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mercredi 16 janvier 2013

Sous le signe du scorpion (Maggie Stiefvater)

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Je suis passée très près du coup de coeur avec ce roman. Maggie Stiefvater s'est inspirée des légendes celtiques pour créer un récit autour de chevaux marins, les fameux capall uisce. Ces animaux fantastiques et dangereux ont l'apparence des chevaux terrestres mais sont plus massifs et surtout beaucoup plus rapides. C'est ainsi que, chaque année au mois de novembre, ont lieu les courses du scorpion. A cette époque les chevaux sortent de l'eau, et les plus chanceux qui parviennent à les attraper et les dompter vont s'affronter dans des courses souvent mortelles. 
Sean Kendrick qui travaille dans un haras a su amadouer ces monstres marins. Il a été plusieurs fois vainqueur de la grande course et compte cette année encore la remporter en chevauchant Corr, l'étalon alezan.
En parallèle et pour la première fois, une fille s'est inscrite, chose jamais vue auparavant. Puck a décidé de courir pour défier son frère aîné qui veut quitter l'île. Leurs parents sont morts et la jeune fille ne supporte pas l'idée d'être de nouveau abandonnée. Seulement pour elle, pas question de monter un capall uisce, elle courra avec sa jument. 

Très nettement, le point fort de ce livre, c'est l'atmosphère qui s'en dégage et colle à la peau. L'île, ses habitants coupés du "vrai" monde, l'océan dominateur, les embruns, le goût du sel... et bien sûr ces chevaux sublimes et effrayants. L'histoire est prenante, on est englué sur la grève où s'entraînent les cavaliers, aux côtés de Puck et Sean, deux personnages bruts et touchants. J'ai énormément aimé cette incursion dans la légende et le traitement moderne qu'en a fait l'auteur. C'est avec regret que j'ai tourné la dernière page. Superbe.

- Te faire aimer des hommes est facile, Puck, il suffit que tu sois pour eux un sommet à conquérir ou un poème qu'ils ne comprennent pas, n'importe quoi qui les fasse se sentir forts ou intelligents. C'est pour ça qu'ils adorent l'océan.
Je ne suis pas si sûre que ce soit pour ça que Sean Kendrick aime la mer.
- Si tu leur ressembles trop, poursuit Peg, le mystère s'évanouit. On ne part pas en quête du Graal quand il vous rappelle une tasse de thé.

* * *

Ils s'élancèrent sur le sable. Ils se disputaient, ruaient, secouaient l'écume de leurs crinières et l'Atlantique de leurs sabots. Ils lancèrent à leurs congénères encore dans l'eau des hennissements aigus qui me donnèrent la chair de poule. Ces chevaux étaient des géants, ils étaient l'île et l'océan, et je découvris que je les aimais.

* * *

- Tu ne peux pas prendre le risque de ne pas arriver premier ! Pas à cause de moi !
Il ne lève pas les yeux du plan de travail.
- J'agirai quand tu le feras. Vous partirez à l'intérieur, et nous à l'extérieur. Corr peut s'extraire du peloton, il l'a déjà fait, ne t'inquiète pas pour ça.
- Je n'ai pas l'intention d'être ton talon d'Achille, Sean Kendrick !
Maintenant il me regarde.
- Trop tard, Puck, énonce-t-il doucement.

Titre original : The scorpio races
Traduit de l'anglais par Camille Croqueloup
Hachette (Black Moon), 474 pages, 2012 pour l'édition française et 2011 pour l'édition originale

jeudi 28 juin 2012

Une fleur dans les glaces (Géraldine Danon)

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Cet ouvrage est le récit de voyage de Géraldine Danon, son mari le célèbre navigateur Philippe Poupon et quatre de leurs enfants, sans oublier un chien !
A bord de la Fleur Australe, un voilier d'une vingtaine de mètres spécialement conçu pour les mers polaires, toute cette famille embarque en février 2009 pour tenter de traverser le fameux passage du Nord-Ouest qui relie les océans Atlantique et Pacifique. Sur les traces de nombreux explorateurs avant eux, ils se lancent dans ce défi périlleux. 
Géraldine Danon qui tient durant toute la durée de la navigation un journal de bord a écrit ce livre pour relater cette incroyable aventure. 

