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lundi 5 décembre 2016

Vous n'aurez pas ma haine (Antoine Leiris)

9782213701295-V-V01.inddJe n'ai pas eu que des lectures douces pendant cette longue absence... J'ai aussi lu des textes essentiels, bouleversants, à l'image de celui-ci.

Peu après l'attentat du 13 novembre 2015 au Bataclan, une lettre sublime et stupéfiante est apparue sur la page Facebook d'un certain Antoine Leiris. Il venait de perdre sa femme et s'adressait aux terroristes avec cette formule incroyable : " Vous n'aurez pas ma haine ". Comme beaucoup d'internautes, j'ai lu cette lettre qui m'a émue aux larmes. Un an après, j'ai poursuivi cette lecture avec ce court texte écrit par Antoine Leiris dans les jours qui ont suivi la mort de sa femme. Nous traversons tous l'épreuve du deuil de différente manière. Lui a éprouvé le besoin d'écrire, de coucher sur le papier ses ressentis, sa détresse, sa vision de la vie, cette nouvelle existence en tant que papa célibataire auprès de son jeune fils âgé de moins de deux ans.
Curieusement, c'est une écriture sans pathos que j'ai trouvée dans ces pages, avec même une certaine légèreté par moments. Il n'empêche que l'on ne peut résister à ces mots et retenir ses larmes. En lisant ce livre, on passe par diverses émotions, c'est un voyage étrange, une parenthèse fragile, sorte de bulle hors du temps. La plume est précise mais aussi poétique, elle suscite l'empathie, et, d'une certaine manière, l'espoir.
Un texte nécessaire.

D'une rafale de mitraillette, ils ont dispersé notre puzzle. Et, lorsque pièce après pièce nous le recomposerons, ce ne sera plus le même. Il manquera quelqu'un sur le tableau, il n'y aura plus que nous deux, mais nous prendrons toute la place. Elle sera avec nous, là, invisible. C'est dans nos yeux qu'on lira sa présence, dans notre joie que brûlera sa flamme, dans nos veines que couleront ses larmes.
Nous ne reviendrons jamais à notre vie d'avant. Mais nous ne construirons pas une vie contre eux. Nous avancerons dans notre vie à nous.

* * *

17h30 est une heure maudite. Celle qu'on voudrait effacer de nos journées. Une heure entre deux heures qui ne sert à rien. La promenade est terminée. Le dîner pas encore servi. Melvil est trop excité pour jouer. Je suis trop fatigué pour être attentionné. On s'ennuie. On se tourne autour, on s'évite, on se jauge. C'est à qui cédera le premier. On aimerait sentir le temps s'accélérer.

18h30, enfin.

" C'est l'heure du bain. "

Fayard, 138 pages, 2016 

mercredi 26 octobre 2016

Dans les forêts de Sibérie (Sylvain Tesson)

La solitude est une patrie peuplée du souvenir des autres.

mardi 21 juin 2016

Profession du père (Sorj Chalandon)

91ge3fAymVL.jpgCoupDeCoeur2016.pngTroisième titre que je lis de l'auteur, et deuxième grand coup de cœur. Si j'insiste avec l'adjectif "grand", c'est parce que, à l'image du Quatrième mur, ce texte est un de ces coups de cœur qui perdurent à travers le temps et laissent une empreinte derrière eux.
Publié comme roman, cet ouvrage est en réalité une autobiographie de l'auteur, à peine romancée. Pour avoir eu la chance de rencontrer Sorj Chalandon peu de temps après ma lecture, j'ai ainsi appris qu'à deux ou trois détails près, l'intégralité du texte est vraie. Cela en rend la lecture encore plus bouleversante.
Profession du père, c'est le récit de ce père mythomane et fou auprès duquel l'auteur a grandi. Un père violent, à la fois physiquement et psychologiquement, un personnage qui s'inventait des vies, des professions toujours plus extraordinaires (d'où le titre), un homme qui a marqué l'enfance et l'adolescence de Sorj Chalandon, surtout dans le pire.
Longtemps, l'enfant qu'il était a cru les délires de ce père malade, avant d'enfin comprendre que sa vie, leur vie de famille, reposait sur un tissu de mensonges. Ce n'est que très tard, après la mort de son père, que Sorj Chalandon a enfin pu coucher sur le papier ce qu'il avait vécu, ce qui l'a tant tourmenté. 
Dès les premières lignes, le lecteur identifie et reconnaît le style unique de l'auteur, cette plume si précise où chaque mot est pesé, ces phrases courtes qui claquent.
Un témoignage bouleversant, un récit de vie qui ne peut laisser insensible même si parfois certaines scènes font sourire. Car, loin de s’appesantir sur son sort, Chalandon aborde le sujet à travers le regard naïf de l'enfant qu'il était alors, en lui conférant un aspect drôle et décalé.
Un tout petit peu moins fort émotionnellement que Le quatrième mur, mais tout de même une grosse claque. Magistral.

