Comme les lecteurs assidus de ce salon le savent, j'ai eu un gros coup de coeur l'an dernier pour la série de jeunesse Azilis (T1 ~ L'épée de la liberté, T2 ~ La nuit de l'enchanteurT3 ~ Le sortilège du vent) écrite par Valérie Guinot

Après avoir achevé la lecture de cette trilogie merveilleuse, j'ai eu envie d'en savoir plus et j'ai mis ma timidité de côté pour interroger son auteur. J'ai été plus que récompensée car non seulement Valérie Guinot a accepté de répondre à mes questions, mais elle n'a pas été avare de son temps et a pris la peine de se livrer un peu.
Si vous avez envie d'entrer dans les coulisses d'Azilis, lisez ce qui suit, c'est passionnant !

Un immense merci à Valérie pour ses réponses.

(Remarque à l'attention des lecteurs : Valérie Guinot m'ayant répondu de manière globale sous la forme d'un texte, j'ai intercalé les questions que je lui avais posées dans le corps du texte, ce qui explique que, parfois, la réponse n'intervient pas immédiatement après la question)


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A propos d'Azilis

J'ai lu que vous étiez une passionnée de la légende arthurienne, mais comment est née, au juste, l'histoire d'Azilis ?
Je suis une passionnée de la légende arthurienne, c’est vrai. Mais lorsque j’ai commencé Azilis, je ne pensais pas m’inscrire dans la tradition arthurienne parce que l’histoire que j’avais en tête à ce moment-là n’était pas celle qu’elle est devenue peu à peu. 
Je voulais écrire un roman qui se passerait pendant ce que les Anglais appellent les « Dark Ages », une période que je trouve fascinante et qui correspond en gros à la chute de l’Empire romain et à nos temps mérovingiens. C’est aussi l’époque du roi Arthur mais je ne crois pas qu’il devait apparaître dans mon idée de départ. 
Le début d’Azilis correspond au scénario que j’avais en tête : une jeune et riche gallo-romaine s’enfuyait de chez elle pour suivre son cousin barde en Bretagne. Un fidèle esclave l’accompagnait. Le barde était possesseur d’une épée acquise en Orient, d’un alliage supérieur à celui des épées occidentales. Il connaissait le secret de cet alliage et voulait le communiquer aux Bretons qui subissaient les assauts des Pictes et des Saxons. S’agissait-il d’une épée magique ? Non, juste d’une arme plus efficace !
La jeune Gallo-Romaine suivait donc son cousin. Des hommes lancés à leur poursuite par le frère de la jeune fille les rattrapaient et un combat avait lieu pendant lequel l’esclave était tué. Azilis et Aneurin gagnaient la côte, traversaient la Manche mais une tempête déroutait leur navire et ils s’échouaient sur la côte saxonne. Des guerriers saxons tuaient Aneurin, s’emparaient de l’épée et faisaient d’Azilis leur prisonnière. Ils décidaient de la vendre comme esclave…. La suite, je ne la raconterai pas parce qu’elle pourrait devenir un roman sans rapport avec Azilis ! 
Comme vous le voyez, même si certains points sont identiques ou en ont inspiré d’autres, l’idée de départ s’est beaucoup transformée à partir du combat qui opposait Aneurin et Kian à Lucius Arvatenus. Donc, si Azilis est devenu le roman qu’il est aujourd’hui, c’est grâce à Kian.

