Mot-clé - Mots Choisis

Fil des billets - Fil des commentaires

vendredi 8 mars 2019

Le pacte des Marchombres (Pierre Bottero)

005348026.jpgCoupDeCoeur2016.pngMa découverte de la plume de Pierre Bottero remonte déjà à plusieurs années et pourtant je n'ai pas encore lu l'intégralité de ses romans, je savoure et je prends mon temps. 
Ayant lu les trois premiers tomes de l'adaptation BD du Pacte des Marchombres, je connaissais donc le début de l'histoire consacrée à Ellana, personnage rencontré dans La quête d'Ewilan. En réalité, les trois premiers volumes de la bande dessinée correspondent quasiment au premier roman, seule la toute fin de ce dernier n'y figure pas.
J'ai donc lu pratiquement l'intégralité de ce livre en en connaissant l'histoire. Et pourtant, bien que n'ayant donc pas eu l'effet de surprise, ce fut un coup de cœur.
Dans ce premier volet, il est question de l'enfance d'Ellana et du début de son apprentissage en tant que Marchombre. Lorsque le récit s'achève, Ellana n'a que quinze ans, et pourtant c'est déjà un personnage ultra charismatique et extraordinaire.
Une fois encore, Pierre Bottero m'a fait rêver et m'a mis des étoiles dans les yeux. L'histoire est belle, poétique, profonde, mais aussi drôle et rythmée. Bref, c'est un superbe premier tome qui m'a donné envie de me jeter sur la suite illico.

Le pacte des Marchombres #1 - Ellana
Rageot, 439 pages, 2017 pour la présente édition

Acheter Le pacte des Marchombres #1 sur Les Libraires.fr

005315050.jpgCoupDeCoeur2016.pngDans ce deuxième tome, Ellana achève son apprentissage auprès de son maître Jilano. Ce dernier lui confie une mission : escorter une caravane et s'assurer de son arrivée à bon port. Ellana va officier seule pour la première fois, sans son mentor, et elle va rencontrer maints obstacles.
Ce volume retrace le parcours initiatique de la jeune Marchombre. Avancer sur la voie n'est pas aisé et Ellana doit faire face à de nombreux doutes et questions. C'est très beau de la voir évoluer et forger petit à petit l'adulte que l'on rencontre dans La quête d'Ewilan. On comprend mieux à l'issue de ces deux premiers tomes comment elle est devenue ce personnage redoutable et mystérieux.
Encore un coup de cœur pour cette suite passionnante et enlevée qui se lit en un rien de temps.

Le pacte des Marchombres #2- Ellana, l'envol
Rageot, 474 pages, 2018 pour la présente édition

Acheter Le pacte des Marchombres #2 sur Les Libraires.fr

005315064.jpgCoupDeCoeur2016.pngDernier volet de la trilogie, bien plus long que les précédents, pour mon plus grand plaisir.
Grosse surprise, dans ce tome qui se déroule quelques années après le deuxième, on retrouve les personnages des Mondes d'Ewilan, puisque l'action se situe chronologiquement après Les tentacules du mal. Quel bonheur de retrouver tout ce petit monde ! Dès le début, Ellana est en fâcheuse posture, blessée à mort, elle se remémore les années et les événements passés de sa propre vie. Le lecteur remonte donc le temps pour découvrir ce qui est arrivé.
C'est bien simple, j'ai tout aimé dans cette fin. La construction du récit qui met en parallèle le temps présent avec Ellana et le passé. L'humour, toujours, avec une mention particulière pour le peuple des Petits qui sont des personnages formidables. L'action omniprésente et le côté roman d'aventure, on a une véritable quête, c'est haletant de bout en bout. Les messages à portée philosophique qui parsèment toute l'oeuvre de Bottero et sont fréquents dans ce tome-ci. La poésie de l'écriture, certains passages sont magnifiques. Et puis bien sûr, le fait de retrouver l'ensemble des personnages rencontrés dans les deux séries (Ewilan et Ellana), les voir réunis dans cette histoire était génial. La boucle est à présent bouclée, et je dois avouer que j'étais très émue de terminer cette histoire et de me dire que je quittais ces personnages pour de bon.
Superbe (et je ne parle pas des horribles couvertures choisies par l'éditeur, elles ne mettent malheureusement pas du tout en valeur cette histoire...).

