(Auto) Biographies

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Lettres d'Amériques (Stefan et Lotte Zweig)

vendredi 1 mars 2013

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Aussi vite reçu, aussi vite lu, j'ai dévoré cet ouvrage mais - procrastination oblige - j'ai tardé à venir en parler ici.

Ce recueil rassemble des lettres écrites par Stefan Zweig et sa femme Lotte Zweig au cours des toutes dernières années de leur vie (1940-1942). Une courte période durant laquelle ils étaient expatriés, en transit incessant entre l'Amérique du sud (Brésil et Argentine) et New-York où demeurait leur nièce. 

Il est tout-à-fait étonnant de découvrir Zweig à travers ces écrits intimes, on y perçoit un autre que l'auteur de génie qu'il fut. Dans l'ensemble de ces lettres, on discerne un homme obnubilé par des détails matériels, par son sentiment d'apatridie, son horreur de la guerre, sa peur de vieillir. A l'occasion quelques pointes d'humour ça et là, mais de manière générale, ce sont des courriers empreints de tristesse et d'inquiétude. Lotte, son épouse semble prise des mêmes sentiments.

La lecture de cette correspondance (à sens unique, puisque l'on ne dispose pas, hélas, des réponses) est assez déroutante pour le lecteur ; il faut imaginer Zweig et sa femme sans cesse en déplacement, lui, donnant des conférences en plusieurs langues, elle s'occupant principalement de l'organisation des voyages. S'ensuivent des périodes plus calmes où ils se retrouvent au Brésil dans une petite maison, il fait chaud, Zweig travaille sur la terrasse à ses ouvrages, notamment à sa biographie de Balzac qui fut publiée après sa mort. Il se lamente de ne pas avoir accès à sa propre bibliothèque, d'être éloigné des siens, ne s'autorise pas à profiter complètement de l'instant présent, loin de la guerre, dans un espace serein et paisible. Ce qui ressort principalement des lettres de Zweig, c'est ce perpétuel sentiment de honte, celle de vivre une situation relativement heureuse à l'abri du danger tandis que les siens tentent de poursuivre leur existence au coeur du conflit mondial, là-bas, en Europe.

Ce qui m'a étonnée, je crois, dans ces lettres, c'est la simplicité de l'écriture de Zweig. Je m'attendais à des réflexions sur la vie, à des moments de philosophie, or il n'en est rien et la majeure partie de ces missives est occupée par des réflexions d'ordre domestique. Pour autant, cet échange épistolaire ne se révèle pas ennuyeux, il se lit avec curiosité et avec l'envie de comprendre ce qui poussa cet homme à se suicider en compagnie de sa femme. Leurs dernières lettres d'adieu  clôturent ce recueil que l'on referme non sans émotion. 

Zweig était un grand Monsieur et un auteur extraordinaire, mais c'était avant tout un être humain en souffrance. Un témoignage bouleversant sur une époque terrible.

* * *

Le présent ouvrage est traduit de l'anglais, langue dans laquelle ont été écrites ces lettres pour éviter la censure en temps de guerre avec l'Allemagne.

Les lettres sont précédées d'une longue mais nécessaire introduction qui permet de retracer les étapes principales de la vie des Zweig et le contexte dans lequel ces lettres ont été écrites. 

Quasiment toutes les lettres de ce recueil ont été écrites au frère de Lotte, Manfred Altmann et à sa belle-soeur Hannah.

* * *

Je suis heureux que Lotte apprécie ce mode de vie autant que moi ; seule sa santé continue à me préoccuper. Elle m'a déjà lésé en ne m'apportant pas de dot, maintenant c'est en perdant du poids, à cause de ce satané asthme, qui est un peu moins virulent mais le reste assez pour que chaque nuit s'instaure un dialogue entre elle et le chien d'une maison éloignée.

Stefan Zweig, Rio, 30 octobre 1941

Chère Hannah, tu comprendras qu'on devienne de plus en plus sceptique envers la "civilisation", à en juger par ses résultats glorieux, et que cette vie paisible, plus primitive, plus naturelle, prenne un attrait nouveau ; le seul point faible, ce sont les livres, mais j'ai acheté un Shakespeare, un Goethe, un Homère, et entre ça et quelques autres que je peux emprunter à des gens, il est possible de vivre quelque temps, surtout si on en écrit soi-même. Ce qui me manque, ce sont les manuels de référence, lorsque j'ai besoin de détails, et dans les cas urgents, je dois attendre 4 à 6 semaines pour obtenir des informations de New York. 