Ce sont huit mois de mer, de péripéties, de joies, de baisses de moral, d'angoisses mais aussi de sérénité, de fusion avec la nature. Une aventure familiale émouvante et passionnante que j'ai lue d'une traite et avec grand intérêt.
Seul petit bémol, l'aspect "people" qui par moments m'a un peu agacée... De par son passé d'actrice, l'auteur ne peut s'empêcher de parler de ses relations dans le milieu, des passages qui, à mon humble avis étaient déplacés dans ce livre, mais je pinaille. Mis à part cette infime critique, j'ai vraiment apprécié de suivre ce long voyage.
Un livre bien écrit qui donne de furieuses envies de prendre le large !

Merci Sandy !

J'ai Lu (Document), 156 pages, 2011


* * *

Pour en savoir davantage :

Le site consacré au voyage du passage du Nord-Ouest

- En 2010, la Fleur Australe a repris sa navigation cette fois vers le pôle sud ; l'émission Sept à Huit a consacré un reportage à ce deuxième voyage. Géraldine Danon a écrit un nouvel ouvrage qui s'intitule Fleur Australe, il est sorti en avril dernier.

- La Fleur Australe reprendra la mer en octobre prochain direction l'Amérique du sud, pour suivre cette nouvelle aventure, le site dédié.

- Fleur Australe est en partenariat avec Ifremer, Philippe Poupon explique comment dans une interview

jeudi 5 janvier 2012

Mistral (Angela Nanetti)

Mistral est un roman de jeunesse qui m'a beaucoup plu. Au départ c'est la superbe couverture qui m'a attirée, et puis le fait que l'histoire se déroulait sur une île. J'ai embarqué sans chercher à en savoir davantage. J'aime aborder un livre totalement vierge, aller vers l'inconnu et découvrir page après page ce que l'auteur a écrit, vers quels rivages il veut nous mener. 

Mistral, c'est le prénom du héros, un garçon de sept ou huit ans quand le récit démarre. Il vit avec ses parents et ses frères et soeurs sur une île où il est né, par une nuit de tempête. Une vie tranquille, rythmée par le va-et-vient des bateaux de pêche et pendant la haute saison par l'afflux des touristes. Un été, Mistral va rencontrer Chloé venue à bord d'un voilier avec ses parents. La petite fille l'intimide, elle est différente des enfants qu'il a l'habitude de fréquenter et sa famille se comporte bizarrement. Pourtant, Mistral est irrésistiblement attirée par elle...

Une belle surprise, comme je le disais en préambule. Une histoire bercée par le bruit de la mer et des mouettes, une histoire de famille, de premières amours. Une jolie écriture qui m'a séduite dès les premières lignes.

Les îles sont comme des résumés de la terre. On peut y trouver en petit ce qui, ailleurs, est trop loin ou trop vaste, ou inaccessible : des montagnes et des plaines, des villages et des villes, et même un peu de désert.

Ce n'est pas un roman d'action ni d'aventure, il ne s'y passe pas d'évènements remarquables, mais il s'en dégage une grande émotion. Des personnages qui se croisent, se déchirent, se comprennent, s'aiment. La narration est tout en douceur malgré un récit souvent amer. Pas de pathos, pas d’atermoiements inutiles, mais la vérité de la vie qui transpire à chaque page. Un roman qui ne donne pas envie de pleurer non plus mais qui touche par sa force tranquille.

Premier contact avec l'auteur et totalement conquise.
Si je  ne me trompe pas, Mistral n'est que le deuxième roman d'Angela Nanetti traduit en français, avis aux éditeurs...


Titre original : Mistral
Traduit de l'italien par Françoise Brun
La joie de lire (Encrage), 249 pages, 2008 pour l'édition originale, 2011 pour la traduction française

samedi 9 juillet 2011

Rose-Aimée T2 ~ Le marin perdu dans la brume (Béatrice Bottet)

