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mercredi 7 mai 2008

La ferme africaine (Karen Blixen)

Le mois dernier, je mettais à l'honneur l'auteur danoise Karen Blixen dont je n'avais encore rien lu. Maintenant que j'ai fait connaissance avec sa plume, j'ai très envie de lire ses autres publications, même si, je suppose, La ferme africaine a une place bien à part dans son oeuvre.

"J'ai possédé une ferme en Afrique, au pied du Ngong."

Ainsi commence cette histoire, et dès les premiers mots, j'étais embarquée...

La ferme africaine n'est pas un roman d'amour, ni d'aventures (même si elles sont nombreuses dans ce livre), contrairement à l'image qu'en donne le film Out of Africa. C'est le récit d'une tranche de vie d'une européenne au Kenya, au début du XXème siècle. L'ouvrage fait penser à un journal, si ce n'est que le récit n'est pas chronologique, mais thématique.
Sa construction s'articule autour de cinq grands chapitres. Dans les deux premiers qui représentent près de la moitié du livre (Kamante et Lullu et Une histoire de coup de feu accidentel), l'auteur s'arrête sur des événements de sa vie africaine qui l'ont particulièrement marquée. C'est aussi, pour le lecteur, l'occasion de s'imprégner de son quotidien et de l'atmosphère du livre. Les deux chapitres suivants (Visiteurs à la ferme et Journal d'une émigrante) relatent un certain nombres de faits, mais de façon plus succincte qu'au début du livre. Enfin, le cinquième et dernier chapitre intitulé Adieux à la ferme, amène une conclusion à l'histoire en nous expliquant pourquoi et comment l'auteur a dû quitter le Kenya après y avoir passé une quinzaine d'années.

L'ensemble du livre est finalement très peu romancé puisque ce que nous conte l'auteur n'est ni plus ni moins que son vécu en Afrique. Mais justement, ce vécu est tellement incroyable et fascinant que le livre se lit comme un roman d'aventures.
Par ailleurs, la plume de Karen Blixen a suffi à envouter la lectrice que je suis. J'ai bien du mal à exprimer ce que j'ai ressenti, mais son écriture dégage en même temps une sensibilité et une force incroyable. On a l'impression que cette écriture est une transposition à l'écrit de ce qu'était probablement la personnalité de l'auteur ; une femme forte et intelligente. Au-delà du récit de ce qu'elle a vécu durant ces quinze années près deNairobi (et qui constitue déjà en soi une raison suffisante, à mon sens, pour avoir écrit ce livre), Karen Blixen nous livre ses pensées, sa vision d'un autre continent, sa compréhension d'une autre culture. La ferme africaine est un véritable documentaire sur la vie auKenya au début duXXème siècle.

Bien sûr, le regard que pose l'auteur sur l'Afrique n'est pas objectif, mais il n'en demeure pas moins intéressant pour autant. Après avoir lu ce roman autobiographique, on a le sentiment que Karen Blixen était une femme véritablement amoureuse de l'Afrique et qu'elle défendait celle-ci. Son implication dans la gestion de sa ferme jusqu'à la faillite et son attachement à ses serviteurs, laissent à penser qu'elle n'agissait pas comme la plupart des colons de l'époque.

Cependant, je n'ai pas pu adhérer totalement à sa vision des choses, notamment en ce qui concerne le rapport aux animaux sauvages. Un rapport qui était pour le moins ambigu, puisque l'auteur décrit par moments avec une incroyable beauté la faune environnante, alors que quelques pages plus loin, elle relate le plaisir et l'excitation ressentis lors de safaris. Je sais bien que c'était une autre époque, et que la chasse n'était pas perçue comme elle peut l'être aujourd'hui, mais certains passages m'ont vraiment heurtée, et je n'ai pas réussi à comprendre comment une femme si extraordinaire pouvait prendre plaisir à tuer des animaux (qu'elle semblait pourtant respecter, et c'est là tout le paradoxe).

C'est cependant mon seul bémol, puisque j'ai adoré ce livre et que je l'ai trouvé bien trop court. J'aurais aimé que l'auteur nous en dise davantage sur sa "vie africaine" qui m'a absolument fascinée.

Un grand livre, écrit par une très grande dame. J'ai hésité à faire de ce livre un coup de cœur, je crois qu'il en est un, en tout cas il me restera en mémoire.

Un grand merci à Camille qui me l'a offert.

L'avis de Karine, celui de Malice.

NB : j'ai un autre bémol à formuler, mais qui concerne l'édition... Edition superbe, présentée dans un coffret cartonné avec une brochure sur la biographie de l'auteur, mais à laquelle, il manque des notes explicatives. Souvent dans les livres, ces fameuses notes sont ennuyeuses, parfois inutiles... Ici, elles étaient, à mon sens, nécessaires. L'auteur, en effet, parsème son livre de citations littéraires, et j'aurais aimé en connaître les références. L'éditeur a volontairement choisi de ne pas citer les sources de ces citations, en faisant confiance, je cite, "à la sagacité et à la culture du lecteur". Il me semble que c'est une erreur.

