents (saturation des parfums et saveurs, par exemple, ou bien utilisation de répétitions obsessionnelles).

Magali Duru

* * *

Magali Duru a eu la gentillesse de proposer une traduction du poème figurant sur la première photo :

Dans mon petit bureau à moi

Dans mon petit bureau à moi je suis
Le maître.
Je gratte ma vieille cithare
Je lis l'enseignement de Bouddha
Pas de musique agaçante aux oreilles
Pas de dossiers fatigant l'esprit
Et l'âme.

Liu Yuxi

* * *

Le blog de Magali Duru

jeudi 12 juin 2008

James Oliver Curwood

James Oliver Curwood fait partie des romanciers américains qui ont bercé mon enfance avec leurs aventures.

Biographie

Né le 12 juin 1878 à Owosso dans le Michigan, il est, avec Jack London, considéré comme un maître des récits dits du Grand Nord.

Il a commencé par une carrière de journaliste pour le Detroit News-Tribune où il a travaillé jusqu'en 1907.

En 1908 paraît son premier roman The wolf hunters (Les chasseurs de loups).

L'année suivante, en 1909, il fait un premier voyage dans le grand nord canadien, voyage qui marquera un tournant dans sa vie. A partir de cette date, il passera chaque année plusieurs mois dans le grand nord, partageant la vie des trappeurs, vivant dans une cabane et se nourrissant des produits de sa chasse.
Son amour pour la nature et la vie sont au cœur de son œuvre. Il a publié une trentaine de romans et recueils de nouvelles, la plupart dédiés à la jeunesse. Ces romans sont des romans d'aventures, parfois animaliers comme Kazan ou encore Le grizzli, adapté au cinéma en 1988 par Jean-Jacques Annaud sous le titre L'ours.

Il est mort le 13 août 1927 après avoir connu la célébrité de son vivant et vu plusieurs de ses romans portés sur grand écran.

Bibliographie (non exhaustive)

- Les chasseurs d'or (1909)
- Kazan (1914)
- Le grizzli (1916)
- Nomades du nord (1919)

Sources

- Newmarket press
- Wikipédia

lundi 2 juin 2008

Une plume... Corinne Albaut

Il y a quelques temps, je vous parlais d'un recueil de comptines qui m'avait séduite.

Son auteur, Corinne Albaut écrit pour la jeunesse. Elle est principalement connue pour ses comptines publiées dans la collection Les petits bonheurs chez Actes sud junior, mais elle écrit également des romans, des pièces de théâtre et des ouvrages de cuisine.

Elle a eu la gentillesse de me parler de son travail d'écrivain et je l'en remercie.


© Corinne Albaut

Avec quoi écrivez-vous ?

J'écris exclusivement avec un stylo bille Mont Blanc et sur des cahiers, pour ce qui concerne les comptines, car c'est un travail très précis, qui demande beaucoup de corrections, sans risquer de perdre des mots en route. Pour les romans, je mets seulement la trame et le découpage en chapitres par écrit, et ensuite je rédige directement à l'ordinateur.


Quand écrivez-vous ?

Je me sens plus à l'aise pour écrire le soir, à partir de 4 ou 5 heures, mais je peux travailler tard dans la nuit. Cependant, lorsque j'ai une urgence je ne me pose pas de question: je me mets au travail. Le fait d'avoir une date buttoir pour rendre un manuscrit m'aide beaucoup. Autrement, plus j'ai de temps plus j'en prends


Comment écrivez-vous ?

J'écris de préférence dans mon bureau, mais je me sens bien aussi dans une chambre d'hôtel, où rien ne vient me troubler. La solitude et le silence me sont nécessaires, et j'ai souvent un mug de thé ou de tisane sur mon bureau.


Est-ce que le choix d’un thème pour un recueil de comptines se fait en amont ou en aval de votre travail d’écriture ?

Pour les comptines, le choix d'un thème se fait toujours en amont et en accord avec l'éditrice. Je ne commence le travail que lorsque le sujet est défini. Je mets alors en route ma machine à idées, je note tout ce qui se rattache au sujet dans un cahier et commence à travailler. C'est très excitant !

Corinne Albaut

Son site

mardi 13 mai 2008

Daphné Du Maurier

Les visiteurs assidus de ce salon l'auront compris, Daphné Du Maurier fait partie de mes auteurs préférés. C'est pour moi une "valeure sure", je sais que lorsque j'ouvre un de ses romans je vais être immédiatement happée par les mots et que j'en apprécierai la lecture. J'aime l'atmosphère qui se dégage de ses livres, son écriture, ses intrigues...
Il allait donc de soi que je mette à l'honneur cette romancière anglaise en ce 13 mai, jour anniversaire de sa naissance.