Dans Le sortilège du vent, on a peur à plusieurs reprises pour Kian ; avez-vous envisagé de sacrifier ce personnage ou saviez-vous dès le départ qu'il resterait en vie ? 
Au début, Kian n’était qu’un personnage secondaire que j’avais appelé Camulus et qui devait disparaître très vite. Est-ce d’avoir débuté le roman sur son point de vue ou est-ce parce qu’il a tout de suite montré une personnalité affirmée et attachante qu’il a tout fait basculer ? Je l’ignore. Ce que je sais, c’est que lorsqu’est venu le moment de le tuer, cela m’était devenu impossible. D’ailleurs, il avait déjà un nom plus digne de lui (et je suis incapable de vous dire où je l’ai trouvé, je me demande si je ne l’ai pas inventé) et il était si profondément amoureux d’Azilis que mon scénario de départ n’avait plus aucun intérêt à mes yeux. 
Et je dirais, très sincèrement, que le roman tout entier a éclos peu à peu dans mon esprit,  comme l’a fait  Kian. Aneurin n’était pas si « fou » dans mon scénario de départ. C’est en songeant à son histoire douloureuse, au traumatisme qu’il a subi, à la honte qui le ronge, qu’il est devenu ce personnage hanté et fébrile, instable et séduisant. Je n’avais pas envie de le tuer non plus et sa mort m’a rendu malheureuse, mais elle était inévitable. Elle faisait partie de son personnage, autant que celle de Myrddin.
D’ailleurs, en évoquant Myrddin, il est évident qu’au départ le barde d’Arturus n’était pas plus inclus dans le scénario qu’Arturus lui-même. Il s’est imposé lorsqu’il m’est apparu, après un certain nombre de pages, je l’avoue, que cette Azilis dont personne n’avait jamais entendu parler et qui allait remettre Excalibur (Caledvwlch en Gallois, l’éditrice et moi avons simplifié l’orthographe) à Arthur, ne pouvait être que la Dame du Lac, ou bien Viviane pour mélanger un peu les traditions françaises et anglaises.
Me croirez-vous si je vous dis que le surnom de Niniane est dû au hasard ? Car lorsque j’ai prénommé Ninian ainsi, je ne pensais pas encore à Niniane/Viviane. J’avais simplement recherché un nom de moine breton du Ve siècle et j’avais choisi Ninian parce que je le trouvai beau. 
Hasard ou choix inconscient… Car quand je me suis rendue compte de ce qu’offrait ce prénom (Viviane est bel et bien appelée Nimue, ou Niniane ou Ninienne, dans la tradition anglaise), la suite s’est dessinée d’elle-même. 

De manière générale, aviez-vous en tête la fin de l'histoire avant de commencer à écrire, ou bien l'intrigue a-t-elle évolué au fur et à mesure de l'écriture ?
D’une certaine façon, on peut dire qu’elle s’est construite dans mon imagination au fur et à mesure où je l’écrivais à partir d’un scénario de départ dont je me suis rapidement éloignée sous l’influence de certains personnages.
C’est vrai qu’il y a des personnages qui prennent une vie propre et s’imposent presque de force. C’est en particulier le cas pour Kian. J’ai songé à le tuer dans le tome III. Ou à lui donner pour épouse la fille du chef de clan (dans ce cas, celle-ci n’aurait pas été Gwenhwyvar). C’était l’option « unhappy end » dans laquelle Azilis perdait tout. Mais cela me semblait vraiment trop cruel et j’ai vite décidé de garder Kian en vie malgré son obstination à tenter la mort. 

Le personnage de Kian est moins présent dans le dernier tome et son absence a frustré les lectrices ; qu'avez-vous à leur dire ?!
J’aurais voulu que Kian soit beaucoup plus présent qu’il ne l’est dans le dernier volume! J’avais envie de raconter son voyage vers la Cornouaille, de montrer l’évolution de son affection pour Oswyn, son amitié avec Gwynnan. Mais je n’en avais ni le temps ni « l’espace » car il ne fallait pas que ce troisième tome soit trop long. Même chose pour Ninian. J’avais envie de décrire sa vie au palais de Childéric, de montrer les mœurs franques… Trop long. J’en profite au passage pour préciser que, dans mon esprit, les tomes II et III ne faisaient qu’un. Seulement j’ai dû m’interrompre au moment du départ d’Azilis pour la Gaule sinon le tome II ne serait jamais sorti à temps! De plus, quand j’ai terminé le premier Azilis (que j’avais intitulé Le Crépuscule du Monde), je ne pensais pas à une suite. Pour moi, le reste appartenait à la légende et je n’avais pas à l’écrire… 
Cependant si, comme pas mal de lectrices, j’ai succombé au charme de Kian, cela ne m’a pas empêché, tout comme Azilis, de tomber aussi amoureuse d’Aneurin et de Myrddin. Précisément parce qu’ils sont à l’opposé de Kian: mystérieux, ambigus, dangereux… et donc terriblement séduisants.

Azilis - ou Niniane - doute en permanence de ses sentiments à l'égard de Myrddin, et ce d'autant plus après qu'elle a découvert que ce dernier l'a ensorcelée... Finalement, est-ce vraiment de l'amour qu'elle éprouve pour lui, ou simplement l'influence du sortilège ?
Quant aux sentiments d’Azilis/Niniane pour Myrddin, elle le dit elle-même clairement : Azilis aime Kian, Niniane aime Myrddin. Si Kian était mort ou n’avait pas existé, Azilis aurait entièrement disparu en Niniane et le problème ne serait pas posé. Mais cela n’aurait plus rien eu à voir avec Merlin et Viviane. Or, si je ne savais pas très bien comment finirait le roman, une chose était certaine: Myrddin devait disparaître et par la faute de Niniane, comme dans la légende!

