BIBLIOTHEQUE › Biographies, Journaux intimes

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Des pas dans la neige (Erik L'Homme)

dimanche 17 avril 2016

716LuesV3yL.jpgAprès Dans les forêts de Sibérie, j'ai eu envie de lire un autre récit du même genre et je me suis rappelée qu'Erik L'Homme avait écrit Des pas dans la neige. Comme j'aime énormément la plume et la sensibilité de cet auteur, il était évident que j'allais apprécier ce livre. Hélas, j'ai pu vérifier, une fois encore, que lorsqu'on aborde une lecture avec un a priori ultra positif et que l'on se trompe, la déception est d'autant plus forte...

Dans les années 90, Erik L'Homme, son frère et un ami plaquent tout pour partir au Pakistan à la recherche de "l'homme sauvage". Des pas dans la neige est le récit (des années après) de cette aventure.
Je crois que si je n'ai pas apprécié plus que cela cette lecture, c'est parce que je n'y ai pas trouvé ce que je cherchais, à savoir un récit de voyage. C'est un livre très court dans lequel l'auteur nous parle à la fois du voyage en lui même, des rencontres faites sur place, mais aussi de l'état d'avancement de cette fameuse enquête. On trouve ainsi tout au long de la lecture la transcription de divers témoignages de personnes qui ont croisé ce fameux homme-sauvage. 
Alors voilà, personnellement je ne crois pas trop à l'existence de ce fameux homme "yéti", mais là n'est pas la question... Disons que tout ce qui a trait à cela dans le livre ne m'a pas intéressée, ce qui est plutôt gênant sachant que c'en est le thème central. 
Les passages consacrés au quotidien des trois hommes durant ce voyage et à la description des us et coutumes des autochtones m'ont en revanche intéressée, mais malheureusement ce sont des aspects pas assez développés vu l'épaisseur du volume.
D'autre part, la construction du récit m'a gênée. Pas ou presque d'indications de temps ni de chronologie, l'ensemble m'a paru assez décousu, sans réel fil conducteur. 
J'ai eu le sentiment que ce texte répondait au besoin intime de l'auteur d'écrire ce qu'il avait vécu, mais qu'il laissait le lecteur en dehors du chemin. 
Un rendez-vous raté, hélas. Je continuerai de lire les œuvres de fiction de l'auteur, car dans ce registre, j'aime profondément ce qu'il écrit.

Gallimard Jeunesse (Scripto), 208 pages, 2010

Dans les forêts de Sibérie (Sylvain Tesson)

mercredi 9 mars 2016

91Cq4cF6iHL.jpgJe n'avais encore jamais lu Sylvain Tesson. A la fois curieuse et réticente, je me suis décidée à découvrir sa plume avec ce titre, lecture idéale en hiver.
Ce livre, c'est en fait le journal de l'auteur lors d'un séjour en Sibérie. De février à juillet 2010, il a en effet passé six mois dans une cabane juchée sur les rives du lac Baïkal. L'habitation sommaire est isolée et Sylvain Tesson recherche dans ce séjour l'occasion de faire une parenthèse hors du monde urbain pour réapprendre à vivre, à apprivoiser le temps.
Les journées s’égrènent entre balades, pêche, coupe du bois pour le chauffage, lecture... Parfois s'ajoute au programme la visite d'un invité surprise, de passage dans les parages, mais globalement l'auteur passera ces six mois en solitaire.
J'ai mis du temps à lire ce journal que je réservais principalement pour le moment du coucher, appréciant de reprendre le fil de ma lecture alors que ma journée s'achevait, un peu comme un rituel.
J'ai beaucoup apprécié la plume de Sylvain Tesson, à la fois imagée, un brin cynique et érudite. Ce n'est pas un journal au sens classique du terme, dans lequel il relate l'intégralité de ses journées. Il s'agit davantage d'un savant mélange entre réflexion, contemplation et récit des faits. Parfois on assiste au déroulement des événements du jour, d'autres fois l'auteur expose une pensée qui lui vient, souvent alimentée par ses lectures.
Un très beau texte dépaysant à plus d'un titre. A découvrir.

6 mars
Le spectacle de V.E. debout, affairé à défoncer au marteau un poisson congelé sur la table d'une cuisine jamais nettoyée depuis la fin de l'Union soviétique, est réjouissant.

