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dimanche 1 mai 2016

Le chardon et le tartan ~ Diana Gabaldon

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Je viens de relire le tome 1 d'Outlander et je ne peux m'empêcher de vous proposer quelques mots choisis...

N'aie pas peur, me murmura-t-il dans l'oreille. Nous sommes deux, à présent.

* * *

Je veux te posséder, Sassenach, murmura-t-il, corps et âme.

* * *

Oh oui, Sassenach, répondit-il d'un ton narquois. Je suis ton maître... et ton esclave. Il semble que je ne puisse posséder ton âme sans perdre la mienne.

mercredi 9 mars 2016

Dans les forêts de Sibérie (Sylvain Tesson)

91Cq4cF6iHL.jpgJe n'avais encore jamais lu Sylvain Tesson. A la fois curieuse et réticente, je me suis décidée à découvrir sa plume avec ce titre, lecture idéale en hiver.
Ce livre, c'est en fait le journal de l'auteur lors d'un séjour en Sibérie. De février à juillet 2010, il a en effet passé six mois dans une cabane juchée sur les rives du lac Baïkal. L'habitation sommaire est isolée et Sylvain Tesson recherche dans ce séjour l'occasion de faire une parenthèse hors du monde urbain pour réapprendre à vivre, à apprivoiser le temps.
Les journées s’égrènent entre balades, pêche, coupe du bois pour le chauffage, lecture... Parfois s'ajoute au programme la visite d'un invité surprise, de passage dans les parages, mais globalement l'auteur passera ces six mois en solitaire.
J'ai mis du temps à lire ce journal que je réservais principalement pour le moment du coucher, appréciant de reprendre le fil de ma lecture alors que ma journée s'achevait, un peu comme un rituel.
J'ai beaucoup apprécié la plume de Sylvain Tesson, à la fois imagée, un brin cynique et érudite. Ce n'est pas un journal au sens classique du terme, dans lequel il relate l'intégralité de ses journées. Il s'agit davantage d'un savant mélange entre réflexion, contemplation et récit des faits. Parfois on assiste au déroulement des événements du jour, d'autres fois l'auteur expose une pensée qui lui vient, souvent alimentée par ses lectures.
Un très beau texte dépaysant à plus d'un titre. A découvrir.

6 mars
Le spectacle de V.E. debout, affairé à défoncer au marteau un poisson congelé sur la table d'une cuisine jamais nettoyée depuis la fin de l'Union soviétique, est réjouissant.

4 avril
Aujourd’hui, beaucoup lu, patiné trois heures dans une lumière viennoise en écoutant la Pastorale, pêché un omble et récolté un demi-litre d'appât, regardé le lac par la fenêtre à travers la fumée d'un thé noir, dormi un peu dans les rayons du soleil de 16 heures, débité un tronc de trois mètres et fendu deux jours de bois, préparé et mangé une bonne kacha et pensé que le paradis n'était pas ailleurs que dans l'enchaînement de tout cela.

5 avril
Ces gens qui vous interdisent de mettre les pieds sur la table. Ils ne savent pas la fierté de l'ébéniste.

13 avril
La tentation érémitique procède d'un cycle immuable. Il faut d'abord avoir souffert d'indigestion dans le cœur des villes modernes pour aspirer à une cabane fumant dans la clairière. Une fois ankylosé dans la graisse du conformisme et enkysté dans le saindoux du confort, on est mûr pour l'appel de la forêt.

2 mai
Entre l'envie et le regret, il y a un point qui s'appelle le présent.

28 mai
Nommer les bêtes et les plantes d'après les guides naturalistes, c'est comme reconnaître les stars dans la rue grâce aux journaux people. Au lieu de "Oh ! Mais c'est Madonna !", on s'exclame "Ciel ! Une grue cendrée !".

Folio, 289 pages, 2011

mardi 5 janvier 2016

La vague des BD #1

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Coup De Coeur 2016Coup de cœur pour cette série que j'ai découverte l'an dernier et dont je viens de lire le dernier tome sorti. Pour l'instant, trois tomes ont été publiés, mais il semblerait qu'il y aura une suite, ce dont je me réjouis !

