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vendredi 25 mai 2018

Titan Noir (Florence Aubry)

005394974.jpgCoupDeCoeur2016.pngDe Florence Aubry, je n'avais lu jusqu'alors que Le royaume des cercueils suspendus, l'un de mes coups de cœur de 2014.
Ici, on la retrouve dans un tout autre genre, puisqu'il s'agit d'une fiction basée sur une histoire vraie. En fin d'ouvrage, l'auteur explique qu'après avoir regardé un reportage sur une orque en captivité, elle a été bouleversée a eu envie d'écrire sur la souffrance des animaux en captivité, en particulier des animaux marins qui sont utilisés comme vedettes dans des parcs d'attraction. 

Titan est une orque qui a été pêchée et placée dans un parc aquatique très jeune, c'est un mâle aux dimensions imposantes qui a la particularité d'être intégralement noir.
Elfie, à peine le bac en poche, va trouver un emploi de caissière dans un parc aquatique proche de chez elle. Ce qui au départ, ne devait être qu'un job d'été, va se transformer en emploi stable. Rapidement, Elfie va passer du simple statut de caissière aux entrées à celui de dresseuse d'orque. Elle est bonne nageuse et sportive, cela suffit au directeur du parc pour lui proposer cette promotion. 
Tandis que nous découvrons à travers les yeux d'Elfie l'apprentissage de son métier si particulier, une autre voix s'intercale dans la narration, celle d'une personne qui nous présente l'envers du décor. Matériellement parlant, les pages du livre changent de couleur en même temps que le récit change de narrateur. Blanc pour Elfie, noir pour le narrateur anonyme.

Lorsqu'elle commence à travailler au sein du parc, Elfie est toute jeune et totalement inexpérimentée. Elle a des doutes et des craintes, mais elle ose, elle s'adapte. Il y a bien des choses qui la chagrinent un peu, mais dans le fond elle aime son job et le trouve formidable. Puis, petit-à-petit, elle évolue et commence à se poser des questions. En parallèle, le narrateur anonyme révèle, à nous autres lecteurs, la triste réalité qui se cache derrière ces spectacles féeriques. Et au fil des pages, la tension monte, on se sent oppressé. Le grand tour de force de Florence Aubry, c'est qu'elle ne prend pas vraiment parti, même si son intention première est évidemment de dénoncer les pratiques cruelles sur les orques. Ses deux personnages sont terriblement humains et leurs réflexions font évoluer le lecteur avec eux. Elle ne nous matraque pas avec des images insoutenables dès le départ, elle ne dévoile pas non plus d'emblée le traitement infligé aux orques en captivité, non, tout cela, on le découvre en même temps qu'Elfie découvre son métier. C'est presque pédagogique et l'écriture sert le propos admirablement. Le style est assez sec, incisif, mais très beau. On lit ce roman en apnée, en passant par tout un panel d'émotions, et je peux vous dire que ce texte va me hanter pendant longtemps.
Un roman magnifique, difficile, mais nécessaire.

Rouergue (doado), 187 pages, 2018

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A celles et ceux qui souhaitent en tenter la lecture, je conseille également vivement le fameux reportage qui a inspiré ce livre à l'auteur. 
Il s'agit de Blackfish, réalisé par Gabriela Cowperthwaite. 
Ce film documentaire porte sur la vie de Tilikum, une orque qui fut capturée très jeune, passa de parc en parc et devint une tueuse, conséquence probable de la maltraitance qu'elle subit pendant des années. Ce reportage dénonce les traitements infligés aux orques dans les parcs d'attraction, mais également les conditions de travail des employés. Ce n'est pas un sujet facile, mais ça ouvre les yeux.

mardi 28 octobre 2014

Le royaume des cercueils suspendus (Florence Aubry)

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CoupDeCoeur2014.pngAttention, pépite !!!
Bon, je sens bien que la superbe couverture et ce préambule ne suffiront pas à vous convaincre de vous ruer dans la première librairie pour vous procurer ce roman donc je vais tenter de développer un peu. Parce que ce livre, c'est une vraie rencontre. Non pas tant pour l'histoire qui est somme toute assez classique et prévisible, mais pour cette incroyable écriture qui m'a éblouie. Quand je dis écriture, je veux parler de l'atmosphère étrange qui s'en dégage. Il ne s'agit pas en effet d'une écriture érudite ou travaillée à outrance (en tout cas dans le ressenti), elle est dans le fond assez simple et limpide, mais chaque mot y est juste, à sa place. J'ai eu cette impression de pureté, de précision, et j'ai été envahie en l'espace de quelques lignes par cet univers étonnant. Et j'ai adoré.
C'est un roman multiple, à la croisée des chemins entre fantastique, roman initiatique et légende. 
J'y ai tout aimé, y compris le titre et la couverture. Une très, très belle rencontre avec ce deuxième titre de la toute nouvelle collection épik au Rouergue (le premier titre c'était Le sceau de la reine).
(Et non, je ne dirai pas un mot sur l'histoire, je vous laisse l'entière découverte.)

Il avait trébuché. Leï, devant lui, avait arrêté net sa course et s'était retournée. Xiong, maculé de terre, avait un genou douloureux. Leï lui avait tendu la main pour l'aider à se remettre debout et c'est là que c'était arrivé. Xiong avait vu pour la première fois les cheveux, d'une brillance sidérante, un miroir sombre dans lequel les arbres au-dessus auraient presque pu se refléter. Il avait vu la sueur provoquée par la course, comme une brume légère sur la lèvre supérieure de Leï. Le cou gracile agité et la peau soulevée par endroits par la course du sang, au-dessous. Et le cerveau de Xiong soudain incontrôlable avait commencé à composer une liste folle, un inventaire fébrile, ardent et qui, le jeune homme le sentait, serait interminable. La liste des choses qu'il aimait d'elle. Xiong s'était relevé amoureux.

Rouergue (épik), 152 pages, 2014