Ressentez-vous une affection particulière pour l'un (ou plusieurs) de vos personnages ? Lequel préférez-vous ?
Même si j’aime particulièrement Kian et Myrddin, je n’ai pas de personnage préféré. Je prends plaisir à les imaginer, à les écouter parler et penser, à les voir agir, se tromper, se mentir… Je les imagine mais c’est en grande partie mon inconscient qui les anime. Je ne les construis pas comme on construit une dissertation. Ils prennent vie, c’est vraiment l’expression qui convient pour décrire ce qui se passe quand ils agissent dans le récit. Et je me glisse dans ces personnages lorsque j’écris, que ce soit Aneurin ou Caius, Sextus Cogles ou Memmia, Azilis ou sa cuisinière…. Ils ont chacun leurs manières, leur langage, leur gestuelle, leur voix, leur physique (qui ne correspond pas aux physiques imaginés par Stéphanie Hans même si je les trouve très beaux).

Je connaissais le prénom Aziliz avec un z à la fin, d'où vient l'écriture avec un s que vous avez choisie pour l'héroïne de votre roman ? Et le prénom Kian, d'où vient-il ?
Donc, pas de préféré mais une tendresse particulière pour Azilis (je connaissais avec un s et pas avec un z!), Kian, Aneurin, Myrddin, Enid, Caius (qui me fait rire) et… Sextus Cogles. Je sais, ce n’est qu’un personnage secondaire, mais lui aussi a su s’étoffer à partir de pas grand-chose et je l’aime beaucoup. Comme Kian, Enid s’est glissée de force au premier rang. A la fin du premier tome, elle n’était qu’une figurante. Dans le tome II, elle a gagné en importance et s’est mise à exister en dehors d’Azilis. Quant à Caius, je ne l’avais pas vraiment imaginé dans le tome I. Il était loin, absent, l’ami d’Aneurin plus que le frère d’Azilis. Son tempérament emporté est celui attribué à Keu, le sénéchal du roi Arthur. Caius = Kaï = Keu… Encore un hasard, ou un cadeau du destin!

Vos personnages sont-ils nés directement de votre imagination ou bien ont-ils été inspirés par des personnes réelles ?
A l’exception de Rhiannon (dont le physique m’a été inspiré par celui d’une amie!) les autres personnages ont pris naissance dans mon imagination, sans doute sous l’influence de personnages de films, de BD ou de romans… Seulement, chacun d’entre eux est un beau patchwork, y compris physiquement. Par exemple, pour Myrddin, j’ai sûrement pensé à David Bowie (jeune). Mais ça ne veut pas dire que Myrddin ressemble trait pour trait à Bowie. Il a essentiellement hérité de ses yeux ! Mais j’ai aussi été influencée par un personnage d’un roman de Rosemary Sutcliff, The Mark Of the Horse Lord (le livre d’elle que je préfère), qui a lui aussi les yeux vairons. J’imagine Myrddin comme une sorte de chamane-guerrier, donc rien à voir avec les paillettes de Ziggy Stardust. 
Kian ressemble à un mélange de Thorgal et de Mads Mikkelsen, mais je ne sais pas de qui il tient son caractère laconique. Pour Aneurin, j’ai pensé à Johnny Depp dans des films comme Dead Man ou La légende de Sleepy Hollow. Dans ses moments d’exaltation, il a l’attitude fiévreuse des acteurs de Chéreau dans La Reine Margot, dont on ne sait jamais s’ils vont vous embrasser ou vous égorger. Caius, lui, ne ressemble à personne en particulier sur le plan physique mais le Robert d’Artois campé par Jean Piat dans Les Rois Maudits m’a inspiré son côté carnassier. Ni Azilis ni Enid n’ont de modèles. Comme vous le constatez sans mal, j’ai cité plus de films que de romans comme source d’inspiration pour mes personnages. J’ai lu The Mists of Avalon de Marion Zimmer Bradley il y a longtemps et j’avais beaucoup aimé mais je ne crois pas m’en être inspirée, ou alors très inconsciemment. Je me suis bien gardée de le relire pendant que j’écrivais Azilis ! Il y a Rosemary Sutcliff, évidemment, et ses deux romans « arthuriens », The Lantern Bearers et Sword at Sunset mais ils m’ont plus inspirée pour le contexte géographique et les traditions celtes que pour les personnages. J’adore son roi Arthur mais Myrddin n’existe pas dans ses romans. En fait, des personnages comme Kian ou Aneurin sont des figures plus romantiques qu’héroïques. 