Stefan Zweig, Petropolis, sans date - Octobre/Novembre 1941

Repéré chez Marilyne

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Titre original : Stefan and Lotte Zweig's south American letters
Traduit de l'anglais par Adrienne Boutang et Baptiste Touverey
Edition établie et préfacée par Darién J. Davis et Oliver Marshall
Bernard Grasset, 300 pages, 2012 pour l'édition française et 2010 pour l'édition originale


Je t'aime [maintenant] (Sandra Reinflet)

samedi 9 février 2013

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Repéré chez Keisha, ce livre m'a fait de l'oeil. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre mais ce que j'y ai trouvé m'a plu. 

Présentation de la quatrième de couverture :

Je t'aime maintenant retrace un cadran composé de vingt-quatre moments liés par un fil : celui d'une même histoire avec l'amour. C'est la sienne, la leur, mais cela pourrait tout aussi bien être la vôtre...
Un jeu de miroir subtil, qui dresse le portrait d'une génération. Une génération qui tarde à s'installer dans la vie adulte, refuse la contrainte, et pourtant, semble encore chercher l'éternelle rime de l'amour avec toujours.

Je t'aime maintenant, c'est l'amour du père, l'amour d'enfance, l'amour physique, l'amour-amitié, la passion, la séparation, la rencontre, l'attrait pour l'autre. Tout cela dans un même ouvrage. Pour chaque personne, une heure, des textes et des photos. Jeu de miroir car on peut lire deux visions d'une même histoire d'amour, celle de l'auteur et celle de l'être aimé. Sandra Reinflet livre une partie de sa vie intime  mais avec toute la délicatesse nécessaire pour que le lecteur ne se sente pas en position de voyeur. C'est émouvant, parfois amusant, toujours vrai. On navigue entre les pages entre émerveillement et curiosité, on admire les clichés, on se rappelle ses propres moments. 

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Je t'aime maintenant est un ovni, un livre qui ne se réduit pas à un genre unique mais flirte avec plusieurs. A découvrir ou à offrir.

* * *
Un extrait lu par l'auteur :

(Un petit bémol : les textes écrits par les amours de Sandra sont laissés dans leur langue originale, empêchant ainsi certains lecteurs de les comprendre. Il aurait été tellement facile de proposer une traduction juste au-dessous...)

Michalon, 206 pages, 2012

Patients (Grand Corps Malade)

samedi 29 décembre 2012

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J'avais à coeur de vous parler de ce roman autobiographique car il m'a énormément touchée. Grand Corps Malade est un artiste que j'apprécie énormément. J'aime sa voix, sa plume, sa vision des choses. Lorsque j'ai su qu'il avait écrit ce livre, j'ai immédiatement eu envie de le lire. Je l'ai dévoré et j'y ai relevé de multiples passages, drôles, émouvants, édifiants.

Grand Corps Malade est un nom de scène qui fait référence à la grande taille du personnage mais aussi à ce terrible accident survenu à l'âge de vingt ans qui le laissa légèrement handicapé. 

Des circonstances limites risibles mais des conséquences graves. Il plonge dans une piscine pas assez remplie, se réceptionne sur la tête et se déplace des vertèbres. Les médecins pensent qu'il ne remarchera pas. Pendant quelques temps il est tétraplégique, mais il finira par retrouver l'usage de ses membres et sa mobilité. 

Dans ce court texte il revient sur cette année passée à l'hôpital, entre rééducation et soins, les rencontres qu'il y a faites, ses progrès, les humiliations vécues, aussi. Sur un ton léger il décrit ces mois de calvaire, cette expérience humaine unique et douloureuse physiquement et psychiquement. Pas de pathos, un style direct, simplement la vérité, un témoignage empli de dignité et tourné vers l'autre. 

A l'image de ses chansons je retiendrai de ce livre que l'auteur est un grand Monsieur, et pas seulement par la taille.