Pour vous présenter cette série, rien de mieux que la présentation de l'éditeur du tome 1 :

Pierrot, Mimile et Antoine, trois septuagénaires, amis d'enfance, ont bien compris que vieillir est le seul moyen connu de ne pas mourir. Quitte à traîner encore un peu ici-bas, ils sont bien déterminés à le faire avec style : un oeil tourné vers un passé qui fout le camp, l'autre qui scrute un avenir de plus en plus incertain, un pied dans la tombe et la main sur le coeur. Une comédie sociale aux parfums de lutte des classes et de choc des générations, qui commence sur les chapeaux de roues par un road-movie vers la Toscane, au cours duquel Antoine va tenter de montrer qu'il n'y a pas d'âge pour commettre un crime passionnel.

C'est une BD très jeune encore, car parue en 2014, mais qui devrait avoir de beaux jours devant elle, du moins je l'espère. Il faut savoir que je lis peu de BD, aussi je n'ai certes pas assez de recul pour vous parler de celle-ci, mais c'est sans conteste l'une des meilleures que j'ai lues à ce jour. Dès les premières pages, j'ai compris que j'allais passer un super moment de lecture, que j'allais me marrer, et c'est ce qui s'est produit. La relation entre ces trois "vieux" est absolument géniale, ils ont construit une véritable amitié qui perdure malgré les différends. Etre amis à 70 piges, c'est aussi se dire les choses en face, être capable de rire de tout, de la vie, de la mort, ne pas se prendre au sérieux mais défendre ses idées, bref, c'est vivre l'instant présent et s'assumer tel que l'on est. Les dialogues sont savoureux et désopilants, j'ai ri de nombreuses fois pendant ces trois tomes. Les trois compères n'ont pas la langue dans leur poche, les répliques fusent, c'est absolument jubilatoire. Le ton est caustique, ils ont la critique facile et la société en prend un coup, mais que c'est bon !

" Plutôt  crever ! Ils ont engraissé les banques toute leur vie comme des esclaves pour se payer leur petit pavillon de merde et leur piscine, qu'ils comptent pas sur moi pour venir leur racler la véranda ! "

Au-delà du style et des personnages, ce qui serait déjà suffisant pour faire de cette série une réussite, il y a aussi de vraies histoires dans chaque tome. Des histoires qui permettent de découvrir petit-à-petit le passé des trois personnages principaux. 
Dans le tome 1 consacré principalement à Antoine, on remonte le temps pour aller à la rencontre de son ancien amour. Le tome 2 est centré sur Pierrot et sa petite-fille marionnettiste. Le troisième tome revient sur le passé de Mimile, lorsqu'il a quitté la région pour aller vivre en Océanie et est devenu un pêcheur de trésors...

En l'espace de trois volumes, je me suis attachée à ces papys révolutionnaires. J'aime les retrouver, les suivre dans leurs délires, leurs colères, leurs idées folles. C'est vraiment une excellente série que je recommande chaudement.

Pour achever de vous convaincre, sur le site de l'éditeur, vous pourrez feuilleter les pages du tome 1, du tome 2 et du tome 3 !

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Les vieux fourneaux
Scénario : Wilfrid Lupano
Dessin : Paul Cauuet
Couleurs : Paul Cauuet et Gom
Editeur : Dargaud

Tome 1 (2014) - Ceux qui restent
Tome 2 (2014) - Bonny and Pierrot
Tome 3 (2015) - Celui qui part

lundi 23 novembre 2015

Quelqu'un pour qui trembler (Gilles Legardinier)

5129dRcNzHL.jpgDernier né de mon auteur chouchou dont j'attendais la sortie avec une grande impatience !