L'histoire d'Azilis a été lue et appréciée (c'est un euphémisme !) par des lectrices trentenaires. Est-ce que cela vous surprend ?
Le fait que le roman soit apprécié par des trentenaires, voire plus, ne me surprend pas totalement. Je n’ai pas écrit le premier tome en songeant à un âge particulier, ni à une collection, ni même en étant sûre d’être publiée. J’avais juste envie de me faire plaisir. Donc, ayant moi-même quelque peu dépassé les quinze ans (et même les trente!), cela me rassure que le livre puisse plaire à d’autres que moi !


La lectrice que vous êtes

Qu'aimez-vous lire ? Avez-vous un genre de prédilection ?
Je lis beaucoup de romans anglais et américains, par goût autant que par formation. Je leur trouve souvent plus de « souffle » qu’aux romans français. Je n’ai pas un genre favori même si j’apprécie toujours un bon roman historique parce que j’aime l’Histoire. Ces deniers temps, j’ai beaucoup lu de livres sur la période mérovingienne et gallo-romaine (on se demande pourquoi…) et pour me détendre je lisais des « grands détectives » en 10/18. J’adore les Frank Tallis, des romans policiers qui se passent à Vienne fin XIXe- début XXe et qui ont pour héros un policier et un psychiatre. En fait, j’avais bien peu de temps pour lire entre mon travail, les recherches pour Azilis, l’écriture et ma famille (j’ai quand même lu pas mal de T’choupi, de La Famille Souris et de La Famille Cochon, mais bon…)

Des livres qui ont marqué votre vie de lectrice ?
Les livres qui m’ont marquée, dans le désordre et tels qu’ils surgissent dans ma mémoire : Sophie’s Choice de Styron, Dalva de Jim Harrison, tous les romans de Robertson Davies et plusieurs de Paul Auster, les poèmes de Kenneth White, de Dylan Thomas, de Gary Snyder, Wolf Solent de John Cowper Powis, The Lord of the Rings, plusieurs pièces de Shakespeare : Macbeth, Twelfth Night, The Merchant of Venice, Richard III, Romeo and Juliet… Le loup des Steppes d’Herman Hesse et, pour les français L’homme foudroyé, La main coupée  et Bourlinguer de Blaise Cendrars, Sido et Les Vrilles de la Vigne de Colette, Le Hussard sur le toit et Colline de Giono, L’Homme qui Rit de Victor Hugo… et sans doute des dizaines d’autres livres que j’ai oubliés pour le moment.
Par exemple, j’ai dévoré tous les Harry Potter que j’ai découvert au moment où le premier commençait à avoir du succès en Angleterre. Un autre livre que j’ai adoré : The Vampire Lestat d’Ann Rice. Rien à voir avec Twilight. Et Les Trois Mousquetaires, les pièces d’Oscar Wilde et Le Portrait de Dorian Gray, Les Piliers de la Terre, la plupart des romans d’Elizabeth George, I Capture the Castle de Doddie Smith, On the Road de Kerouac, Wuthering Heights et Gone with the Wind. D’ailleurs, maintenant que j’y pense, s’il y a un personnage dont Azilis ait hérité quelques traits de caractère, ce serait bien cette petite peste de Scarlet O’Hara. J’espère qu’Azilis est quand même plus sympathique mais c’est vrai qu’elles ont pas mal de points communs ces deux-là!

Votre dernier coup de coeur ?
Mon dernier coup de cœur… Je ne sais pas. Peut-être un Tallis. Je viens d’achever le premier tome de l’Assassin Royal de Robin Hobb chaudement recommandé par mon mari. J’ai trouvé le début un peu long mais je commence à bien m’imprégner de l’ambiance et des personnages, donc j’entame le tome 2 aujourd’hui.


L'auteur que vous êtes


Puisez-vous votre inspiration auprès d'autres auteurs ? Si oui, lesquels ?

Je pense avoir répondu à la première question en répondant aux précédentes. Sans m’inspirer directement d’un auteur, j’ai vraisemblablement été inspirés par tous ceux que j’ai lus, y compris ceux qui ne semblent n’avoir aucun rapport avec Azilis. L’influence la plus directe est celle de Rosemary Sutcliff. Je me suis imprégnée de sa Grande-Bretagne de la fin du Ve siècle pour écrire Azilis et c’est pourquoi je lui rends hommage dans le premier tome. Certains de ses romans sont traduits en français aux éditions Gallimard jeunesse mais ce ne sont pas ceux que je préfère. Il existe une vieille traduction de Sword at Sunset aux éditions Fleuve noir (ça date des années 60) mais elle n’est pas fidèle à l’esprit à la fois rude et lyrique du roman et, en plus, il s’agit d’une version abrégée! Bref, à fuir.