Je connaissais mon plafond de réa dans les moindres détails, chaque tache, chaque écaille de peinture. Il y avait un néon masqué par une grande grille rectangulaire. La grille était composée de quatre cent quatre-vingt-quatre petits carrés. Je les ai comptés plusieurs fois pour être sûr. En réanimation, quand on est conscient, on a le temps de faire pas mal de trucs essentiels...

* * *

Ah oui, pour tous les ringards d'entre vous qui n'ont jamais été tétraplégiques, sachez que manger seul pour un tétra est aussi facile que de voler pour un homme valide.

* * *

Je découvre les joies de l'autonomie zéro, de l'entière dépendance aux humains qui m'entourent et que je ne connaissais pas hier.

* * *

Tout le monde s’habitue. C'est dans la nature humaine. On s'habitue à voir l'inhabituel, on s'habitue à voir des gens souffrir, on s'habitue nous-mêmes à la souffrance. On s'habitue à être prisonniers de notre propre corps. On s'habitue, ça nous sauve.

* * *

Mme Challes vient d'étrangler en moi les dernières traces de l'innocence. J'ai vingt ans et, à partir d'aujourd'hui, la vie ne sera plus jamais la même.

* * *

En prison comme à l'hosto, on attend et on s'emmerde énormément. Et puis, surtout, on parle de l'avenir en utilisant les mots "sortir" et "dehors". Quand on sera "dehors", la vraie vie pourra reprendre...

   

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Don Quichotte, 163 pages, 2012

Une fleur dans les glaces (Géraldine Danon)

jeudi 28 juin 2012

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Cet ouvrage est le récit de voyage de Géraldine Danon, son mari le célèbre navigateur Philippe Poupon et quatre de leurs enfants, sans oublier un chien !
A bord de la Fleur Australe, un voilier d'une vingtaine de mètres spécialement conçu pour les mers polaires, toute cette famille embarque en février 2009 pour tenter de traverser le fameux passage du Nord-Ouest qui relie les océans Atlantique et Pacifique. Sur les traces de nombreux explorateurs avant eux, ils se lancent dans ce défi périlleux. 
Géraldine Danon qui tient durant toute la durée de la navigation un journal de bord a écrit ce livre pour relater cette incroyable aventure. 

Ce sont huit mois de mer, de péripéties, de joies, de baisses de moral, d'angoisses mais aussi de sérénité, de fusion avec la nature. Une aventure familiale émouvante et passionnante que j'ai lue d'une traite et avec grand intérêt.
Seul petit bémol, l'aspect "people" qui par moments m'a un peu agacée... De par son passé d'actrice, l'auteur ne peut s'empêcher de parler de ses relations dans le milieu, des passages qui, à mon humble avis étaient déplacés dans ce livre, mais je pinaille. Mis à part cette infime critique, j'ai vraiment apprécié de suivre ce long voyage.
Un livre bien écrit qui donne de furieuses envies de prendre le large !

Merci Sandy !

J'ai Lu (Document), 156 pages, 2011


* * *

Pour en savoir davantage :

Le site consacré au voyage du passage du Nord-Ouest

- En 2010, la Fleur Australe a repris sa navigation cette fois vers le pôle sud ; l'émission Sept à Huit a consacré un reportage à ce deuxième voyage. Géraldine Danon a écrit un nouvel ouvrage qui s'intitule Fleur Australe, il est sorti en avril dernier.

- La Fleur Australe reprendra la mer en octobre prochain direction l'Amérique du sud, pour suivre cette nouvelle aventure, le site dédié.

- Fleur Australe est en partenariat avec Ifremer, Philippe Poupon explique comment dans une interview