Biographie

Daphné Du Maurier est donc née le 13 mai 1907 à Londres, dans une famille qui allait la prédisposer à l'écriture puisque son grand-père George était lui-même écrivain, et son père Gérald, acteur.

Elle débute sa carrière d'écrivain en 1931 avec la parution de son premier roman, La chaîne d'amour (The loving spirit).

En 1932, elle épouse le général de division Sir Frederick Browning, dont elle aura trois enfants.

Elle a principalement écrit des romans, mais également des nouvelles, des pièces de théâtre, un essai consacré à Branwell Brontë (Le monde infernal de Branwell Brontë), et deux ouvrages biographiques consacrés à sa famille (Gérald et Les Du Maurier).

Ce sont ses deux romans L'auberge de la Jamaïque (1936) et Rebecca (1938) qui la rendront célèbre dans le monde entier et seront portés à l'écran par Alfred Hitchcock. C'est d'ailleurs grâce à ce dernier que de nombreuses personnes connaissent, sans le savoir, la nouvelle fantastique Les oiseaux, également adaptée au cinéma.

On retrouve dans ses livres une atmosphère semblable à celle rencontrée dans les romans des soeurs Brontë, que Daphné Du Maurier affectionnait particulièrement.
Son oeuvre est également largement inspirée par la Cornouailles, région dont elle tombe amoureuse dès l'enfance alors qu'elle y passe des vacances avec sa famille, et ou elle vivra par la suite.

Elle est décédée le 19 avril 1989 à Par, en Cornouailles.


Bibliographie (non exhaustive)

- La chaîne d'amour (1931)
- Jeunesse perdue (1932)
- Gérald (1934)
- L'auberge de la Jamaïque (1936)
- Les Du Maurier (1937)
- Rebecca (1938)
- La crique du français (1941)
- Le général du roi (1946)
- Ma cousine Rachel (1951)
- Les oiseaux et autres nouvelles (1952)
- Le monde infernal de Branwell Brontë (1960)
- Les soufffleurs de verre (1963)
- Mad (1972)

Si vous voulez en savoir davantage, je vous invite à consulter une interview fort intéressante de l'auteur réalisée en 1977, ainsi que le billet de Karine qui met également Daphné Du Maurier à l'honneur en ce jour.

Sources

- Wikipedia
- http://www.dumaurier.org/

lundi 5 mai 2008

Une plume... Joëlle Tiano

A la fin de l'année dernière, j'avais découvert et adoré L'enchanteur et illustrissime gâteau café-café d'Irina Sasson. Ce livre a d'ailleurs été un coup de coeur pour de nombreux lecteurs.
L'auteur a accepté de me parler un peu de son écriture, et j'ai grand plaisir à partager avec vous ses mots.

Encore merci à Joëlle Tiano, qui je l'espère, nous enchantera encore avec d'autres gourmandises, et à Moustafette qui m'a aidée à la contacter.


Avec quoi, comment, et quand écrivez-vous ?

A propos de mes habitudes (qui changeront peut-être) : j’écris d’abord au crayon à papier sur des feuilles volantes (ça a un caractère moins définitif et j’écris dans le désordre en suivant l’envie du moment, car suivre un ordre m’enlève de mon plaisir), puis au stylo sur un cahier, et enfin au clavier. Je crois que chacun apporte une forme de liberté différente.
J’écris un peu n’importe où et n’importe comment. Il est vrai que la nuit est propice à une forme d’inspiration, mais le matin permet de construire, d’ordonner.

J’ai à peu près terminé un autre texte dans lequel il est question d’un tableau, d’un portrait de femme. J’avais un autre roman en tête lorsque quelque chose de la réalité est venu me bousculer et me lancer sur ce chemin.
C’est un texte  dont l’agencement est sans doute plus délicat et les écueils à éviter plus nombreux que pour le Gâteau café-café. En ce moment je le laisse dormir pour le reprendre avec un oeil plus frais.

Comment l’idée est-elle venue d’organiser votre roman autour d’une recette de cuisine, pouvez-vous m’en dire un peu plus à son sujet ?