4 avril
Aujourd’hui, beaucoup lu, patiné trois heures dans une lumière viennoise en écoutant la Pastorale, pêché un omble et récolté un demi-litre d'appât, regardé le lac par la fenêtre à travers la fumée d'un thé noir, dormi un peu dans les rayons du soleil de 16 heures, débité un tronc de trois mètres et fendu deux jours de bois, préparé et mangé une bonne kacha et pensé que le paradis n'était pas ailleurs que dans l'enchaînement de tout cela.

5 avril
Ces gens qui vous interdisent de mettre les pieds sur la table. Ils ne savent pas la fierté de l'ébéniste.

13 avril
La tentation érémitique procède d'un cycle immuable. Il faut d'abord avoir souffert d'indigestion dans le cœur des villes modernes pour aspirer à une cabane fumant dans la clairière. Une fois ankylosé dans la graisse du conformisme et enkysté dans le saindoux du confort, on est mûr pour l'appel de la forêt.

2 mai
Entre l'envie et le regret, il y a un point qui s'appelle le présent.

28 mai
Nommer les bêtes et les plantes d'après les guides naturalistes, c'est comme reconnaître les stars dans la rue grâce aux journaux people. Au lieu de "Oh ! Mais c'est Madonna !", on s'exclame "Ciel ! Une grue cendrée !".

Folio, 289 pages, 2011

Marie-Antoinette (Stefan Zweig)

samedi 13 février 2016

718CEvFNPLL.jpgCoupDeCoeur2016.pngVoilà bien longtemps que je n'avais pas lu de biographie, pourtant j'aime beaucoup ce genre. Marie-Antoinette reposait dans ma PAL depuis des lustres et l'envie de l'en sortir s'est faite. J'ai donc entamé cette lecture en compagnie de Mara puisque nous avions ce titre en commun. 
Le temps que j'ai passé avec ce livre n'est pas représentatif du plaisir que j'y ai trouvé, et heureusement ! Il m'aura fallu plusieurs mois pour le terminer, entre pauses et lectures parallèles. J'ai éprouvé le besoin de le lire de manière fractionnée, pourtant le style est fluide et ce texte se lit tout seul.
Contrairement à Mara, je connaissais peu de l'histoire de Marie-Antoinette, aussi ai-je découvert un destin passionnant.
On sent bien que Stefan Zweig n'était pas totalement objectif et avait pris un parti plus ou moins marqué dans cette biographie, mais qu'importe, lire ce texte a été un vrai bonheur. Encore une fois l'auteur m'a éblouie par sa capacité à présenter l'Histoire de manière à la fois simple et érudite, dans un style qui toujours me ravit. 
Pendant ces quelques semaines, j'ai pour ainsi dire vécu à Versailles aux côtés de la cour, vu cette jeune fille devenir reine, puis mère, son personnage évoluer, changer, puis dépérir. Cette incursion dans l'époque m'a fascinée, enthousiasmée. 
Un coup de cœur, assurément, et avec lui l'envie renouvelée de lire d'autres textes de l'auteur.

Le billet de Mara

Titre original : Marie-Antoinette
Traduit de l'allemand par Alzir Hella
Le livre de poche, 506 pages, 1932 pour la version originale et 2014 pour la présente édition

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En finir avec Eddy Bellegueule (Edouard Louis)

samedi 23 mai 2015

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Premier livre de l'auteur, En finir avec Eddy Bellegueule est un roman autobiographique qui raconte son enfance et adolescence dans un petit village de Picardie. Très tôt, ses manières efféminées vont lui valoir de nombreuses moqueries et Eddy va subir le rejet et l'humiliation de sa famille et des habitants du village. Dans ce microcosme où tout le monde se connaît et où tout se sait, Eddy va grandir dans une famille modeste entre misère et violence.

Il m'est difficile de donner mon avis et de dire mon ressenti concernant ce texte.
Si je me contente de juger le roman en tant que tel, je trouve son écriture belle et poignante. L'auteur nous livre un récit très fort qui ne peut pas laisser insensible et plonge le lecteur dans un panel d'émotions parfois difficiles à supporter. 
Par contre, si j'envisage le livre comme une auto-biographie (ce que revendique l'auteur), là je ressens un malaise. Après sa parution, En finir avec Eddy Bellegueule a fait l'objet de polémiques concernant de la véracité de son récit. L'auteur s'est exprimé à ce sujet, expliquant qu'il n'avait rien inventé, que c'était bel et bien ce qu'il avait vécu qu'il raconte dans son ouvrage. Des proches ont affirmé le contraire. Alors qui croire ? Ce genre de situation autour d'un livre me gêne et m'empêche d'en apprécier pleinement le contenu.