Mère épuisée (Stéphanie Allenou)

samedi 17 mars 2012

Voici un livre que j'aurais aimé lire deux ou trois ans plus tôt !
Le témoignage en toute simplicité d'une mère de famille qui traverse une crise de maternité. Cet évènement qui est décrit partout comme le plus heureux de vie de femme, n'amène pourtant pas toujours que bonheur et joie. Parfois, devenir mère est un changement bouleversant plus ou moins bien vécu et pouvant conduire jusqu'à la dépression. Stéphanie Allenou ose même le terme fort d' "aliénation". Sans tabou, elle revient sur ces années noires qui ont suivi l'arrivée de jumeaux nés deux ans après leur grande soeur. Elle explique comment, jour après jour, elle a sombré et perdu un à un tous les repères qu'elle avait avant dans sa vie de femme. Comment elle a perdu le sommeil, est devenue irritable, débordée par ces enfants désobéissants et turbulents. Comment elle a peu à peu perdu contact avec la réalité sociale et le monde des adultes. Alors qu'il y a une souffrance bien palpable derrière ces mots, cette maman témoigne sans sombrer dans le pathos, elle expose le plus objectivement possible cette lente descente aux enfers, ses angoisses, ses crises, sa relation avec la chair de sa chair. Et puis, parce que dans la vie on finit toujours par se relever, elle relate son retour à sa vie d'adulte, sa volonté de concilier vie de famille et vie professionnelle, vie de femme et de mère. Ce cheminement est long mais l'a rendue plus forte et lui a permis de retrouver un équilibre à la fois physique et psychique. Parce qu'être une mère au foyer c'est un boulot à temps plein, parce qu'être mère ce n'est pas "rien", parce qu'élever des enfants c'est un peu comme gérer une entreprise, on peut faire le parallèle entre la dépression de la jeune mère et le syndrome du  burnout professionnel. 
Même si aujourd'hui je ne me sens plus totalement concernée par cet état, j'ai lu d'une traite ce témoignage poignant  qui m'a rappelé parfois ce que j'ai pu vivre lorsque mes enfants étaient plus petits. Un livre à mettre entre les mains de toutes les jeunes mamans et peut-être aussi de leurs compagnons et de l'entourage pour comprendre et faire comprendre que la maternité n'est pas une chose aisée. 

Les liens qui libèrent, 219 pages, 2011 

Et rester vivant (Jean-Philippe Blondel)

dimanche 9 octobre 2011

Une fois de plus Blondel est venue me cueillir avec ses mots. Coup de coeur. Dès la première page, j'ai été absorbée par le texte et je n'ai plus lâché le livre. 
Un ouvrage sur la couverture duquel on peut lire l'inscription "roman", sauf que ça n'en est pas vraiment un... L'auteur livre ici une tranche de sa vie, l'un de ces moments intimes et denses, si difficiles à raconter. 

L'histoire démarre avec le décès de son père. Il a alors vingt-deux ans et quatre ans auparavant, sa mère et son unique frère ont été tués dans un accident de voiture. Quatre petites années et il se retrouve seul et sans attaches.
Jean-Philippe Blondel s'excuse presque de cette situation improbable :
C'est ridicule.
Personne ne perd son frère et sa mère, puis quatre ans plus tard, son père - à l'âge de vingt-deux ans.
Ça n'arrive jamais, ce genre de choses. Même dans les romans. Il y a une limite à l'indécence, quand même. Le romancier plonge son héros dans la tragédie, il ne va pas en rajouter une couche. Il est sur le point d'ajouter un troisième décès, et puis il se reprend : " Ah non, honnêtement, c'est impossible, il faut que je trouve autre chose. "

Sauf qu'ici il ne s'agit pas de fiction.
Après le décès de son père, l'auteur n'a plus qu'une idée en tête, partir. Aller en Californie et se rendre à Morrow Bay, une ville dont parle Lloyd Cole dans sa chanson Rich qu'il écoute en boucle à l'époque.
Et le voilà de l'autre côté de l'Atlantique avec son ex petite amie et son meilleur ami, Laure et Samuel. 