Al-Jeit.
Perle de Gwendalavir.
La capitale de l'Empire était une cité féerique érigée au sommet d'un inexpugnable plateau rocheux jaillissant de la prairie. La vision de ce plateau, prodigieuse merveille minérale, aurait comblé le plus exigeant des esthètes si son imposante beauté n'avait été éclipsée par le faste de la cité qu'il supportait.
Tours graciles partant à l'assaut de l'azur, coupoles audacieuses, entrelacs de passerelles vertigineuses, flèches de jade ou d'argent, dômes de verre, Al-Jeit était un miracle de finesse et de force, de hardiesse et de légèreté qui liait le génie de ses créateurs à la beauté de l'absolu.

* * * 

La douleur infinie de celui qui reste,
Comme un pâle reflet de l'infini voyage
Qui attend celui qui part.

Le pacte des Marchombres #3- Ellana, la prophétie
Rageot, 474 pages, 2018 pour la présente édition

Acheter Le pacte des Marchombres #3 sur Les Libraires.fr

mercredi 26 décembre 2018

L'amour c'est... (Kack Koch et 200 auteurs)

005719704.jpgCet ouvrage, que l'on pourrait classer dans plusieurs rayons (BD, albums, beaux livres...) et que j'ai choisi de placer dans la catégorie "pensées"  fait écho à S'aimer de Cécile Roumiguière. Dans ce dernier, l'autrice proposait un texte sur l'amour, illustré par trente-neuf auteurs et dans L'amour c'est..., l'illustrateur Jack Koch a illustré les textes de deux cents auteurs sur le thème de l'amour également.
Chacun y va de sa définition, poétique, lyrique, drôle, réaliste, émouvante... Certains textes sont très courts, une ou deux lignes à peine, d'autres remplissent la page. Les illustrations en regard des textes sont réalisées en noir et blanc sur un fond de papier kraft. Il se dégage, de l'un (les textes) comme de l'autre (les dessins) beaucoup de douceur. C'est un livre qui se picore, se déguste par petits bouts. 
Un joli moment de lecture, un beau livre sur un sujet inépuisable.

A noter qu'en l'achetant ou en l'offrant, vous faites une bonne action puisque 2 € sont reversés à l'association Le rire médecin.

Un extrait (cliquer sur l'image)

IMG_20181223_235201_1_.jpg

Le livre de poche, 2018

Acheter L'amour c'est... sur Les Libraires.fr

mercredi 20 juin 2018

Les mondes d'Ewilan #1 - La forêt des captifs (Pierre Bottero)

003739976.jpgJ'ai découvert il y a maintenant quelques années la merveilleuse plume de Pierre Bottero avec la première trilogie mettant en scène le personnage d'Ewilan. J'avais adoré, et pour une raison obscure, j'ai attendu tout ce temps avant de me plonger dans la suite de cette saga au début enchanteur.

Dans ce premier tome des Mondes d'Ewilan, nous retrouvons Salim et Ewilan dans notre monde, où ils ont décidé de retourner quelques jours pour rendre visite à leurs proches. Malheureusement, les vacances vont tourner au cauchemar et Ewilan va se faire kidnapper et enfermer dans une institution étrange.
L'écriture de l'auteur m'a semblé aussi belle et douce que dans les précédents tomes, mais je n'ai pas retrouvé l'élan ressenti à la lecture de la trilogie précédente. Il est vrai cependant qu'il s'agit seulement du premier tome, et que celui-ci ne manque pourtant pas d'action, mais j'ai moins accroché à l'histoire. J'attribue ce sentiment à deux éléments principaux, à savoir d'une part que le récit se déroule intégralement en France, dans notre monde réel, et d'autre part que les trois quarts du roman sont centrés sur Salim et Ewilan. Or, ce que j'avais aimé plus que tout dans cette série, c'était justement son univers fantastique et sa galerie de personnages. Alors, certes, j'aime Salim et Ewilan, mais les autres m'ont terriblement manqué.
Malgré ce bémol, j'ai passé un bon moment de lecture et je compte bien entendu poursuivre avec les tomes suivants.