Rappelez-vous, en février dernier je tombais amoureuse de Martial, le marin qui jouait de l'accordéon.
J'attendais avec impatience de le retrouver et de découvrir la fin de cette merveilleuse histoire. 
J'ai ouvert le livre et il était là, le Martial ! Mais ce n'était plus le même homme, il avait changé. De drôle et fougueux il était devenu triste et et atone. Qu'est-ce qu'il m'a agacée à se morfondre ainsi, à pleurnicher sur lui-même ! J'avais envie de lui botter les fesses... où était passé le garçon courageux qui allait de l'avant ? Puis on est passé de l'autre côté de l'Atlantique, direction Paris pour retrouver Rose-Aimée. Allons bon, elle aussi n'était plus que l'ombre d'elle-même depuis le départ de son amoureux. Mais bon sang, que n'agissaient-ils au lieu de pleurer leur amour perdu ?!
Heureusement, pour redonner un peu de piquant à l'histoire il y avait Fidelia et un nouveau personnage auquel je me suis de suite attachée, Bruce, l'irlandais qui aime la bagarre.

Puis au fil des pages, j'ai retrouvé toute l'intensité et l'émotion qui m'avaient séduite dans le premier tome, cette écriture qui vous prend et ne vous lâche plus, cet univers de fiction plus vrai que nature qui vous fait oublier tout le reste.
La dernière partie du roman est juste sublime avec son lot de douleurs et d'espérance, on est happé par le texte, on souffre pour les personnages et j'ai profondément aimé la direction choisie par l'auteur. Rose-Aimée et Martial ne forment pas un couple banal, et à leur image, il fallait que leur histoire sorte des sentiers battus.
Pari réussi pour Béatrice Bottet qui nous offre un second tome remarquable.


Lu en même temps que Cécile


Nouvel Angle, 512 pages, juin 2011

mardi 19 avril 2011

Un océan dans les yeux (Dedieu)

Que voilà un album étrange et décalé par rapport à ce que l'on trouve habituellement en jeunesse. Les images sont sombres mais sublimes, les traits de crayon emportent le lecteur dans un tourbillon à la fois terrifiant et hypnotisant. 
Georges est le gardien du phare des Roches Grises depuis une quarantaine d'années et l'heure de sa retraite a sonné. Mais le vieil homme ne l'entend pas ainsi et tel un capitaine, refuse de quitter son navire. Les lettres lui parviennent les unes après les autres, toutes porteuses du même message, mais Georges se contente de les réduire en petits morceaux qu'il disperse au vent.
Un récit troublant, émouvant, empreint de poésie. Un album, qui, assurément, séduira les aînés qui y trouveront une lecture à plusieurs niveaux. Dans Un océan dans les yeux, il est question de mer, mais pas seulement. Laissez-vous porter par les vagues et découvrez le destin peu commun de ce gardien de phare.

* * *

Les illustrations m'ont tellement marquée que cela m'a donné envie de démarrer une collection d'albums portant sur la mer.

Le billet de la tentatrice Clarabel

Seuil Jeunesse, mars 2011

mardi 2 mars 2010

Les grandes vies ~ Magellan (Stefan Zweig)

Au moment où je m'apprête à rédiger ce billet, je reprends en main ce volumineux ouvrage et je réalise qu'il est truffé de post-it qui ont jalonné ma lecture. J'en dénombre pas moins de onze pour une lecture de moins de deux cents pages, ce qui, je crois, est un signe. Signe que ce texte m'a interpellée, signe aussi de sa qualité.

Je n'ai jamais aimé l'histoire telle qu'elle m'a été enseignée au lycée. Si j'avais eu un professeur possédant ne serait-ce que le quart du talent de Zweig, j'aurais été beaucoup plus attentive en cours... Je ne connaissais la prose de cet auteur qu'à travers ses nouvelles, je le découvre à présent dans le cadre d'une biographie, et le charme a opéré de la même manière que pour ses récits de fiction. Il est capable de porter des faits historiques avec une langue tellement simple et vivante qu'on croirait lire un roman d'aventure. Charmée, je l'ai été. Par la forme d'abord. C'est un délice que de prendre une leçon d'histoire de cette manière. Par le fond aussi.