Alors oui, j'ai trouvé ce texte bouleversant et bien écrit, oui, cela semble plausible, mais où est la vérité ? Ce qui est certain, c'est que le témoignage d'Eddy est de ceux qui marquent et que ce qu'il raconte sent le vécu.

Le lecteur m'a un peu déroutée de prime abord, avec sa voix particulière, mais finalement j'ai trouvé qu'elle collait parfaitement au récit et au personnage d'Eddy.

Texte intégral lu par Philippe Calvario
Audiolib, mai 2014
Durée totale d'écoute : 4h42

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Manderley for ever (Tatiana de Rosnay)

jeudi 21 mai 2015

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Daphné Du Maurier est un de mes écrivains préférés, à tel point que je lui avais consacré une semaine spéciale sur mon blog il y a quelques années de cela. Je ne connaissais pas, en revanche, la plume de Tatiana de Rosnay, mais je lui ai trouvé beaucoup de charme et de classe. Pour ainsi dire, cette biographie passionnante fut presque un coup de coeur.

La vie de Daphné Du Maurier y est relatée de sa naissance à sa mort de façon quasi exhaustive avec moult citations et extraits de l'oeuvre de Daphné et quelques photographies. Ce fut une totale découverte en ce qui me concerne, car j'en connaissais fort peu sur Daphné Du Maurier elle-même, à part son ascendance française à laquelle elle consacra un roman, Les souffleurs de verre.
Finalement, quand on y songe, ce n'est pas tant l'existence de l'auteure, que sa personne, qui se révèle fascinante. Car elle n'a pas eu de vie extraordinaire (pas ordinaire pour autant, on est d'accord !), mais c'est la façon dont elle a mené cette dernière, ses envies, ses exigences et ses obsessions, qui ont fait d'elle l'écrivain renommé. 
J'ai même été surprise de découvrir un personnage pas très attachant, assez égocentrique et sauvage. En fin de compte - et le travail de Tatiana de Rosnay en cela est formidable - on réalise en lisant cette biographie combien Daphné a mis d'elle dans chacun de ses romans, et combien ses choix de vie ont influencé son oeuvre.

J'ai adoré lire cette biographie, apprendre toutes ces choses sur l'auteure que je vénère depuis mes quinze ans, comprendre enfin le pourquoi de ses histoires. On sent dans l'écriture de Tatiana de Rosnay et dans sa façon d'appréhender cette biographie toute l'admiration qu'elle porte à son sujet d'étude et cela n'en rend son livre que plus passionnant.

A lire de toute urgence !

Le joli billet de Yueyin

Albin Michel - Heloïse d'Ormesson, 457 pages, 2015

Oona et Salinger (Frédéric Beigbeder)

dimanche 29 mars 2015

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De prime abord, voilà un titre vers lequel je ne serais pas allée sans le Prix Audiolib. Bien que n'ayant jamais lu Beigbeder jusque-là, je n'appréciais guère le personnage et imaginais une écriture qui me déplairait. Je ne m'étais, hélas, pas trompée, mais pourtant ce livre ne m'a pas totalement déçue. 