Une larme naquit dans un univers violet, roula sur le velours d'une joue, porteuse d'un bonheur sans limite alors qu'un sourire émerveillé illuminait le visage d'Ewilan.

 Rageot, 374 pages, 2015 pour la présente édition

Acheter La forêt des captifs sur Les Libraires.fr

mercredi 18 avril 2018

Jefferson (Jean-Claude Mourlevat)

005357307.jpgJe ne rate jamais une nouveauté de l'un des mes auteurs chouchous, Monsieur (avec un grand M) Jean-Claude Mourlevat.
Aucun de ses textes ne m'a  jusqu'à présent déçue, et chacun d'entre eux m'a apporté quelque chose. Cet auteur est un virtuose de l'écriture, capable de passer d'un genre à l'autre tout en conservant son propre style.

Avec Jefferson, il repart explorer les terres de la littérature de jeunesse en offrant aux jeunes lecteurs un livre sensible et intelligent. Comme dans La ballade de Cornebique (je m'aperçois que je n'ai pas chroniqué ce merveilleux livre, quel dommage !), les personnages de l'histoire sont des animaux, mais la comparaison s'arrête là, car les deux histoires n'ont rien d'autre en commun. Ici, l'auteur puise dans les codes du roman policier, mais l'on s'aperçoit rapidement que c'est un roman multiple qui ne se réduit pas à une simple enquête (afin que mes propos ne soient pas mal interprétés, je précise que je ne réduis évidemment pas le genre policier à des romans construits uniquement sur une enquête !). L'histoire, qui, au départ, semble assez légère, prend une direction pour le moins inattendue. A travers ces personnages mignons et candides, l'auteur fait passer des messages importants, notamment sur la cause animale, en particulier sur le traitement des animaux dans les abattoirs. Si Jefferson est donc un roman que l'on peut qualifier d'engagé, il n'en demeure pas moins que l'écriture est résolument orientée jeunesse et que l'histoire reste à la portée de ce lectorat. Pour ma part, bien qu'étant adulte, j'ai adoré ce texte que j'ai trouvé remarquablement écrit. Rien que pour cela, j'aime la plume de cet auteur qui ne prend pas les enfants pour des êtres idiots et incultes et leur offre de la vraie littérature. Le ton est malicieux et tendre en surface, mais la teneur des messages portés par ce roman n'en est que plus sérieuse. On passe un superbe moment en compagnie de Jefferson le hérisson et des ses acolytes, on est diverti tout en réfléchissant à un sujet grave.
Un magnifique roman illustré avec talent par Antoine Ronzon, presque un coup de coeur.
Et, cerise sur le gâteau, une sublime couverture réalisée par Lisa D'Andrea (avec des effets de brillance pour représenter la pluie qui tombe).

Ils remontaient dans leur chambre quand l'employé de la réception les interpella, le sourire aux lèvres et l’œil rigolard :
- Alors, cette soirée Scrabble ?
Peut-être pensait-il que ces drôles de clients savaient à peine lire et écrire.
- C'était très bien, répondit Jefferson, merci.
- Vous avez trouvé des mots très longs ?
- Oui, j'ai trouvé SOLIDARITÉ.
- Ah, pas de Z, pas de W, ça ne doit pas rapporter des masses.
- Si, fit Jefferson, ça peut rapporter beaucoup. Bonne nuit, monsieur.