[...] Pour en revenir au Gâteau café-café et à ce qui m’a donné envie d’organiser ce livre autour de cette recette, il y a sans doute le fait que j’aime beaucoup cuisiner, même si je cuisine moins aujourd’hui. Que j’ai beaucoup lu de  livres de cuisine. Que j’étais fascinée petite par le détachement avec lequel les vendeuses des pâtisseries débitaient la description des gâteaux sur lesquels on les questionnait, nous, l’eau à la bouche.  Et depuis toujours, depuis ma petite enfance, comme beaucoup, j’ai aimé regardé cuisiner. Il y avait aussi l’idée de la centralité de la cuisine dans la vie de femmes dont l’horizon était souvent réduit (la chanson de Jean Ferrat “faut-il pleurer faut-il en rire, fait-elle envie ou bien pitié...”), cette idée que quoi qu’il arrive, revenait ce souci de ce qu’on déposait sur la table. Je me suis imaginé que le 14 juillet 1789, un homme pouvait lancer à sa femme : Viens Julie, on va prendre la Bastille. Et elle répondre : D’accord mais je mets d’abord ma soupe poireaux-pommes de terre en train...
Non, personne dans ma famille ne faisait de gâteau avec les thé-Brun, mais je connaissais une dame qui se vantait beaucoup de celui qu’elle faisait (à la vanille) et que je n’ai jamais goûté.  Dans les années 50 ça se faisait beaucoup, c’était un peu ce qu’on appelait un gâteau des familles parce que facile à faire puisqu’il ne cuisait pas. Mais j’ai utilisé dans le livre la recette de la crème au beurre  que ma grand-mère faisait pour sa charlotte au café (avec des biscuits à la cuillère punchés d’un sirop au rhum)...
Enfin la cuisine, la gourmandise, représentent sûrement pour moi le seul point d’accord symbolique entre mes familles paternelle et maternelle,  également gourmandes, mais qui s’étaient séparées...

Joëlle Tiano

Et si vous aimez cette belle plume, allez faire un saut chez Stéphanie, vous découvrirez une autre facette de l'auteur qui vous mettra l'eau à la bouche ! 

Mon billet sur L'enchanteur et illustrissime gâteau café-café d'Irina Sasson 

samedi 26 avril 2008

Un pinceau... Cathy Delanssay

Je sais, je sais, vous allez me dire "encore elle ! ", mais j'aime tellement les dessins de Cathy Delanssay que j'ai eu envie d'en savoir un peu plus sur son travail d'illustratrice...


Quelle(s) technique(s) utilisez-vous pour vos illustrations ?
Je travaille essentiellement sur carton bois au crayon, puis gouache et acrylique ainsi que crayons de couleurs. Mais j'utilise aussi fréquemment Photoshop pour des commandes comme celles de la presse qui demandent un rendu assez rapide.

Quand dessinez-vous ?
Je dessine toute la journée (sauf le matin^^) mais en général, je suis plus créative la nuit, le soir...

Comment dessinez-vous ?
Chez moi, uniquement ! Impossible ailleurs, ou alors il faudrait que je sois seule ailleurs et en "cocon". J'ai aussi besoin de musique pour dessiner, et celle-ci varie selon ce que j'ai à faire. Par exemple, pour "La gardienne des océans", j'ai replongé dans The Cure avec des morceaux assez sombres... oui je suis un peu maso, mais ça inspire, c'est comme ça...

Comment se fait l'illustration d'un texte, son découpage en images ?
J'ai la chance d'avoir une grande liberté dans le choix de mes illustrations. Un nombre de pages peut-être imposé (c'est le cas pour la presse), mais bien entendu, il sera surtout défini par la taille du texte et le découpage, ce qui est un long travail...mais passionnant !

Cathy Delanssay

Pour prolonger un peu le rêve : son blog, son site, et sa boutique !

Je vous renvoie également aux billets que je lui ai consacrés (click sur les images) :

       A l'orée des fées Mieux que dix fées Le murmure des dieux Donne moi la lune

jeudi 17 avril 2008

Karen Blixen

J'ai choisi ce mois-ci de célébrer l'auteur danoise Karen Blixen. On m'a offert il y a peu son célèbre roman La ferme africaine que je suis entrain de lire au moment où paraît ce billet, et c'était donc l'occasion de m'intéresser à la vie de l'auteur.
Cette recherche a été passionnante et le destin de cette femme me fascine.

Biographie

Karen Blixen naît le 17 avril 1885 à Rungstedlund, au Danemark sous le nom de Karen Christentze Dinesen.
Sa mère est la fille d'un riche armateur, son père un ancien officier devenu propriétaire terrien, écrivain et parlementaire.
Son père se suicide alors qu'elle est à peine âgée de dix ans. Elle grandit dans milieu exclusivement féminin, entre sa mère, sa tante et sa grand-mère maternelle. Karen et ses quatre frères et soeurs ne vont pas à l'école, ils sont instruits à domicile par une gouvernante. Très tôt, elle s'intéresse à la peinture - qu'elle étudiera par la suite à l'Académie des Beaux-Arts de Copenhague - et à l'écriture.