Oona et Salinger se veut une biographie consacrée à l'histoire d'amour qu'il y eut entre celle qui deviendrait pas la suite l'épouse de Charlie Chaplin, et celui qui serait mondialement reconnu pour son célèbre roman, L'attrape-coeurs.
Si j'aime les biographies, ce que je déteste par dessus tout, c'est quand elles servent principalement de prétexte à l'auteur pour parler de lui. Or, malheureusement, c'est bien le cas ici, et Oona et Salinger aurait pu s'intituler Oona, Salinger et Beigbeder.
Ce qui m'a agacée en premier lieu, c'est cette omniprésence de l'auteur dans son texte, qui nous rappelle toujours qu'il est bien là, soit en faisant explicitement référence à son vécu, soit en incluant ça et là des commentaires personnels qui tombent parfois comme un cheveu dans la soupe. Je passe sur les remarques "anachroniques", procédé stylistique lourd et navrant dans la narration...
Deuxième chose qui m'a gênée dans ce texte, c'est sa vulgarité. Je ne suis pourtant pas prude, j'aime lire de tout, mais là j'ai trouvé l'écriture grossière dans tous les sens du terme et cela ne collait pas avec ce genre de texte.
Enfin, dernier point que j'ai trouvé extrêmement pénible, c'est ce besoin répété qu'a l'auteur de justifier tout le bien qu'il pense d'une union dans laquelle l'homme est nettement plus âgé que la femme. J'avoue que je n'ai pas spécialement d'avis tranché sur la question. Je pense avant tout que l'essentiel dans une relation, c'est l'amour, peu importe l'âge. Même si très franchement, des différences d'âge très importantes dans un couple me font m'interroger... Ce que j'ai trouvé désagréable dans le propos de l'auteur, c'est ce sentiment qu'il a besoin de justifier son propre choix personnel (et honnêtement on s'en fiche un peu de sa vie, mais bon...) en convainquant le lecteur que c'est génial pour une femme d'avoir une trentaine d'années de moins que son époux... Pourquoi est-ce que cela serait mieux ou moins bien dans le fond que d'avoir le même âge que son partenaire ? Bref, ces remarques récurrentes dans le récit en gâchent la teneur et m'ont par moments donné une impression de malaise, notamment dans le prologue qui m'a donné de Beigbder l'image d'un pervers qui aime les jeunettes...!

Voilà donc pour les critiques....

Malgré cela, j'ai, je dois l'avouer, apprécié la seconde partie du livre dans laquelle l'auteur parle essentiellement de la guerre lorsque Salinger part au front. J'ai trouvé intéressant de découvrir certains aspects de la guerre que je ne connaissais pas, ainsi que la description de l'horreur et du quotidien de ces soldats partis pour l'enfer. Pour le coup, j'ai trouvé que tout ce passage était bien écrit et prenant.

Un bilan très mitigé, donc. Je ne recommande pas ce livre, encore moins aux lecteurs qui veulent en savoir davantage sur les personnages de Oona et Salinger, ils risqueraient d'être fortement déçus. 

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Texte intégral lu par Edouard Baer
Audiolib, novembre 2014
Durée totale d'écoute : 5h59

Charlotte (David Foenkinos)

lundi 23 mars 2015

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Avec ce dernier titre en date, David Foenkinos change radicalement de genre. Charlotte est une biographie (et non pas un roman comme indiqué sur la couverture...) de l'artiste peintre allemande Charlotte Salomon, personnage qui fascine depuis longtemps l'auteur. C'est un ouvrage qui a mûri plusieurs années dans sa tête avant qu'il ne se décide enfin à l'écrire pour de bon. 
Ce qui frappe d'emblée bien sûr, c'est cette mise en page particulière, cette écriture faite de phrases courtes, ces retours perpétuels à la ligne qui donnent un rythme à la lecture. Un peu comme une respiration, le lecteur enchaîne les phrases, presque à bout de souffle. C'est très étrange comme sensation, c'est comme si l'auteur était à vos côtés entrain de vous dire cette histoire, de vous la chuchoter à l'oreille. Un style qui convient parfaitement au sujet du livre. 

Pendant des années, j'ai pris des notes.
J'ai parcouru son oeuvre sans cesse.
J'ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans.
J'ai tenté d'écrire ce livre tant de fois.
Mais comment ?
Devais-je être présent ?
Devais-je romancer son histoire ?
Quelle forme mon obsession devait-elle prendre ?
Je commençais, j'essayais, puis j'abandonnais.
Je n'arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
Je me sentais à l'arrêt à chaque point.
Impossible d'avancer.
C'était une sensation physique, une oppression.
J'éprouvais la nécessité d'aller à la ligne pour respirer.

Alors j'ai compris qu'il fallait l'écrire ainsi.

Finalement, l'auteur est très peu présent dans le livre ; il fait preuve de pudeur et de respect et sait s'éclipser quand nécessaire.
L'histoire de Charlotte Salomon est à la fois passionnante et troublante. Elle a un passé familial lourd, elle est juive allemande et va en payer un lourd tribut lors de la seconde guerre mondiale, et par dessus tout elle est habitée par son art qui ne la quittera jamais.

J'ai beaucoup aimé Charlotte, pour la passion exprimée par l'auteur, pour son écriture très belle et poétique d'une certaine manière, pour son histoire que je ne connaissais pas et que je suis heureuse d'avoir découverte.

Une belle lecture.