Gallimard Jeunesse, 263 pages, 2018

Acheter Jefferson sur Les Libraires.fr 

samedi 24 février 2018

Vous écrivez ? Le roman de l'écriture (Jean-Philippe Arrou-Vignod)

9782072735370FS.gifJean-Philippe Arrou-Vignod, que je connaissais pour ses ouvrages de jeunesse - entre autres la série d'albums Rita et Machin et la série de romans Jean-Quelque-Chose - a également publié pour les adultes, ce que j'ai découvert récemment.

Vous écrivez ? est un essai sur l'écriture dans lequel l'auteur propose sa vision du métier de romancier. Il ne s'agit donc pas ici d'un ouvrage "pratique" doté de clefs prêtes à l'emploi pour devenir un écrivain, mais d'une réflexion sur l'acte d'écriture. 
Comment l'écrivain invente-t-il une histoire ? Que fait-il concrètement lorsqu'il est entrain d'écrire ? Jean-Philippe Arrou-Vignod emmène le lecteur dans l'intimité du travail d'écriture en partageant avec lui son savoir-faire et son amour pour cette profession. 

Cet ouvrage est divisé en huit chapitres qui s'intitulent respectivement : Commencer, Personnages, L'intrigue, Scènes, Dialogues, Décrire, Comment écrivent les écrivains et Le récit de jeunesse.
Le propos de l'auteur est régulièrement illustré par de nombreux exemples empruntés à la littérature (souvent à la littérature de jeunesse, ce qui m'a beaucoup plu) ou par des textes écrits spécialement pour l'occasion. La lecture en est fluide et aisée, il ne s'agit pas ici d'un discours pompeux mais d'un texte simple et argumenté écrit par un passionné.
Que l'on soit lecteur, écrivain en herbe ou les deux à la fois, Vous écrivez ? est un livre passionnant. Si vous êtes un amoureux des livres, n'hésitez pas une seconde et plongez-vous dans ces pages, vous découvrirez une nouvelle facette de cet univers.
Pour ma part j'ai englouti ce texte que j'ai parsemé de dizaines de signets pour y revenir plus tard.

" Un livre, ça n'a l'air de rien, des mots sur une page, mais en réalité, il s'agit d'une technologie infiniment complexe qui traduit des gribouillis bizarres tracés à l'encre en images à l'intérieur de votre crâne. " Jasper Fforde, Le puits des mémoires

" Lorsqu'on m’interroge sur mes intentions, explique Colum McCann, je suis toujours désarçonné. Quand j’écris, mon intention initiale est, justement, de n'avoir aucune intention. D'explorer ce qui s'offre à moi. C'est cela, écrire un roman : vous fermez les yeux et vous entrez dans la tête d'un autre. " Interview, Télérama, 15 juin 2016

" A vue de nez, vous en avez pour quelques mois encore. Le livre sera-t-il réussi ? Séduira-t-il un éditeur ? Des lecteurs ? Vous n'en savez rien. Pour l'instant, il trouve en lui-même sa propre justification - la surprise enfantine de découvrir un double-fond dans votre propre existence. " Vous écrivez ? Le roman de l'écriture, Jean-Philippe Arrou-Vignod

Gallimard, 208 pages, 2017

Acheter Vous écrivez ? Le roman de l'écriture sur Les Libraires.fr (version papier et ebook)

mercredi 13 décembre 2017

Tortues à l'infini (John Green)

9782075097444FS.gifLes visiteurs réguliers de ce salon savent à quel point Nos étoiles contraires, ma première rencontre avec l'oeuvre de John Green, a été pour moi une grande claque et un immense coup de cœur. Pour autant, je ne me suis pas précipitée pour découvrir d'autres titres de l'auteur, j'ai préféré prendre mon temps. J'ai donc lu l'an dernier Looking for Alaska (Qui es-tu Alaska ?) que j'ai beaucoup aimé. Et cette année, j'ai eu envie de lire son tout dernier roman. Sorti cinq ans après Nos étoiles contraires, Tortues à l'infini était très attendu par les millions de lecteurs de l'auteur, dont je fais partie. 