Mais revenons à la genèse de cet ouvrage. Ce livre est " né d'un sentiment peu courant, mais très énergique, la honte ". Zweig se rend au Brésil à bord d'un paquebot. Durant cette traversée de l'océan Atlantique, l'écrivain s'impatiente de la longueur du trajet et culpabilise dans le même temps de ce sentiment qu'il éprouve en songeant aux conditions de vie des hommes qui prenaient la mer aux siècles précédents. Dans la bibliothèque présente à bord, il consulte des ouvrages relatant les premiers longs voyages en mer. Celui de Magellan lui fait grande impression, et de retour en Europe, il se met en quête d'autres livres sur le sujet.  Il ne rencontre que frustration : " Et comme cela m'est déjà arrivé plusieurs fois je compris que le meilleur moyen de m'expliquer à moi-même quelque chose  qui me paraissait inexplicable était de le décrire et de l'expliquer à d'autres. " Ainsi naît le texte Magellan. Je ne sais pas si Zweig y a vu plus clair après avoir écrit ce livre, mais pour la lectrice que je suis, la démonstration a été magistrale, un texte instructif et passionnant.

Après un retour sur l'origine des premiers voyages maritimes, à  savoir la course aux épices, il dresse le portrait de cet homme dont le nom ne m'évoquait jusqu'à présent que celui d'un détroit : " ce petit homme effacé et taciturne ne possédait à aucun degré l'art de se faire aimer des grands ni de ses inférieurs ". Un homme, qui, au moment d'entreprendre le voyage qui le rendra célèbre, est rompu aux techniques que doit maîtriser un navigateur digne de ce nom. " Dix années d'expérience l'ont formé à toutes les techniques militaires, il s'entend à manier l'épée et l'arquebuse, la boussole et le gouvernail, à larguer la voile et à tirer le canon. Il sait lire et tracer un portulan, jeter la sonde aussi bien qu'un vieux pilote et se servir des instruments de bord avec autant de précision qu'un " maître de l'astrologie ". " Il a parcouru les différentes mers du globe, essuyé tempêtes et combats et découvert d'autres cultures.

A présent il a un rêve, celui de rallier les îles aux épices depuis le Portugal en naviguant d'est en ouest et tenter de découvrir un passage entre l'Atlantique et le Pacifique. Ce projet ne séduit pas son monarque qui se détourne de lui, et Magellan va alors se tourner vers le roi d'Espagne qui lui apporte son soutien. " En l'espace de quelques semaines le sans-patrie qu'il était, l'homme méprisé, sans situation est devenu capitaine-général d'une flotte de cinq navires, chevalier de l'ordre de Santiago, futur gouverneur de toutes les îles et terres qu'il découvrira, maître absolu d'une Armada et avant tout maître, pour la première fois, de son destin. " Le rêve du navigateur portugais prend enfin forme, mais les préparatifs sont longs. Il faut penser à tout, ne négliger aucun détail dont l'oubli pourrait se révéler fatal en mer, et prévoir de quoi subsister durant plusieurs mois, voire plusieurs années, pour 265 hommes. " L'alpha et l'oméga de toute nourriture, c'est le biscuit du marin : Magellan en a fait embarquer 21 380 livres [...] selon toute prévision, cette quantité devrait suffire pour deux ans. " Il faut également penser aux navires et à leur équipement, car " les navires sont eux aussi des êtres vivants, qui, à chaque voyage par-delà les mers, usent une partie de leur force de résistance ".
Enfin, l'heure du grand départ a sonné, Magellan lève l'ancre et laisse femme et enfant derrière lui. Quand il entame son voyage à bord de la Trinidad, il ne sait pas ce qui l'attend. Ce seront presque trois années de lutte et de recherches, ponctuées par les mutineries, la famine et les tempêtes. Magellan est un dur à cuir qui obéit à un certain code d'honneur, " une nature rude qui fait régner une discipline de fer dans sa flotte ". Cette traversée interminable va finalement aboutir à la découverte du fameux détroit plus tard baptisé du nom du navigateur.
La dernière étape du voyage doit permettre de rejoindre l'archipel des Moluques en Indonésie, mais ce sera sans Magellan qui mourra avant d'atteindre les îles tant espérées.
Partie de Séville trois ans auparavant, l'expédition de Magellan rejoindra son port d'attache amoindrie mais victorieuse. Ce seront 18 hommes épuisés à bord d'un navire disloqué qui boucleront de tour du monde " à l'envers ".
La découverte du détroit de Magellan est l'aboutissement d'une vie et d'un rêve mais elle ne sera pas reconnue à la hauteur des sacrifices humains qu'elle a engendrés. La percée du canal de Panama achèvera de l'enterrer. Pourtant, ce tour du monde restera une des prouesses de l'histoire de la navigation. Et Zweig de conclure : " Mais ce n'est jamais l'utilité d'une action qui en fait la valeur morale. Seul enrichit l'humanité, d'une façon durable, celui qui en accroît les connaissances et en renforce la conscience créatrice. "

Un récit admirablement écrit et construit qui fait voyager (dans le temps et dans l'espace) par procuration.  Zweig a su restituer l'essence même de la vie du célèbre navigateur, c'est tout simplement fascinant.