Thomas, une fois son diplôme de médecine en poche, est allé parcourir le vaste monde pour soigner les oubliés. Puis il est resté dans un petit village de l'Inde où il vécu pendant plus d'une décennie. Il ne comptait pas revenir en France, mais le destin en a décidé autrement. Ainsi, il découvre par hasard que la femme qu'il a aimée autrefois et quittée pour aller à l'étranger a eu une fille, sa fille, Emma. D'un coup, les certitudes de Thomas vacillent et il fera le choix de rentrer en France pour faire connaissance avec Emma. 

Si ce roman n'a pas été pour moi un coup de cœur, c'est tout de même une excellente lecture et j'y ai retrouvé ce que j'aime dans la plume de Gilles Legardinier. Le lire, c'est passer du bon temps, rire, être ému, aimer la vie. Avec des histoires au bout du compte assez banales, il parvient à capter l'intérêt du lecteur, à le rapprocher des personnages, à l'inclure dans son histoire. Gilles Legardinier, c'est un magicien des mots. Il a une manière unique de raconter des histoires, et chaque fois je suis ferrée. Un brin loufoque, tendre et humain, ce livre m'a touchée à l'instar des précédents.

A lire sans modération.

Le docteur ouvrit le sac.
- Je vous ai apporté de quoi vous occuper.
Il sortit le petit château de conte de fées en plastique aux couleurs pastel.
- Il est pour vous, Jean-Michel. Je vous l'offre, avec tous ses personnages, sauf le prince qui a été mangé par le chien.
- Mais docteur...
- Ne discutez pas. Je suis trop vieux pour jouer alors que vous, amoureux, capable de faire l'imbécile avec l'électricité dans votre chambre en vous gavant de bonbons, vous avez l'âge idéal.

Fleuve Editions, 429 pages, 2015

vendredi 15 mai 2015

Trop tôt (Jo Witek)

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Première incursion dans la collection Ego des Editions Talents Hauts, dédiée aux adolescents.  " Des romans pour réfléchir, comprendre, s'émouvoir, se libérer. " selon l'éditeur, et une belle découverte avec ce titre, en ce qui me concerne.

Trop tôt est un roman court mais poignant. 

C'est l'été, Pia est en vacances au bord de la mer avec ses parents et sa cousine Marthe. Un soir, elle rencontre Nathan en boîte de nuit, est irrésistiblement attirée par lui et vit sa première fois sur la plage avec le jeune homme. Malheureusement pour elle, ce n'était qu'une histoire d'un soir pour Nathan,  et la fin des vacances aura un goût amer. La rentrée scolaire arrive enfin, et alors que Pia commence à se remettre de son chagrin, elle découvre qu'elle est enceinte.

L'écriture tout en finesse de Jo Witek parvient à retracer l'expérience malheureuse de cette adolescente en suscitant chez le lecteur une réelle empathie mais sans s'attendrir pour autant. Trop tôt, finalement, c'est un peu comme un témoignage, un récit sur un sujet sensible mais sans trop romancer l'histoire, car tel n'est pas ici le propos. 

Pia, du haut de ses quinze années, a mis un pied dans le monde adulte mais elle n'est pas encore prête à l'affronter complètement. Lorsqu'elle découvre le désir sexuel, elle oublie les mises en garde. La théorie c'est bien joli, mais quand on a envie de faire l'amour, on oublie tout ce que l'on sait.

Entre avoir des capotes dans la poche et en déposer une sur le sexe d'un homme, il existe un terrain vague, flou, immense. Une galaxie dont je n'avais pas idée.

Pia va donc vivre sa première fois avec bonheur, elle partagera une vraie nuit de plaisir avec Nathan, mais c'est l'après qui est douloureux. La déception de n'avoir été que "la fille d'un soir", et surtout la grossesse non désirée.  Dans son malheur toutefois, la jeune fille est entourée et accompagnée dans son choix d'avorter.

Trop tôt est un texte magnifique qui ne juge pas, ne prend pas partie. C'est en cela, sans doute, qu'il marque le lecteur.