Il ne s'agit pas d'un livre comme les autres dans la biographie de John Green, mais de l'aboutissement d'un cheminement personnel. Ce récit, certes fictif, est bâti autour d'un sujet difficile, une maladie dont souffre l'auteur, le trouble obsessionnel compulsif. A travers ce livre, il s'est donc d'une certaine manière mis à nu, et son écriture n'a pas dû être simple ; on comprend mieux la longue attente avant cette publication.

Aza Holmes est une jeune lycéenne en apparence ordinaire, qui souffre d'une pathologie psychique. Des pensées obsessionnelles lui pourrissent l'existence et l'empêchent d'avoir des relations avec autrui. Même sa meilleure amie Daisy a parfois du mal à supporter son comportement.  Lorsque l'histoire débute, Aza apprend que le père d'un ancien copain vient de disparaître mystérieusement. Comme il s'agit d'un milliardaire, une prime de cent mille dollars est en jeu, et Daisy décide de mener l'enquête avec Aza.

Si mon résumé vous donne l'impression que Tortues à l'infini est un roman policier, détrompez-vous, car ici la partie enquête n'est qu'un prétexte pour la suite et passe rapidement au second plan. En réalité, c'est un roman centré sur la quête d'identité et la douleur psychique. Pas très gai me direz-vous. Mais avec John Green, tous les sujets, même les plus graves, sont traités sans pathos. La pilule de la gravité passe mieux avec son écriture décalée et cynique. 

Une fois encore, c'est ce que j'ai apprécié dans ce nouveau livre. John Green a un style unique et une acuité incroyable qui rendent ses histoires plus percutantes que si elles étaient écrites par un autre. Cela ne signifie pas que j'aime tout ce qu'il écrit, mais que je trouve toujours son écriture exceptionnelle, quel que soit le roman. Ce fut donc ici le cas, j'ai éprouvé un vif plaisir à "relire du John Green" alors que dans le fond, j'ai moyennement aimé ce roman.

Au moment d'écrire cette chronique et de réfléchir aux arguments que j'allais avancer pour expliquer le sentiment de légère déception que j'ai ressenti au sortir de cette lecture, j'ai eu dû mal à mettre précisément le doigt sur ce qui m'a déplu ou manqué.
Je crois que j'ai eu du mal à m'attacher aux personnages alors qu'ils ne sont pourtant pas banals. Disons que, étant donné le sujet du roman, je m'attendais à un ascenseur émotionnel à l'instar de Nos étoiles contraires. Or, cela n'a pas été le cas, j'ai mis les deux tiers du bouquin avant de  ressentir de vraies émotions et de l'empathie pour Aza. Jusque-là, je suis restée en dehors, incapable de m’immerger dans le récit. Et je ne sais pas pourquoi, car très honnêtement, l'écriture de John Green est percutante comme dans ses autres romans.
Dans la dernière partie, j'ai ressenti une intensité grandissante et beaucoup aimé la fin. Malheureusement, cela n'a pas suffi à "compenser" le reste.

C'est donc un avis mitigé que j'émets vis-à-vis de ce roman.
Un sujet difficile traité avec pudeur et brio, une écriture incroyable, un univers étonnant, des personnages forts, Tortues à l'infini possède tout cela, c'est un très bon livre, mais je suis restée en dehors pendant la majeure partie du temps.

Si vous aussi vous l'avez lu, j'aimerais échanger avec vous sur cette lecture. Qu'en avez-vous pensé, qu'est-ce qui vous a plu/déplu ?

Vous avez peut-être déjà été amoureux. Je veux dire vraiment amoureux, d'un amour que ma grand-mère décrivait en citant la Première Lettre de saint Paul aux Corinthiens qui dit que l'amour est patient et plein de bonté, qu'il n'est point envieux ni vantard, qu'il croit tout, qu'il espère tout, qu'il supporte tout. Je n'aime pas trop balancer le mot "amour" à tort et à travers ; c'est un sentiment trop merveilleux, trop rare, pour le dévaloriser par un usage abusif du terme. On peut vivre une bonne vie sans jamais connaître le véritable amour (dans la version corinthienne du sens, je veux dire). Mais j'ai eu la chance  de le rencontrer avec Harold.
Harold était une Toyota Corolla vieille de seize ans de couleur turquoise.