(A noter que Charlotte a obtenu deux prix en 2014, le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des lycéens.)  

Gallimard (Blanche), 220 pages, 2014

Journal (Hélène Berr)

lundi 6 janvier 2014

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Comme il est délicat de parler de ce genre d'ouvrage... En effet, comment critiquer (en bien ou en mal) pareil texte quand on sait qu'il s'agit d'un témoignage unique de notre Histoire et que pas une ligne n'est fictive.
Ce qui m'a le plus marquée, je crois, dans ce journal, c'est la vision de son auteur. La perception aiguë qu'elle avait de son époque, de ce qui se passait autour d'elle, est bouleversante. Alors que dans les premiers temps son quotidien n'était pas encore trop bouleversé, on sent déjà chez elle une clairvoyance remarquable. Hélène Berr devine qu'elle est entrain de vivre l'Histoire et s'interroge sur quantité de choses. L'origine du mal, les motivations des soldats allemands, le comportement des civils qui l'entourent, la question du port de l'étoile jaune (faut-il l'arborer avec courage ou ne pas la mettre ?)... La jeune femme fait preuve d'une maturité incroyable compte tenu de ce qu'elle doit affronter jour après jour. 
On ne peut rester insensible face à ces lignes qui sont aujourd'hui tout ce qui reste d'Hélène Berr, vibrant témoignage de l'horreur du passé. Beau et remuant à la fois.
Un petit regret concernant la lecture d'Elsa Zylberstein qui a une voix et une diction de grande qualité, mais en fait un peu trop à mon goût. La qualité du texte se suffisait à elle-même, il n'était pas nécessaire selon moi d'y ajouter une touche théâtrale.

A noter que la version audio que je présente de ce livre ne correspond pas au texte intégral, mais à des fragments. Il en existe une autre version, intégrale celle-là.

La fiche du livre sur AUDIOLIB

Morceaux choisis lus par Elsa Zylberstein
Audiolib, octobre 2008
Durée totale d'écoute : 2h30

Lettres d'Amériques (Stefan et Lotte Zweig)

vendredi 1 mars 2013

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Aussi vite reçu, aussi vite lu, j'ai dévoré cet ouvrage mais - procrastination oblige - j'ai tardé à venir en parler ici.

Ce recueil rassemble des lettres écrites par Stefan Zweig et sa femme Lotte Zweig au cours des toutes dernières années de leur vie (1940-1942). Une courte période durant laquelle ils étaient expatriés, en transit incessant entre l'Amérique du sud (Brésil et Argentine) et New-York où demeurait leur nièce. 

Il est tout-à-fait étonnant de découvrir Zweig à travers ces écrits intimes, on y perçoit un autre que l'auteur de génie qu'il fut. Dans l'ensemble de ces lettres, on discerne un homme obnubilé par des détails matériels, par son sentiment d'apatridie, son horreur de la guerre, sa peur de vieillir. A l'occasion quelques pointes d'humour ça et là, mais de manière générale, ce sont des courriers empreints de tristesse et d'inquiétude. Lotte, son épouse semble prise des mêmes sentiments.

La lecture de cette correspondance (à sens unique, puisque l'on ne dispose pas, hélas, des réponses) est assez déroutante pour le lecteur ; il faut imaginer Zweig et sa femme sans cesse en déplacement, lui, donnant des conférences en plusieurs langues, elle s'occupant principalement de l'organisation des voyages. S'ensuivent des périodes plus calmes où ils se retrouvent au Brésil dans une petite maison, il fait chaud, Zweig travaille sur la terrasse à ses ouvrages, notamment à sa biographie de Balzac qui fut publiée après sa mort. Il se lamente de ne pas avoir accès à sa propre bibliothèque, d'être éloigné des siens, ne s'autorise pas à profiter complètement de l'instant présent, loin de la guerre, dans un espace serein et paisible. Ce qui ressort principalement des lettres de Zweig, c'est ce perpétuel sentiment de honte, celle de vivre une situation relativement heureuse à l'abri du danger tandis que les siens tentent de poursuivre leur existence au coeur du conflit mondial, là-bas, en Europe.

Ce qui m'a étonnée, je crois, dans ces lettres, c'est la simplicité de l'écriture de Zweig. Je m'attendais à des réflexions sur la vie, à des moments de philosophie, or il n'en est rien et la majeure partie de ces missives est occupée par des réflexions d'ordre domestique. Pour autant, cet échange épistolaire ne se révèle pas ennuyeux, il se lit avec curiosité et avec l'envie de comprendre ce qui poussa cet homme à se suicider en compagnie de sa femme. Leurs dernières lettres d'adieu  clôturent ce recueil que l'on referme non sans émotion. 