Grasset (collection Bibliothèque Grasset) - 1242 pages

jeudi 22 octobre 2009

L'ancre des rêves (Gaëlle Nohant)

Attention, pépite ! Quel bijou ce roman ! J'ai frôlé le coup de cœur. D'ailleurs c'en est quasiment un, il manquait juste un soupçon supplémentaire de magie et on y était !
Je crois que le principal et seul reproche que je ferai à l'encontre de L'ancre des rêves c'est sa longueur... Bien trop court ! Les pages défilent à toute vitesse et on est déjà à la fin alors que j'aurais voulu prolonger un peu ce voyage, rester encore quelques temps avec les personnages (auxquels je me suis bien évidemment attachée) et découvrir d'autres détails de leur existence.
Avouez que quand un livre semble trop court, c'est plutôt bon signe !

L'ancre des rêves, c'est un roman qui flirte avec le fantastique et plonge son lecteur dans une atmosphère digne des légendes bretonnes. Les marins morts en mer, les navires coulés dont les épaves recouvrent le fond, la brume, le bruit du ressac... autant de détails qui participent de la magie qui imprègne cette histoire.
Une histoire qui se déroule sur plusieurs générations et m'a rappelé d'une certaine manière L'amour dans l'âme de Daphné Du Maurier. On y retrouve cette même attirance pour la mer, quasi aliénante et destructrice, et cette force mystérieuse des liens du sang.
Le récit est prenant, le suspense m'a tenue en haleine presque jusqu'au bout et j'ai énormément aimé ces allers-retours entre rêves et réalité. La description des songes en eux-mêmes est superbe, au bout de quelques lignes j'avais déjà créé mon décor et je vibrais avec les frères Guérindel, je partageais leurs nuits cauchemardesques.
Quant au style d'écriture, j'ai accroché de suite. Une plume simple, sans fioriture mais poétique et très évocatrice. J'ai relevé quantité de passages au cours de ma lecture, chose qui ne m'arrive pas si souvent que cela.

L'ancre des rêves est le premier roman de Gaëlle Nohant à avoir été publié, j'espère qu'il y en aura d'autres, en tout cas moi je suis tombée sous le charme de cette romancière talentueuse.

Morceaux choisis :

p. 192 : " En mer, pendant des semaines qui n'avaient plus d'heures, plus de jours, plus de nuits, ils avaient été obsédés par l'idée du retour, jusqu'à épuisement des forces et des rêves. Ils marchaient sur les pavés avec ce léger déhanchement que crée le roulis du bateau et cette démarche bizarre trahissait leur nouvel état d'exilés permanents, condamnés de n'être plus à leur place que dans le vide hostile du grand large. Avant que la vie revienne irriguer de sa sève les arbres nus, ils auraient regagné leur prison de bois flottant, les planches moisies de leurs "cabanes" où ils s'enfonçaient pour dormir  tout habillés avec leurs bottes, et les saisons de la terre s'effaceraient pour laisser place au désert mouvant, glacé de l'Océan, là où le temps glissait dans l'irréalité, où les feuilles justes écloses, le velouté des fleurs, la blondeur des blés se fondaient dans cet alliage  de vieux souvenirs qui fabriquent des légendes. Et peu à peu l'été saturé de parfums , le printemps licencieux, impatient, rejoindraient les histoires transmises aux veillées , réalités douteuses, intangibles, suspendues entre ce monde et l'autre tel le clocher de la cathédrale d'Ys immergé sous les eaux. "

p. 259 : " Cet entêtement parental à les vouloir responsables les uns des autres , comme s'ils n'étaient pas réunis par le hasard de la procréation, comme si les plus petits étaient des cadeaux offerts aux aînés, mécaniques ultrasensibles requérant une vigilance de chaque instant, dépourvues de pièces de rechange, qu'il ne fallait laisser personne abîmer ou voler sous peine de passer sa vie entière à expier."