Titre original : Turtles All the Way Down
Traduit de l'américain par Catherine Gibert
Gallimard Jeunesse, 340 pages, 2017 pour l'édition originale, et pour l'édition française

lundi 5 décembre 2016

Vous n'aurez pas ma haine (Antoine Leiris)

9782213701295-V-V01.inddJe n'ai pas eu que des lectures douces pendant cette longue absence... J'ai aussi lu des textes essentiels, bouleversants, à l'image de celui-ci.

Peu après l'attentat du 13 novembre 2015 au Bataclan, une lettre sublime et stupéfiante est apparue sur la page Facebook d'un certain Antoine Leiris. Il venait de perdre sa femme et s'adressait aux terroristes avec cette formule incroyable : " Vous n'aurez pas ma haine ". Comme beaucoup d'internautes, j'ai lu cette lettre qui m'a émue aux larmes. Un an après, j'ai poursuivi cette lecture avec ce court texte écrit par Antoine Leiris dans les jours qui ont suivi la mort de sa femme. Nous traversons tous l'épreuve du deuil de différente manière. Lui a éprouvé le besoin d'écrire, de coucher sur le papier ses ressentis, sa détresse, sa vision de la vie, cette nouvelle existence en tant que papa célibataire auprès de son jeune fils âgé de moins de deux ans.
Curieusement, c'est une écriture sans pathos que j'ai trouvée dans ces pages, avec même une certaine légèreté par moments. Il n'empêche que l'on ne peut résister à ces mots et retenir ses larmes. En lisant ce livre, on passe par diverses émotions, c'est un voyage étrange, une parenthèse fragile, sorte de bulle hors du temps. La plume est précise mais aussi poétique, elle suscite l'empathie, et, d'une certaine manière, l'espoir.
Un texte nécessaire.

D'une rafale de mitraillette, ils ont dispersé notre puzzle. Et, lorsque pièce après pièce nous le recomposerons, ce ne sera plus le même. Il manquera quelqu'un sur le tableau, il n'y aura plus que nous deux, mais nous prendrons toute la place. Elle sera avec nous, là, invisible. C'est dans nos yeux qu'on lira sa présence, dans notre joie que brûlera sa flamme, dans nos veines que couleront ses larmes.
Nous ne reviendrons jamais à notre vie d'avant. Mais nous ne construirons pas une vie contre eux. Nous avancerons dans notre vie à nous.

* * *

17h30 est une heure maudite. Celle qu'on voudrait effacer de nos journées. Une heure entre deux heures qui ne sert à rien. La promenade est terminée. Le dîner pas encore servi. Melvil est trop excité pour jouer. Je suis trop fatigué pour être attentionné. On s'ennuie. On se tourne autour, on s'évite, on se jauge. C'est à qui cédera le premier. On aimerait sentir le temps s'accélérer.

18h30, enfin.

" C'est l'heure du bain. "

Fayard, 138 pages, 2016 

mercredi 26 octobre 2016

Dans les forêts de Sibérie (Sylvain Tesson)

La solitude est une patrie peuplée du souvenir des autres.

mardi 21 juin 2016

Profession du père (Sorj Chalandon)