Alors j'ai décidé de faire le voyage. J'y suis allé comme ça, trois mois plus tard, sans prévenir. J'ai pris le train en sens inverse, une boule d'enfance dans le ventre. Et je me suis assis sur le banc, en face de leur immeuble.

Le billet de Mara, grâce à laquelle j'ai pu découvrir ce merveilleux roman. 

Grasset, 315 pages, 2015

mercredi 15 juin 2016

Tout est sous contrôle (Sophie Henrionnet)

29220232.jpgNouveau roman de Sophie Henrionnet que j'avais hâte de découvrir, qui plus est dans un nouveau registre. Toujours dans la légèreté à l'image de Drôle de karma !, mais cette fois sous la forme d'une série. Sur la couverture, façon tampon, la mention "Le tumultueux quotidien d'Olympe McQueen" qui donne le ton.
Premier tome, donc, des aventures de la jeune femme, maman célibataire d'une délicieuse Aglaé âgée de seulement dix ans, mais bien plus mature qu'elle. Par un mauvais concours de circonstances, Olympe perd son job de photographe culinaire et va se retrouver à bosser pour son meilleur ami dans une agence de détectives.
Ça vous rappelle quelque chose ? Il semble en effet que l'auteur se doit fortement inspirée de la série Stephanie Plum de l'américaine Janet Evanovich. On trouve beaucoup de similitudes entre les deux, mais Sophie Henrionnet n'a pas à rougir car ce roman porte aussi sa patte personnelle. 
Une première aventure rythmée, drôle, avec des dialogues qui fusent, des personnages attachants, bref, la recette est bonne et ce tome se lit en un clin d’œil avec le sourire aux lèvres.
Au final, j'ai largement préféré cette version française de Stephanie Plum, c'est frais, enlevé, de quoi passer un moment très agréable aux côtés d'Olympe. Il me tarde de lire la suite !

- Je viens de déballer mon shaker, risqua Mathieu.
- ...
- Et j'ai fait deux saisons en tant que Barman !
Si en plus il me prenait par les sentiments...
- Vous savez faire les mojitos ?
- Mince... Je n'ai pas de menthe fraîche.
- Mais on en a en poudre dans le congélateur..., tenta Aglaé.
L'avenir de ma fille était tout tracé : négociateur au GIGN.
Je déposai les armes au pied du duo infernal.

Charleston, 381 pages, 2016

dimanche 1 mai 2016

Le chardon et le tartan ~ Diana Gabaldon

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Je viens de relire le tome 1 d'Outlander et je ne peux m'empêcher de vous proposer quelques mots choisis...

N'aie pas peur, me murmura-t-il dans l'oreille. Nous sommes deux, à présent.

* * *

Je veux te posséder, Sassenach, murmura-t-il, corps et âme.

* * *

Oh oui, Sassenach, répondit-il d'un ton narquois. Je suis ton maître... et ton esclave. Il semble que je ne puisse posséder ton âme sans perdre la mienne.

mercredi 9 mars 2016

Dans les forêts de Sibérie (Sylvain Tesson)