En 1907, sont publiés ses premiers écrits - des contes -  sous le pseudonyme d'Osceola dans une revue littéraire.
A la même époque, elle rencontre dans les milieux aristocratiques les frères suédois Blixen-Finecke. Elle tombe amoureuse de Hans, et épousera finalement son jumeau, le baron Bror Blixen-Finecke (qui est également son cousin au second degré) en 1914.
Avec lui, elle s'expatrie au Kenya, où ils cutivent le café dans une ferme près de Nairobi. Sa rencontre avec l'Afrique est un véritable coup de foudre pour l'auteur ; dans son roman La ferme africaine, elle écrira : "Ma rencontre avec les noirs fut pour moi ce que la découverte de l'Amérique fut à Christophe Colomb."

Alors qu'ils sont séparés depuis 1921, Karen divorce en 1925 de son mari volage qui lui  a transmis la syphilis ; elle suivra un traitement lourd au mercure jusqu'à la fin de sa vie. Elle reprend alors la plantation de café avec son frère Thomas. Son amant, le pilote anglais Denys Finch Hatton, décède dans un accident d'avion.
En 1931, après plusieurs saisons difficiles, elle vend la ferme, et rentre au Danemark où sa santé décline.
Elle consacre les dernières années de sa vie à l'écriture. Sept contes gothiques paraît pour la première fois en 1934 sous le pseudonyme d'Isak Dinesen (il sera édité l'année d'après au Danemark sous son vrai nom). En 1937, est publié La ferme africaine, roman qui connaîtra un succès mondial (publié en France seulement cinq années plus tard, en 1942) et sera porté à l'écran par Sydney Pollack sous le titre Out of Africa.  Ses derniers ouvrages paraissent entre 1942 et 1960.
Karen Blixen meurt à Rungstedlund le 7 septembre 1962.

Karen Blixen est une figure de proue de la littérature danoise. Elle a publié ses écrits sous trois pseudonymes différents (Osceola, Isak Dinesen et Pierre Andrézel) avant de le faire sous le nom de Karen Blixen. Elle écrit en danois comme en anglais, et se traduit elle-même, permettant à chacune de ses œuvres de sortir quasiment simultanément dans les deux langues.

Tombe de Karen Blixen dans son domaine, au Danemark


Bibliographie (non exhaustive)

- Sept contes gothiques (1934)
- La ferme africaine (1937)
- Contes d'hiver (1942)
- Les derniers contes (1957)
- Ombres sur la prairie (1960)

Si vous souhaitez en savoir davantage sur cette femme incroyable... vous trouverez ici une interview de l'auteur réalisée en 1956 par The Paris review, et des informations concernant les musées Karen Blixen au Danemark et auKenya.

Sources

- Biographie de Karen Blixen ( Folio, éditions Gallimard - 2007), présent dans le coffret La ferme africaine
- Site de la revue littéraire Europe
- Wikipédia

samedi 5 avril 2008

Un pinceau... Voutch

Je vous ai déjà parlé de Voutch à propos de son dernier album en date destiné aux adultes, Le doute est partout, et également à propos de l'album de jeunesse Pourquôôââ.
J'aime énormément le style de ses dessins et aussi son humour grinçant.

J'ai eu envie de vous faire découvrir son talent en vous proposant un de ses dessins (qui me fait me tordre de rire)...

... et les réponses qu'il a faites à mes questions :

Quelle(s) technique(s) utilisez-vous pour vos illustrations ?
C'est de la gouache sur papier.

Quand dessinez-vous ?
J'ai besoin de pas mal d'énergie pour attaquer (ou continuer) un dessin.
Donc, c'est le matin. J'essaie au maximum de profiter de la lumière du jour, également.

Comment dessinez-vous ?
Je suis à ma table de travail, avec pas mal de café, de clopes et plutôt dans le silence, en général. Genre moine au travail. Ça va vraiment exciter vos lecteurs, cette description.

Votre style me fait penser à celui de Sempé ? Vous a-t-il inspiré ?
Oui, bien sûr. J'ai découvert ses dessins très tôt et j'ai été séduit par le brio de ses compositions et l'intelligence de ses idées. D'autre part, nous avons, je crois, sensiblement les mêmes références (la bande de dessinateurs du New-Yorker).

Voutch

Si vous voulez rire encore un peu (beaucoup), je ne peux que vous recommander encore une fois chaudement le site de l'auteur.