Talents Hauts Editions (Ego), 92 pages, 2015

lundi 23 mars 2015

Charlotte (David Foenkinos)

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Avec ce dernier titre en date, David Foenkinos change radicalement de genre. Charlotte est une biographie (et non pas un roman comme indiqué sur la couverture...) de l'artiste peintre allemande Charlotte Salomon, personnage qui fascine depuis longtemps l'auteur. C'est un ouvrage qui a mûri plusieurs années dans sa tête avant qu'il ne se décide enfin à l'écrire pour de bon. 
Ce qui frappe d'emblée bien sûr, c'est cette mise en page particulière, cette écriture faite de phrases courtes, ces retours perpétuels à la ligne qui donnent un rythme à la lecture. Un peu comme une respiration, le lecteur enchaîne les phrases, presque à bout de souffle. C'est très étrange comme sensation, c'est comme si l'auteur était à vos côtés entrain de vous dire cette histoire, de vous la chuchoter à l'oreille. Un style qui convient parfaitement au sujet du livre. 

Pendant des années, j'ai pris des notes.
J'ai parcouru son oeuvre sans cesse.
J'ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans.
J'ai tenté d'écrire ce livre tant de fois.
Mais comment ?
Devais-je être présent ?
Devais-je romancer son histoire ?
Quelle forme mon obsession devait-elle prendre ?
Je commençais, j'essayais, puis j'abandonnais.
Je n'arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
Je me sentais à l'arrêt à chaque point.
Impossible d'avancer.
C'était une sensation physique, une oppression.
J'éprouvais la nécessité d'aller à la ligne pour respirer.

Alors j'ai compris qu'il fallait l'écrire ainsi.

Finalement, l'auteur est très peu présent dans le livre ; il fait preuve de pudeur et de respect et sait s'éclipser quand nécessaire.
L'histoire de Charlotte Salomon est à la fois passionnante et troublante. Elle a un passé familial lourd, elle est juive allemande et va en payer un lourd tribut lors de la seconde guerre mondiale, et par dessus tout elle est habitée par son art qui ne la quittera jamais.

J'ai beaucoup aimé Charlotte, pour la passion exprimée par l'auteur, pour son écriture très belle et poétique d'une certaine manière, pour son histoire que je ne connaissais pas et que je suis heureuse d'avoir découverte.

Une belle lecture.

(A noter que Charlotte a obtenu deux prix en 2014, le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des lycéens.)  

Gallimard (Blanche), 220 pages, 2014

mardi 17 mars 2015

Carnage, constellation (Marcus Malte)

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Voilà bien longtemps que je ne m'étais pas replongée dans l'écriture de Marcus Malte, pourtant l'un des auteurs contemporains français que je préfère.
Une fois encore, je suis un peu gênée par les étiquettes souvent mises par les éditeurs, car si ce roman est indiqué comme étant un policier, "roman noir" lui conviendrait sans doute mieux. 
C'est l'histoire de deux personnages, deux destins qui vont se croiser par hasard alors que rien n'aurait dû les faire se rencontrer. Césaria, née homme, est devenue femme à l'âge adulte. Après un passé douloureux dans la misère, elle décide de se prostituer pour gagner sa vie. C'est ainsi qu'un jour à une station service où elle offre son corps après le plein d'essence, elle fait la connaissance de Clovis. Sorti de prison il y a peu, ce dernier est décidé à se venger de celui qui l'y a fait plonger.
Une fois encore j'ai admiré la poésie de l'écriture et la noirceur de l'histoire, deux caractéristiques bien reconnaissables chez Marcus Malte. Carnage, constellation est à la fois l'histoire de l'amour avec un grand A, un récit improbable empli de violence et de sexe et une sorte de roman initiatique. Mélangez le tout et vous obtenez du 100% pur Marcus Malte, un texte sans concession, d'une virtuosité ensorcelante.
Superbe.

A force de remuer, l'enfant a réussi à dégager une partie de son museau. Son oeil gauche regarde par-dessus l'épaule de sa mère. Dans sa prunelle vierge se reflète le corps en lambeaux, comme une miniature ciselée sur une pastille d'ébène.

Folio policier, 264 pages, 2008 pour la présente édition

dimanche 15 mars 2015

Debout-payé (Gauz)

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C'est un livre estampillé "roman" sur la couverture, mais en réalité il n'a pas grand-chose d'un roman. 