91Cq4cF6iHL.jpgJe n'avais encore jamais lu Sylvain Tesson. A la fois curieuse et réticente, je me suis décidée à découvrir sa plume avec ce titre, lecture idéale en hiver.
Ce livre, c'est en fait le journal de l'auteur lors d'un séjour en Sibérie. De février à juillet 2010, il a en effet passé six mois dans une cabane juchée sur les rives du lac Baïkal. L'habitation sommaire est isolée et Sylvain Tesson recherche dans ce séjour l'occasion de faire une parenthèse hors du monde urbain pour réapprendre à vivre, à apprivoiser le temps.
Les journées s’égrènent entre balades, pêche, coupe du bois pour le chauffage, lecture... Parfois s'ajoute au programme la visite d'un invité surprise, de passage dans les parages, mais globalement l'auteur passera ces six mois en solitaire.
J'ai mis du temps à lire ce journal que je réservais principalement pour le moment du coucher, appréciant de reprendre le fil de ma lecture alors que ma journée s'achevait, un peu comme un rituel.
J'ai beaucoup apprécié la plume de Sylvain Tesson, à la fois imagée, un brin cynique et érudite. Ce n'est pas un journal au sens classique du terme, dans lequel il relate l'intégralité de ses journées. Il s'agit davantage d'un savant mélange entre réflexion, contemplation et récit des faits. Parfois on assiste au déroulement des événements du jour, d'autres fois l'auteur expose une pensée qui lui vient, souvent alimentée par ses lectures.
Un très beau texte dépaysant à plus d'un titre. A découvrir.

6 mars
Le spectacle de V.E. debout, affairé à défoncer au marteau un poisson congelé sur la table d'une cuisine jamais nettoyée depuis la fin de l'Union soviétique, est réjouissant.

4 avril
Aujourd’hui, beaucoup lu, patiné trois heures dans une lumière viennoise en écoutant la Pastorale, pêché un omble et récolté un demi-litre d'appât, regardé le lac par la fenêtre à travers la fumée d'un thé noir, dormi un peu dans les rayons du soleil de 16 heures, débité un tronc de trois mètres et fendu deux jours de bois, préparé et mangé une bonne kacha et pensé que le paradis n'était pas ailleurs que dans l'enchaînement de tout cela.

5 avril
Ces gens qui vous interdisent de mettre les pieds sur la table. Ils ne savent pas la fierté de l'ébéniste.

13 avril
La tentation érémitique procède d'un cycle immuable. Il faut d'abord avoir souffert d'indigestion dans le cœur des villes modernes pour aspirer à une cabane fumant dans la clairière. Une fois ankylosé dans la graisse du conformisme et enkysté dans le saindoux du confort, on est mûr pour l'appel de la forêt.

2 mai
Entre l'envie et le regret, il y a un point qui s'appelle le présent.

28 mai
Nommer les bêtes et les plantes d'après les guides naturalistes, c'est comme reconnaître les stars dans la rue grâce aux journaux people. Au lieu de "Oh ! Mais c'est Madonna !", on s'exclame "Ciel ! Une grue cendrée !".

Folio, 289 pages, 2011

mardi 5 janvier 2016

La vague des BD #1

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Coup De Coeur 2016Coup de cœur pour cette série que j'ai découverte l'an dernier et dont je viens de lire le dernier tome sorti. Pour l'instant, trois tomes ont été publiés, mais il semblerait qu'il y aura une suite, ce dont je me réjouis !

Pour vous présenter cette série, rien de mieux que la présentation de l'éditeur du tome 1 :

Pierrot, Mimile et Antoine, trois septuagénaires, amis d'enfance, ont bien compris que vieillir est le seul moyen connu de ne pas mourir. Quitte à traîner encore un peu ici-bas, ils sont bien déterminés à le faire avec style : un oeil tourné vers un passé qui fout le camp, l'autre qui scrute un avenir de plus en plus incertain, un pied dans la tombe et la main sur le coeur. Une comédie sociale aux parfums de lutte des classes et de choc des générations, qui commence sur les chapeaux de roues par un road-movie vers la Toscane, au cours duquel Antoine va tenter de montrer qu'il n'y a pas d'âge pour commettre un crime passionnel.

C'est une BD très jeune encore, car parue en 2014, mais qui devrait avoir de beaux jours devant elle, du moins je l'espère. Il faut savoir que je lis peu de BD, aussi je n'ai certes pas assez de recul pour vous parler de celle-ci, mais c'est sans conteste l'une des meilleures que j'ai lues à ce jour. Dès les premières pages, j'ai compris que j'allais passer un super moment de lecture, que j'allais me marrer, et c'est ce qui s'est produit. La relation entre ces trois "vieux" est absolument géniale, ils ont construit une véritable amitié qui perdure malgré les différends. Etre amis à 70 piges, c'est aussi se dire les choses en face, être capable de rire de tout, de la vie, de la mort, ne pas se prendre au sérieux mais défendre ses idées, bref, c'est vivre l'instant présent et s'assumer tel que l'on est. Les dialogues sont savoureux et désopilants, j'ai ri de nombreuses fois pendant ces trois tomes. Les trois compères n'ont pas la langue dans leur poche, les répliques fusent, c'est absolument jubilatoire. Le ton est caustique, ils ont la critique facile et la société en prend un coup, mais que c'est bon !