Je remercie Voutch d'avoir répondu à mes questions et de m'avoir autorisée à publier ici un de ses dessins.

dimanche 9 mars 2008

Une plume... Colette Pellissier

Son premier roman est sorti il y a moins d'un an, en juin 2007. J'avais passé un fort agréable moment avec Le chat dans la gorge et j'ai eu envie de découvrir les pratiques d'écriture de l'auteur.

Colette Pelissier m'a livré un peu de ses "secrets" d'écrivain, et j'ai plaisir à partager avec vous ses mots.
Merci beaucoup Colette, en espérant faire d'autres voyages en lecture avec vous !


Avec quoi écrivez-vous ?

J’utilise un stylo plume d’une marque répandue qui accepte les cartouches standard.
Je l’ai choisi doté d’une plume large et l’usage en a poli la pointe de sorte que l’encre noire glisse en trait épais sans fatiguer la main.
Toutefois, récemment, pour fêter la parution de mon premier roman, mes amis m’ont offert un stylo élégant couleur soleil, rechargeable grâce à une petite pompe hélicoïdale, accompagné d’un flacon d’encre dorée.
Il m’arrive à présent de délaisser mon stylo banal pour le nouveau, me plaisant à rendre hommage à ces amis sans qu’ils n’en sachent rien, dans la solitude de l’écriture. Mais le stylo d’or n’a pas encore acquis cette patine qui rend le geste fluide.
Aussi, je reviens d’ordinaire à mon vieux compagnon, réservant au rival les instants d’exception. Le temps viendra !

Le type de papier sur lequel j’écris n’a aucune importance. Pour le premier jet, la feuille qui se présente fait l’affaire. Puis, très vite, je transfère mon écrit sur le clavier de l’ordinateur. J’en apprécie l’aspect pratique (corrections immédiates et lisibilité) et surtout la possibilité de relire la page imprimée, me donnant alors l’étrange impression de lire les mots d’un autre.

Quand écrivez-vous ?

Mes vies familiale et professionnelle me laissent peu de temps libre. Cet état de fait a le précieux avantage de me soustraire à l’angoisse de la page blanche. A la question : « Et en ce moment, vous écrivez ? » La réponse « Hélas non ! Si vous saviez combien je suis débordée actuellement !» ménage mon égo susceptible tandis que « Ah ! L’inspiration ! Ça va, ça vient! » pourrait trahir l’état de sécheresse de mon puits. L’écriture de fiction était un rêve d’enfant assoupi parmi d’autres. Jusqu’à récemment, je me contentais de m’appliquer parfois dans la rédaction d’une lettre, d’un mail pour un ami, ou à l’occasion de brefs enthousiasmes suscités par une occasion particulière, dans l’écriture d’un texte de chanson jamais mis en musique oud’un poème de circonstance. Bref, du court, du fugace, du fortuit!
Je ne sais aujourd’hui ce qui m’a amenée à écrire mon premier roman sur un temps très court, sinon le plaisir lu sur le visage de ma grande fille plongée dans ses devoirs de français. J’aimais l’école et l’exaltation que j’éprouvais alors à écrire ce que l’on appelait « rédaction » est revenue me chatouiller.
Je n’écris pas beaucoup plus aujourd’hui, mais je m’autorise à imaginer que d’autres puissent apprécier me lire. Alors, stimulée par quelque défi ou sans raison particulière, en fin d’après-midi ou en soirée lorsque l’animation de la maisonnée retombe, je prends ma plume !

Comment écrivez-vous ?

Pour initier un texte, j’aime sentir la vie autour de moi. Aussi, j’écris souvent dans la cuisine, partageant un thé avec mes enfants ou seule dans les parfums du repas en préparation.
Mais une fois que je tiens mon texte, j’ai besoin de silence et je me réfugie dans mon bureau. Ou si je reste à la cuisine, j’élève autour de moi un mur invisible qui me coupe des distractions extérieures. Mes proches s’en plaignent d’ailleurs ! « Maman ! t’écoutes jamais ce que je dis ! »
Puis je reviens dans le temps présent, non sans avoir auparavant sollicité l’un ou l’autre pour glaner quelque avis ou commentaire sur ce que je viens d’écrire. Enfin, je peux reprendre ma place dans le tourbillon familial.

Colette Pellissier

Pour en savoir davantage sur Colette Pellissier, je vous invite à visiter la "Page blanche" qui lui a été consacrée sur Mot compte double, le blog de l'auteur Françoise Guérin et de ses chroniqueurs.

- page 1 de 2