Dans ce texte, l'auteur d'origine ivoirienne revient sur son expérience de vigile, profession qu'il a exercée à Paris à son arrivée en France. Le texte est construit sur une alternance de courts paragraphes et de véritables chapitres. Les premiers sont des sortes de brèves, réflexions du vigile pendant qu'il est à son poste, ou récits de situations incongrues qu'il a vécues. Les derniers retracent l'Histoire de la communauté africaine en France entre les années 60 et 90 tout en conservant le thème central du livre, à savoir le métier de vigile. 

Debout-payé, ceux qui sont payés pour rester debout, il fallait y penser, à ce titre, et surtout à raconter la vie de ces hommes invisibles et pourtant présent dans de nombreux lieux publics, grands magasins et administrations. 

C'est un ouvrage drôle avec son ton résolument humoristique (parfois acide, aussi), mais aussi très intéressant à lire parce qu'il dépeint un monde inconnu (en tout cas pour moi) et étonnant.

On y apprend une multitude de détails sur le quotidien des vigiles, de leur embauche à l'exercice même de leur job. Les longues journées passées debout, l'ennui, les situations cocasses, parfois de l'action, le milieu africain (car, nous apprend Gauz, la majorité des vigiles sont noirs et originaires d'Afrique). 
Tout cela est présenté avec beaucoup de verve, et remarquablement écrit. Une chose est sure, je ne verrai jamais plus les vigiles du même oeil !

RADIO CAMAÏEU. C'est la musique diffusée à longueur de journée dans le magasin. Avec Radio Camaïeu, en moyenne sur 10 chansons, 7 sont chantées par des femmes, 2 en duo avec un homme, une seule par un homme. A raison de 3 minutes par chanson, soit 20 chansons à l'heure, le vigile tourne à 120 horreurs sonores en 6 heures de vacation. La pause est une grande avancée syndicale.

FESSES DROITES. Bien qu'on puisse en dégager quelques grands groupes, la forme des fesses est aussi unique qu'une empreinte digitale. Quand le vigile se met à penser à ce qui se passerait dans les commissariats si c'était ce système d'identification qui avait été choisi par les pouvoirs publics.

SEPHORAAAA OU SEPHOOOORA. Le Sephora des Champs-Elysées est l'un des plus grands du monde. En arrivant ou en passant devant la boutique, il est très fréquent d'entendre les gens s'écrier à haute voix comme s'ils venaient de voir une vieille connaissance dans les bras de laquelle ils allaient se jeter : "Sephoraaaaa !", version française. "Oh my god ! Sephoooora !", version anglaise.

CODE-BARRES. Un code-barres est tatoué sur le cou d'une jeune fille. Grande tentation de lui passer le pistolet à infrarouges de la caisse pour savoir combien elle coûte.

Le nouvel Attila, 172 pages, 2014

samedi 7 février 2015

Aristotle and Dante discover the secrets of the universe (Benjamin Alire Saenz)

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Coup De Coeur 2015Cécile peut se montrer tyrannique quand elle a aimé un livre ! Elle vous en parle, vous le conseille, finit par vous l'envoyer, vous demande si vous l'avez lu... et comme elle a raison ! Comme cela aurait été dommage de passer à côté de ce superbe roman. Peu de pages, mais tellement intense, tellement riche en émotions, en mots. Au cours de ma lecture, j'ai noté de nombreux passages, preuve que cette histoire m'a touchée.