" Plutôt  crever ! Ils ont engraissé les banques toute leur vie comme des esclaves pour se payer leur petit pavillon de merde et leur piscine, qu'ils comptent pas sur moi pour venir leur racler la véranda ! "

Au-delà du style et des personnages, ce qui serait déjà suffisant pour faire de cette série une réussite, il y a aussi de vraies histoires dans chaque tome. Des histoires qui permettent de découvrir petit-à-petit le passé des trois personnages principaux. 
Dans le tome 1 consacré principalement à Antoine, on remonte le temps pour aller à la rencontre de son ancien amour. Le tome 2 est centré sur Pierrot et sa petite-fille marionnettiste. Le troisième tome revient sur le passé de Mimile, lorsqu'il a quitté la région pour aller vivre en Océanie et est devenu un pêcheur de trésors...

En l'espace de trois volumes, je me suis attachée à ces papys révolutionnaires. J'aime les retrouver, les suivre dans leurs délires, leurs colères, leurs idées folles. C'est vraiment une excellente série que je recommande chaudement.

Pour achever de vous convaincre, sur le site de l'éditeur, vous pourrez feuilleter les pages du tome 1, du tome 2 et du tome 3 !

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Les vieux fourneaux
Scénario : Wilfrid Lupano
Dessin : Paul Cauuet
Couleurs : Paul Cauuet et Gom
Editeur : Dargaud

Tome 1 (2014) - Ceux qui restent
Tome 2 (2014) - Bonny and Pierrot
Tome 3 (2015) - Celui qui part

lundi 23 novembre 2015

Quelqu'un pour qui trembler (Gilles Legardinier)

5129dRcNzHL.jpgDernier né de mon auteur chouchou dont j'attendais la sortie avec une grande impatience !

Thomas, une fois son diplôme de médecine en poche, est allé parcourir le vaste monde pour soigner les oubliés. Puis il est resté dans un petit village de l'Inde où il vécu pendant plus d'une décennie. Il ne comptait pas revenir en France, mais le destin en a décidé autrement. Ainsi, il découvre par hasard que la femme qu'il a aimée autrefois et quittée pour aller à l'étranger a eu une fille, sa fille, Emma. D'un coup, les certitudes de Thomas vacillent et il fera le choix de rentrer en France pour faire connaissance avec Emma. 

Si ce roman n'a pas été pour moi un coup de cœur, c'est tout de même une excellente lecture et j'y ai retrouvé ce que j'aime dans la plume de Gilles Legardinier. Le lire, c'est passer du bon temps, rire, être ému, aimer la vie. Avec des histoires au bout du compte assez banales, il parvient à capter l'intérêt du lecteur, à le rapprocher des personnages, à l'inclure dans son histoire. Gilles Legardinier, c'est un magicien des mots. Il a une manière unique de raconter des histoires, et chaque fois je suis ferrée. Un brin loufoque, tendre et humain, ce livre m'a touchée à l'instar des précédents.

A lire sans modération.

Le docteur ouvrit le sac.
- Je vous ai apporté de quoi vous occuper.
Il sortit le petit château de conte de fées en plastique aux couleurs pastel.
- Il est pour vous, Jean-Michel. Je vous l'offre, avec tous ses personnages, sauf le prince qui a été mangé par le chien.
- Mais docteur...
- Ne discutez pas. Je suis trop vieux pour jouer alors que vous, amoureux, capable de faire l'imbécile avec l'électricité dans votre chambre en vous gavant de bonbons, vous avez l'âge idéal.

Fleuve Editions, 429 pages, 2015

vendredi 15 mai 2015

Trop tôt (Jo Witek)

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Première incursion dans la collection Ego des Editions Talents Hauts, dédiée aux adolescents.  " Des romans pour réfléchir, comprendre, s'émouvoir, se libérer. " selon l'éditeur, et une belle découverte avec ce titre, en ce qui me concerne.

Trop tôt est un roman court mais poignant. 