NB2 : J'ai voulu accompagner mon billet d'un extrait... J'avais parsemé mon exemplaire de nombreux signets, et au moment de choisir un passage, je n'ai pas réussi à me décider. J'ai été touchée de nombreuses fois durant cette lecture, et finalement je n'ai plus envie de proposer d'extrait, seulement vous dire de lire ce livre intégralement, la magie sera encore plus forte !

Gallimard (collection Folio) - 508 pages 

jeudi 17 avril 2008

Karen Blixen

J'ai choisi ce mois-ci de célébrer l'auteur danoise Karen Blixen. On m'a offert il y a peu son célèbre roman La ferme africaine que je suis entrain de lire au moment où paraît ce billet, et c'était donc l'occasion de m'intéresser à la vie de l'auteur.
Cette recherche a été passionnante et le destin de cette femme me fascine.

Biographie

Karen Blixen naît le 17 avril 1885 à Rungstedlund, au Danemark sous le nom de Karen Christentze Dinesen.
Sa mère est la fille d'un riche armateur, son père un ancien officier devenu propriétaire terrien, écrivain et parlementaire.
Son père se suicide alors qu'elle est à peine âgée de dix ans. Elle grandit dans milieu exclusivement féminin, entre sa mère, sa tante et sa grand-mère maternelle. Karen et ses quatre frères et soeurs ne vont pas à l'école, ils sont instruits à domicile par une gouvernante. Très tôt, elle s'intéresse à la peinture - qu'elle étudiera par la suite à l'Académie des Beaux-Arts de Copenhague - et à l'écriture.

En 1907, sont publiés ses premiers écrits - des contes -  sous le pseudonyme d'Osceola dans une revue littéraire.
A la même époque, elle rencontre dans les milieux aristocratiques les frères suédois Blixen-Finecke. Elle tombe amoureuse de Hans, et épousera finalement son jumeau, le baron Bror Blixen-Finecke (qui est également son cousin au second degré) en 1914.
Avec lui, elle s'expatrie au Kenya, où ils cutivent le café dans une ferme près de Nairobi. Sa rencontre avec l'Afrique est un véritable coup de foudre pour l'auteur ; dans son roman La ferme africaine, elle écrira : "Ma rencontre avec les noirs fut pour moi ce que la découverte de l'Amérique fut à Christophe Colomb."

Alors qu'ils sont séparés depuis 1921, Karen divorce en 1925 de son mari volage qui lui  a transmis la syphilis ; elle suivra un traitement lourd au mercure jusqu'à la fin de sa vie. Elle reprend alors la plantation de café avec son frère Thomas. Son amant, le pilote anglais Denys Finch Hatton, décède dans un accident d'avion.
En 1931, après plusieurs saisons difficiles, elle vend la ferme, et rentre au Danemark où sa santé décline.
Elle consacre les dernières années de sa vie à l'écriture. Sept contes gothiques paraît pour la première fois en 1934 sous le pseudonyme d'Isak Dinesen (il sera édité l'année d'après au Danemark sous son vrai nom). En 1937, est publié La ferme africaine, roman qui connaîtra un succès mondial (publié en France seulement cinq années plus tard, en 1942) et sera porté à l'écran par Sydney Pollack sous le titre Out of Africa.  Ses derniers ouvrages paraissent entre 1942 et 1960.
Karen Blixen meurt à Rungstedlund le 7 septembre 1962.

Karen Blixen est une figure de proue de la littérature danoise. Elle a publié ses écrits sous trois pseudonymes différents (Osceola, Isak Dinesen et Pierre Andrézel) avant de le faire sous le nom de Karen Blixen. Elle écrit en danois comme en anglais, et se traduit elle-même, permettant à chacune de ses œuvres de sortir quasiment simultanément dans les deux langues.

Tombe de Karen Blixen dans son domaine, au Danemark


Bibliographie (non exhaustive)

- Sept contes gothiques (1934)
- La ferme africaine (1937)
- Contes d'hiver (1942)
- Les derniers contes (1957)
- Ombres sur la prairie (1960)

Si vous souhaitez en savoir davantage sur cette femme incroyable... vous trouverez ici une interview de l'auteur réalisée en 1956 par The Paris review, et des informations concernant les musées Karen Blixen au Danemark et auKenya.

Sources

- Biographie de Karen Blixen ( Folio, éditions Gallimard - 2007), présent dans le coffret La ferme africaine
- Site de la revue littéraire Europe
- Wikipédia