Aristotle et Dante sont deux adolescents américains d'origine mexicaine. Deux garçons différents l'un de l'autre que le hasard va rapprocher. Aristotle n'est pas très heureux, il se pose beaucoup de questions au sujet de la vie, de son frère qui fait de la prison, de son père qui n'est pas très locace et de son propre destin. Pour autant, ce n'est pas le genre à se morfondre, il garde ses émotions bien cachées et s'exprime par l'humour. Dante, lui, c'est l'artiste, le type qui aime lire des poèmes, qui dessine. Très sensible, il est toujours à fleur de peau, pleure facilement. Deux adolescents, donc, avec leurs soucis existentiels, comme il en existe beaucoup à travers le monde. Et puis il y a leurs parents, des personnes intelligentes, à l'écoute, des adultes qui veulent le meilleur pour leur enfant, qui tâtonnent aussi dans l'éducation, mais sont toujours présents. 
Ce roman, c'est l'histoire d'une rencontre, l'histoire de deux personnages formidables. C'est aussi une écriture poétique, drôle, emplie d'émotions. Un regard infiniment tendre et juste sur la jeunesse et ses maux, sur l'amour, sur les relations parents-enfants. Une sorte de parenthèse hors du temps, en toute simplicité pour faire la connaissance d'Aristotle et Dante. J'ai rarement rencontré des personnages aussi attachants, au point d'oublier par moments que ce sont des êtres de papier. C'est un hymne à l'amitié, à l'humanité.
Sublime.

That afternoon, I learned two new words. "Inscrutable". And "friend".

* * *

"Boring game, Dante. Are we interviewing each other ?"
"Something like that."
"What position am I applying for ?"
"Best friend."
"I thought I already had the job."

Lecture commune avec Mara, son billet

Le billet de Cécile

Simon & Schuster Books for Young Readers, 368 pages, 2012

lundi 22 décembre 2014

Sagesses et malices de Nasreddine, le fou qui était sage (Jihad Darwiche)

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Depuis quelques temps, ma collègue propose en lecture offerte ces textes aux élèves. Devant son engouement et celui de ses auditeurs, j'ai voulu tester, moi aussi, les Sagesse et malices de Nasreddine. Or, il se trouve que j'ai adoré et je voulais donc en parler ici.
Nasreddine est célèbre dans le monde arabe où il est également connu sous d'autres noms. C'est un personnage qui a plusieurs visages, tantôt sage, tantôt fou, parfois naïf, d'autres fois avisé. Chaque volume est composé de dizaines d'histoires très courtes dans lesquelles on le découvre. Ses paroles et ses actes ne sont jamais gratuit, ils donnent à chaque fois une vision de l'homme en se moquant de ses faiblesses, de ses travers. C'est drôle, parfois absurde, mais toujours pertinent. Nasreddine est lui-même pourvu de multiples défauts et il n'en est que plus attachant. Le tout est servi par la très belle écriture de Jihad Darwiche et c'est un vrai plaisir de lecture qui se dégage de ces trois trop courts volumes. A offrir, à s'offrir, à lire à tout âge.

Quelques extraits pour le plaisir :

La lune et le soleil
Un jour, on demanda à Nasreddine :
- Dis-nous, Nasreddine, de la lune ou du soleil, qui est le plus utile ?
- La lune, bien sûr, répondit-il sans hésiter.
- Et pourquoi ?
- Parce que la lune apparaît la nuit, et c'est pendant la nuit qu'on a le plus besoin de lumière.

Vizir du pétrole
Nasreddine se présenta un jour devant le roi.
- J'aimerais bien avoir un beau titre. Toi qui as tous les pouvoirs en main, fais de moi un de tes vizirs.
- Malheureusement tous les postes sont déjà pourvus ; je ne vois pas quel titre je pourrais te donner !
- Vizir du pétrole, par exemple !
- Mais tu plaisantes, bien sûr. Tu sais bien qu'il n'y a pas de pétrole dans notre royaume !
- Et alors ? Tu as bien un vizir de la justice.

C'est vrai ?
On dit à Nasreddine :
- Pourquoi, chaque fois que l'on te pose une question, tu réponds par une autre question ?
- C'est vrai ? demanda le Hodja

Tome 1
Jihad Darwiche, illustré par David B.
Albin Michel, 187 pages, 2000

Tome 2
Jihad Darwiche, illustré par Pierre Olivier Leclercq
Albin Michel, 147 pages, 2003

Tome 3
Jihad Darwiche, illustré par David B.
Albin Michel, 148 pages, 2007

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