C'est l'été, Pia est en vacances au bord de la mer avec ses parents et sa cousine Marthe. Un soir, elle rencontre Nathan en boîte de nuit, est irrésistiblement attirée par lui et vit sa première fois sur la plage avec le jeune homme. Malheureusement pour elle, ce n'était qu'une histoire d'un soir pour Nathan,  et la fin des vacances aura un goût amer. La rentrée scolaire arrive enfin, et alors que Pia commence à se remettre de son chagrin, elle découvre qu'elle est enceinte.

L'écriture tout en finesse de Jo Witek parvient à retracer l'expérience malheureuse de cette adolescente en suscitant chez le lecteur une réelle empathie mais sans s'attendrir pour autant. Trop tôt, finalement, c'est un peu comme un témoignage, un récit sur un sujet sensible mais sans trop romancer l'histoire, car tel n'est pas ici le propos. 

Pia, du haut de ses quinze années, a mis un pied dans le monde adulte mais elle n'est pas encore prête à l'affronter complètement. Lorsqu'elle découvre le désir sexuel, elle oublie les mises en garde. La théorie c'est bien joli, mais quand on a envie de faire l'amour, on oublie tout ce que l'on sait.

Entre avoir des capotes dans la poche et en déposer une sur le sexe d'un homme, il existe un terrain vague, flou, immense. Une galaxie dont je n'avais pas idée.

Pia va donc vivre sa première fois avec bonheur, elle partagera une vraie nuit de plaisir avec Nathan, mais c'est l'après qui est douloureux. La déception de n'avoir été que "la fille d'un soir", et surtout la grossesse non désirée.  Dans son malheur toutefois, la jeune fille est entourée et accompagnée dans son choix d'avorter.

Trop tôt est un texte magnifique qui ne juge pas, ne prend pas partie. C'est en cela, sans doute, qu'il marque le lecteur.

Talents Hauts Editions (Ego), 92 pages, 2015

lundi 23 mars 2015

Charlotte (David Foenkinos)

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Avec ce dernier titre en date, David Foenkinos change radicalement de genre. Charlotte est une biographie (et non pas un roman comme indiqué sur la couverture...) de l'artiste peintre allemande Charlotte Salomon, personnage qui fascine depuis longtemps l'auteur. C'est un ouvrage qui a mûri plusieurs années dans sa tête avant qu'il ne se décide enfin à l'écrire pour de bon. 
Ce qui frappe d'emblée bien sûr, c'est cette mise en page particulière, cette écriture faite de phrases courtes, ces retours perpétuels à la ligne qui donnent un rythme à la lecture. Un peu comme une respiration, le lecteur enchaîne les phrases, presque à bout de souffle. C'est très étrange comme sensation, c'est comme si l'auteur était à vos côtés entrain de vous dire cette histoire, de vous la chuchoter à l'oreille. Un style qui convient parfaitement au sujet du livre. 

Pendant des années, j'ai pris des notes.
J'ai parcouru son oeuvre sans cesse.
J'ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans.
J'ai tenté d'écrire ce livre tant de fois.
Mais comment ?
Devais-je être présent ?
Devais-je romancer son histoire ?
Quelle forme mon obsession devait-elle prendre ?
Je commençais, j'essayais, puis j'abandonnais.
Je n'arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
Je me sentais à l'arrêt à chaque point.
Impossible d'avancer.
C'était une sensation physique, une oppression.
J'éprouvais la nécessité d'aller à la ligne pour respirer.

Alors j'ai compris qu'il fallait l'écrire ainsi.

Finalement, l'auteur est très peu présent dans le livre ; il fait preuve de pudeur et de respect et sait s'éclipser quand nécessaire.
L'histoire de Charlotte Salomon est à la fois passionnante et troublante. Elle a un passé familial lourd, elle est juive allemande et va en payer un lourd tribut lors de la seconde guerre mondiale, et par dessus tout elle est habitée par son art qui ne la quittera jamais.

J'ai beaucoup aimé Charlotte, pour la passion exprimée par l'auteur, pour son écriture très belle et poétique d'une certaine manière, pour son histoire que je ne connaissais pas et que je suis heureuse d'avoir découverte.

Une belle lecture.

(A noter que Charlotte a obtenu deux prix en 2014, le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des lycéens.)  

Gallimard (Blanche), 220 pages, 2014

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