91ge3fAymVL.jpgCoupDeCoeur2016.pngTroisième titre que je lis de l'auteur, et deuxième grand coup de cœur. Si j'insiste avec l'adjectif "grand", c'est parce que, à l'image du Quatrième mur, ce texte est un de ces coups de cœur qui perdurent à travers le temps et laissent une empreinte derrière eux.
Publié comme roman, cet ouvrage est en réalité une autobiographie de l'auteur, à peine romancée. Pour avoir eu la chance de rencontrer Sorj Chalandon peu de temps après ma lecture, j'ai ainsi appris qu'à deux ou trois détails près, l'intégralité du texte est vraie. Cela en rend la lecture encore plus bouleversante.
Profession du père, c'est le récit de ce père mythomane et fou auprès duquel l'auteur a grandi. Un père violent, à la fois physiquement et psychologiquement, un personnage qui s'inventait des vies, des professions toujours plus extraordinaires (d'où le titre), un homme qui a marqué l'enfance et l'adolescence de Sorj Chalandon, surtout dans le pire.
Longtemps, l'enfant qu'il était a cru les délires de ce père malade, avant d'enfin comprendre que sa vie, leur vie de famille, reposait sur un tissu de mensonges. Ce n'est que très tard, après la mort de son père, que Sorj Chalandon a enfin pu coucher sur le papier ce qu'il avait vécu, ce qui l'a tant tourmenté. 
Dès les premières lignes, le lecteur identifie et reconnaît le style unique de l'auteur, cette plume si précise où chaque mot est pesé, ces phrases courtes qui claquent.
Un témoignage bouleversant, un récit de vie qui ne peut laisser insensible même si parfois certaines scènes font sourire. Car, loin de s’appesantir sur son sort, Chalandon aborde le sujet à travers le regard naïf de l'enfant qu'il était alors, en lui conférant un aspect drôle et décalé.
Un tout petit peu moins fort émotionnellement que Le quatrième mur, mais tout de même une grosse claque. Magistral.

Alors j'ai décidé de faire le voyage. J'y suis allé comme ça, trois mois plus tard, sans prévenir. J'ai pris le train en sens inverse, une boule d'enfance dans le ventre. Et je me suis assis sur le banc, en face de leur immeuble.

Le billet de Mara, grâce à laquelle j'ai pu découvrir ce merveilleux roman. 

Grasset, 315 pages, 2015

mercredi 15 juin 2016

Tout est sous contrôle (Sophie Henrionnet)

29220232.jpgNouveau roman de Sophie Henrionnet que j'avais hâte de découvrir, qui plus est dans un nouveau registre. Toujours dans la légèreté à l'image de Drôle de karma !, mais cette fois sous la forme d'une série. Sur la couverture, façon tampon, la mention "Le tumultueux quotidien d'Olympe McQueen" qui donne le ton.
Premier tome, donc, des aventures de la jeune femme, maman célibataire d'une délicieuse Aglaé âgée de seulement dix ans, mais bien plus mature qu'elle. Par un mauvais concours de circonstances, Olympe perd son job de photographe culinaire et va se retrouver à bosser pour son meilleur ami dans une agence de détectives.
Ça vous rappelle quelque chose ? Il semble en effet que l'auteur se doit fortement inspirée de la série Stephanie Plum de l'américaine Janet Evanovich. On trouve beaucoup de similitudes entre les deux, mais Sophie Henrionnet n'a pas à rougir car ce roman porte aussi sa patte personnelle. 
Une première aventure rythmée, drôle, avec des dialogues qui fusent, des personnages attachants, bref, la recette est bonne et ce tome se lit en un clin d’œil avec le sourire aux lèvres.
Au final, j'ai largement préféré cette version française de Stephanie Plum, c'est frais, enlevé, de quoi passer un moment très agréable aux côtés d'Olympe. Il me tarde de lire la suite !

- Je viens de déballer mon shaker, risqua Mathieu.
- ...
- Et j'ai fait deux saisons en tant que Barman !
Si en plus il me prenait par les sentiments...
- Vous savez faire les mojitos ?
- Mince... Je n'ai pas de menthe fraîche.
- Mais on en a en poudre dans le congélateur..., tenta Aglaé.
L'avenir de ma fille était tout tracé : négociateur au GIGN.
Je déposai les armes au pied du duo infernal.

Charleston, 381 pages, 2016

- page 1 de 15