A quel moment de la journée préférez-vous écrire ?
J’ai principalement écrit Azilis le soir parce que je travaillais dans la journée. Pendant mes vacances, j’écrivais dès que je le pouvais, matin, soir ou après-midi. Si j’étais libre d’écrire à ma guise, je suppose que je me lèverais tard (contrairement à Azilis, je ne suis pas du tout matinale), que je prendrais mon temps pour « petit-déjeuner » puis que je me mettrais à écrire jusqu’à tomber d’épuisement. Je songerais à avaler quelque chose lorsque la faim se ferait sentir mais pas à préparer le repas (Dieu merci, j’ai un mari qui fait la cuisine et y pense avant que tout le monde ne crie famine). En fait, j’ai du mal à m’arrêter quand je commence à écrire. Si je bute sur un passage, le mieux pour moi est de sortir pour m’aérer l’esprit et les idées se mettent en place soit juste après soit le lendemain. J’ai besoin de silence pour travailler, et de grands moments de solitude. Très difficile quand on a deux enfants… D’où, aussi, la nécessité d’écrire le soir et le peu de temps pour lire.

Comment écrivez-vous (papier, ordinateur...) et dans quelles conditions (silence, musique...), avez-vous des rituels pour entrer dans l'écriture ?
Je n’ai pas vraiment de rituels pour entrer dans l’écriture mais j’ai besoin d’une grande tasse de thé ou de café bien chaude, que je renouvelle régulièrement et je commence toujours par relire et reprendre ce que j’ai fait précédemment avant de commencer quelque chose de nouveau. J’écris directement sur l’ordinateur mais je rédige les scénarios sur feuille, au crayon à papier.

Avez-vous choisi d'écrire pour la jeunesse ou était-ce un hasard ?
C’est par hasard que je suis venue à l’écriture de romans pour la jeunesse, lorsque mon mari et moi avons décidé de romancer un scénario de jeu de rôles que nous avions inventé pour des amis. D’autres livres ont suivi, paru sous le pseudo de Valpierre, puis j’ai commencé Azilis et Pierre était supposé me rejoindre. Il a beaucoup contribué au premier, non dans le scénario mais dans le style, moins aux suivants. Je voulais lui laisser écrire Ninian dans le III (pour que le livre s’écrive plus vite) mais je n’ai pas pu m’y résoudre. Je crois que ce roman était tellement devenu le mien, et que j’avais en tête tant de détails, que je ne pouvais plus lui confier autre chose que la relecture! 

Quels sont vos projets, avez-vous un nouveau roman en cours d'écriture ? Envisagez-vous d'écrire une suite à Azilis (secrètement et de façon masochiste j'espère que non car elle est parfaite ainsi, mais je ne puis m'empêcher de vous poser la question) !
Cette année, j’ai décidé de ne pas écrire, de me consacrer à ma famille, à mes élèves et à moi-même en m’accordant du temps libre et des lectures de tout ordre (pas uniquement arthuriennes ou mérovingiennes). Cependant, ces sages résolutions subissent depuis quelques temps les assauts répétés de mon imagination qui me souffle que si, en effet, l’histoire d’Azilis est terminée en tant que telle, il serait intéressant de se pencher sur les aventures d’Oswyn trois ou quatre ans après la fin d’Azilis. Et c’est ainsi que je me surprends à rêver à ce qui se passerait si… Et que ferait Kian si… Mais comment réagirait Oswyn si… Bref, les germes d’un nouveau roman semblent vouloir éclore pour peu que je les encourage. 
Le ferai-je ? Ce n’est pas certain. Du moins, pas immédiatement. Ou alors, juste pour un synopsis (ce n’est pas long, un synopsis, juste quelques notes, des idées, pour ne pas risquer de les oublier…). 
Mais je veux prendre mon temps, comme je l’ai pris pour écrire le premier Azilis. 

Parfois un livre est tellement fort qu'il transporte son lecteur bien loin et alors ce qui était fiction devient réalité... avez-vous conscience du pouvoir de votre plume sur les lecteurs ?
Je pense qu’un roman a besoin d’être rêvé pour qu’il puisse devenir apte à captiver le lecteur. Je comprends ce que vous voulez dire par la « fiction [qui] devient réalité » parce que c’est aussi ce qui se passe pour moi quand j’écris. Je suis heureuse qu’Azilis vous ait emportée ainsi car cela signifie que j’ai réussi à transmettre ce monde imaginaire et à le faire vivre ailleurs que dans mon esprit. 
J’espère qu’il en a été de même pour beaucoup d’autres lectrices même si  je n’en suis pas certaine.