p. 263 : " Ils ne se disaient jamais fais de beaux rêves. Bonne nuit, c'était déjà une espérance."

p. 299 : " Et même si Samson chancelait encore sur ses jambes, bientôt, celle qui s'enivrait de l'arôme des jeunes enfants, l'ogresse précautionneuse qui redessinait les petits plis de leurs cous et de leurs cuisses d'un doigt délicat, celle-là n'existerait plus. Déjà elle savait (feignant de l'ignorer) que son corps ne serait plus plein, gonflé, habité."


Une interview passionnante de l'auteur (à regarder plutôt après avoir lu son roman) sur Auteurs.tv.

Le blog de l'auteur qui semble maintenant abandonné... Si quelqu'un a de ses nouvelles...
LE CAFE LITTERAIRE ROUVRE SES PORTES BIENTOT !!!

Un gros bisou à Yann qui me l'a offert ; j'ai attendu presque deux ans pour le lire (la honte), mais je l'ai dégusté phrase après phrase !


Lecture commune avec Sylire et Kali, Caro[line] nous ayant abandonnées en cours de route pour cause d'emploi du temps chargé.

Caro[line], il faut le lire !!!

D'autres nombreux avis référencés chez BOB

Robert Laffont - 381 pages

samedi 29 août 2009

De cape et de crocs (Alain Ayroles - Jean-Luc Masbou)

Je lis peu de BD et donc, quand cela m’arrive, je demande des conseils aux connaisseurs du genre. Bien souvent ils se révèlent utiles car j'ai ainsi fait d’heureuses découvertes.
De cape et de crocs en est une merveilleuse.
J’en avais entendu parler pour la première fois par Fashion et le billet de Doriane publié quelques mois plus tard a agi comme une piqûre de rappel. Peu de temps après je trouvais les huit volumes édités à ce jour à la bibliothèque et les empruntais sur le champ.

Quels délicieux moments de lecture ! Mais combien il est difficile d’évoquer cette série de façon juste. Véritablement tombée sous le charme, je me suis empressée d’en parler autour de moi, et il faut croire que je n’ai pas su vanter les mérites de cette bande dessinée car mes interlocuteurs semblaient plutôt refroidis. Incapable de leur communiquer la magie qui opère lorsqu’on ouvre ces albums, je leur avais donné l’impression d’une histoire pour le moins loufoque ; j’espère être plus convaincante à l'écrit…

De cape et de crocs c’est une bande dessinée infiniment riche qui touche à plusieurs univers tout en restant cohérente pour le lecteur. Deux personnages principaux, un loup et un renard, le reste des protagonistes ayant figure humaine (si l’on excepte le petit lapin qui accompagne nos deux héros et qui est absolument adorable, mais là je m’égare). Cet élément qui me gênait a priori m'a finalement beaucoup plu. Nos deux compères s’intègrent parfaitement dans l’histoire et leur apparence animale permet d’y ajouter une dimension à la fois comique et fantastique. Mais là n’est pas leur seule particularité… ces deux personnages sont des gentilshommes qui manient avec dextérité le fleuret et s’expriment en vers. Si les dessins sont magnifiques, le texte est incroyablement travaillé, regorgeant de références à la littérature (en particulier celle du 17ème siècle), et les dialogues sont un pur régal. Lire du théâtre et de la poésie en bande dessinée, c’est possible ! Quant au scénario, c’est également une réussite. L'intrigue connaît de nombreux rebondissements, on voyage parmi les pirates qu’on délaisse ensuite pour se rendre sur la lune, on assiste à des représentations de la commedia dell’arte, à des duels, on rit, on rêve, on a quitté la vie réelle qu’on a oubliée l’espace d'un instant pour se retrouver transporté dans ces pages sublimes.

Bref, vous l’aurez compris, un vrai coup de cœur pour cette BD proprement fascinante et foisonnante, à lire et à relire pour savourer pleinement les mots dont je crains avoir manqué une partie tant j’étais emportée par l’histoire et avide d'en connaître la suite.