Zweig était un grand Monsieur et un auteur extraordinaire, mais c'était avant tout un être humain en souffrance. Un témoignage bouleversant sur une époque terrible.

* * *

Le présent ouvrage est traduit de l'anglais, langue dans laquelle ont été écrites ces lettres pour éviter la censure en temps de guerre avec l'Allemagne.

Les lettres sont précédées d'une longue mais nécessaire introduction qui permet de retracer les étapes principales de la vie des Zweig et le contexte dans lequel ces lettres ont été écrites. 

Quasiment toutes les lettres de ce recueil ont été écrites au frère de Lotte, Manfred Altmann et à sa belle-soeur Hannah.

* * *

Je suis heureux que Lotte apprécie ce mode de vie autant que moi ; seule sa santé continue à me préoccuper. Elle m'a déjà lésé en ne m'apportant pas de dot, maintenant c'est en perdant du poids, à cause de ce satané asthme, qui est un peu moins virulent mais le reste assez pour que chaque nuit s'instaure un dialogue entre elle et le chien d'une maison éloignée.

Stefan Zweig, Rio, 30 octobre 1941

Chère Hannah, tu comprendras qu'on devienne de plus en plus sceptique envers la "civilisation", à en juger par ses résultats glorieux, et que cette vie paisible, plus primitive, plus naturelle, prenne un attrait nouveau ; le seul point faible, ce sont les livres, mais j'ai acheté un Shakespeare, un Goethe, un Homère, et entre ça et quelques autres que je peux emprunter à des gens, il est possible de vivre quelque temps, surtout si on en écrit soi-même. Ce qui me manque, ce sont les manuels de référence, lorsque j'ai besoin de détails, et dans les cas urgents, je dois attendre 4 à 6 semaines pour obtenir des informations de New York. 

Stefan Zweig, Petropolis, sans date - Octobre/Novembre 1941

Repéré chez Marilyne

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Titre original : Stefan and Lotte Zweig's south American letters
Traduit de l'anglais par Adrienne Boutang et Baptiste Touverey
Edition établie et préfacée par Darién J. Davis et Oliver Marshall
Bernard Grasset, 300 pages, 2012 pour l'édition française et 2010 pour l'édition originale


Je t'aime [maintenant] (Sandra Reinflet)

samedi 9 février 2013

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Repéré chez Keisha, ce livre m'a fait de l'oeil. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre mais ce que j'y ai trouvé m'a plu. 

Présentation de la quatrième de couverture :

Je t'aime maintenant retrace un cadran composé de vingt-quatre moments liés par un fil : celui d'une même histoire avec l'amour. C'est la sienne, la leur, mais cela pourrait tout aussi bien être la vôtre...
Un jeu de miroir subtil, qui dresse le portrait d'une génération. Une génération qui tarde à s'installer dans la vie adulte, refuse la contrainte, et pourtant, semble encore chercher l'éternelle rime de l'amour avec toujours.

Je t'aime maintenant, c'est l'amour du père, l'amour d'enfance, l'amour physique, l'amour-amitié, la passion, la séparation, la rencontre, l'attrait pour l'autre. Tout cela dans un même ouvrage. Pour chaque personne, une heure, des textes et des photos. Jeu de miroir car on peut lire deux visions d'une même histoire d'amour, celle de l'auteur et celle de l'être aimé. Sandra Reinflet livre une partie de sa vie intime  mais avec toute la délicatesse nécessaire pour que le lecteur ne se sente pas en position de voyeur. C'est émouvant, parfois amusant, toujours vrai. On navigue entre les pages entre émerveillement et curiosité, on admire les clichés, on se rappelle ses propres moments. 

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Je t'aime maintenant est un ovni, un livre qui ne se réduit pas à un genre unique mais flirte avec plusieurs. A découvrir ou à offrir.

* * *
Un extrait lu par l'auteur :

(Un petit bémol : les textes écrits par les amours de Sandra sont laissés dans leur langue originale, empêchant ainsi certains lecteurs de les comprendre. Il aurait été tellement facile de proposer une traduction juste au-dessous...)

Michalon, 206 pages, 2012

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