A ce jour huit tomes ont été édités, mais il semble que la série ne soit pas encore complète et c’est tant mieux !
Merci Fashion et Doriane de m’avoir fait découvrir ce bijou ! Voilà une série idéale pour réconcilier les fâchés avec la BD.

Delcourt (collection Terres de légendes)

T1 ~ Le secret du janissaire - 47 pages
T2 ~ Pavillon noir ! - 47 pages
T3 ~ L'archipel du danger - 47 pages
T4 ~ Le mystère de l'île étrange - 47 pages
T5 ~ Jean sans lune - 47 pages
T6 ~ Luna incognita - 47 pages
T7 ~ L'archipel du danger - 47 pages
T8 ~ L'archipel du danger - 47 pages

vendredi 26 juin 2009

Du bon usage des étoiles (Dominique Fortier)

Il paraît que d'autres ouvrages sont bien meilleurs sur ce sujet, mais j'ai pourtant passé un excellent moment en compagnie de Du bon usage des étoiles.

Il s'agit du premier roman (quelle belle promesse !) d'une jeune auteure québécoise qui s'est intéressée à l'expédition menée en 1845 par l'explorateur britannique Sir John Franklin et dont l'objectif était de trouver le fameux passage du Nord-Ouest . Il semble que Dominique Fortier se soit documentée en profondeur avant d'entreprendre l'écriture de son livre, mais celui-ci reste toutefois une fiction bien que les faits qu'il relate aient eu une réalité historique.
Ce qui d'emblée m'a plu dans ce roman, c'est sa construction, alternance entre le récit du narrateur et le journal de bord de Francis Crozier, commandant du Terror (il portait bien son nom celui-là !), l'un des deux navires qui participaient à l'expédition. Une alternance qui rend l'histoire plus vivante et prenante. Du bon usage des étoiles ne détaille pas les étapes de cette expédition et ne s'attache pas trop au quotidien de ces marins qui se retrouvèrent bloqués par la glace et périrent les uns après les autres, incapables de repartir sinon à pied. Pour ma part j'ai aimé ce style et cette légèreté apparente avec laquelle Dominique Fortier traite ce sujet plutôt difficile. L'écriture est très froide et détachée au premier abord, et finalement il s'en dégage une certaine tension, adoucie cependant par les épisodes qui concernent la vie des femmes restées dans cette Angleterre victorienne.
Vous l'aurez compris, il faut lire Du bon usage des étoiles pour ce qu'il est, c'est-à-dire une fiction, et peut-être ensuite se tourner vers d'autres ouvrages pour en savoir davantage sur cette expédition.

Les avis de Caro[line] (merci pour le prêt !), Catherine, Fashion et Cuné

Lu dans le cadre du Prix Biblioblog 2009


Alto - 344 pages

jeudi 23 avril 2009

La vieille anglaise et le continent (Jeanne-A Debats)

Autant certains livres peuvent me rendre prolixe, autant celui-ci me laisse muette. Il m'est bien difficile de m'exprimer sur cette lecture... D'abord parce qu'elle est atypique, ensuite parce que La vieille anglaise et le continent est un livre qui se vit, se ressent, plus qu'il ne se raconte.
Il y a une véritable poésie dans l'écriture de Jeanne-A Debats. Quel talent ! Etre capable d'ancrer le lecteur dans une histoire, qui, de prime abord, semble peu convaincante et tellement irréelle, et le faire ainsi voyager dans les profondeurs et vivre par procuration dans la peau d'un cachalot, c'est du grand art. Les mots résonnent encore en moi alors que j'ai tourné la dernière page de cette novella il y a déjà plusieurs jours. Un voyage magique qui m'a profondément touchée. Seul regret, que ce récit soit si court. J'aurais voulu rester plus longtemps dans cet univers, j'aurais aimé des développements, je ne voulais tout simplement pas refermer ce livre. Quand l'écriture se marie avec l'océan, voilà ce que ça donne, un petit bijou.

Les avis de Fashion (merci pour cette superbe découverte), Amanda, Coeurdechene et Brize

Lu dans le cadre du Prix Biblioblog 2009


Griffe d'encre (collection Novellas) - 77 pages

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