C'est à la fois le récit d'un voyage sur un autre continent et celui d'un voyage intérieur qui nous sont relatés en une dizaine de courts chapitres. 
J'ai déjà lu plusieurs romans de Jean-Philippe Blondel et c'est sans hésitation que j'ai emprunté celui-ci à la bibliothèque. Je l'ai vu et je me suis dit : " chic, un nouveau Blondel ". Sauf que je ne me souvenais plus que c'était un roman autobiographique. J'ai eu une petite appréhension et puis je l'ai ouvert. Et je ne l'ai plus refermé, enfin si, à la fin. J'ai aimé découvrir ce passé même s'il est triste. J'ai aimé, que dis-je, j'ai adoré cette écriture. Un style parfaitement juste. L'auteur explique dans plusieurs interviews la difficulté qu'il a eue et le temps qu'il a mis avant de trouver le bon ton, celui qui saurait énoncer ces instants tragiques sans sombrer dans le pathos. Mission réussie. Pas de pathos mais une véritable émotion, une pureté dans les mots, ces phrases courtes, ces métaphores si parlantes. Il n'y a pas de descriptions exhaustives, d'insistance sur les sentiments ressentis. Blondel ne s'embarrasse pas de cela, il va à l'essentiel et délivre son message sans détour. On peut ne pas aimer ce style. Moi il me transporte, me happe des les premières lignes. Je ne sais pas comment exprimer ce que j'ai éprouvé en lisant ce livre, mais j'ai eu l'impression d'entrer en communion avec lui. C'est simple, mais tellement bien écrit.

Et rester vivant est un roman intime, très personnel. Il ne touchera pas tous les lecteurs mais il déversera sa douce magie sur quelques uns. Il apporte un éclairage sur les romans précédents de l'auteur et vient en quelque sorte boucler un cycle d'écriture. Un livre qui n'a pas dû être évident à écrire mais qu'il aurait été dommage de garder sous silence. 

* * *

Deux interviews de l'auteur à propos de Et rester vivant : celle réalisée par la librairie Mollat, celle réalisée par France Culture

Les impressions de SylireLaure et Laurence

Buchet Chastel
244 pages, septembre 2011

127 heures (Aron Ralston)

mardi 15 mars 2011

127 heures est une réédition française du texte publié pour la première fois en 2005 sous le titre Plus fort qu'un roc. Une réédition qui accompagne la sortie du film (Qui, au passage, ne me tente pas du tout, j'ai vu la bande-annonce, beurk ! La personnalité qui est donnée dans le film au personnage d'Aron ne colle pas du tout à la réalité.) adapté de ce roman-témoignage.

L'histoire, vous la connaissez peut-être, est celle de ce jeune américain qui, en 2003, vécu et vaincu une situation impossible, ou tout du moins ce qui me paraît comme tel.
Nous sommes le 26 avril dans le Canyonlands National Park, Utah. Aron Ralston a prévu une ballade d'une journée entre VTT et canyoning. Le but de l'expédition est de se rendre à la Great Gallery qui se situe dans le Horseshoe canyon pour y admirer des pétroglyphes vieux de plusieurs milliers d'année. Le jeune homme âgé de 27 ans est un sportif accompli, grimpeur et skieur confirmé et amoureux des grands espaces. 
Le parcours qu'il a choisi ne présente pas de difficultés particulières et la météo est plutôt clémente. La journée démarre bien, Aron va au bout de la piste cyclable, abandonne son vélo puis entame la suite de son périple à pied. Après avoir partagé un bout de chemin avec deux jeunes femmes rencontrées à l'entrée du Blue John Canyon  il quitte ces dernières pour terminer la promenade en solo. 
Moins d'une heure plus tard sa vie bascule en même temps qu'un gros rocher. Aron a vu le bloc tomber, tenté de l'éviter mais sans succès. Après avoir ricoché sur la paroi abîmant au passage sa main gauche, la pierre se bloque dans le couloir du canyon coinçant au passage la main et le poignet droits d'Aron.
Ce que relate ce livre, ce sont les 127 heures qui se sont écoulées entre le moment ou Aron a eu son accident et celui où il a retrouvé la liberté. 127 heures dont une bonne partie sans eau et sans nourriture, sans pouvoir bouger ni dormir. 127 heures à chercher désespérément des solutions toutes plus improbables les unes que les autres, à garder espoir pour ensuite admettre que la seule issue possible est la mort. 
Pour sortir de ce canyon, le jeune homme devra prendre la terrible décision de s'auto-amputer le bras. Comment a-t-il survécu à une pareille épreuve, comment son organisme a-t-il résisté si longtemps aux privations d'eau et de sommeil ainsi qu'à la douleur ? On serait tenté de crier au miracle. Ce qui est certain, c'est qu'Aron a bénéficié de sa solide constitution physique mais également d'une force mentale incroyable et de son intelligence.

J'avais envie de lire ce roman, de comprendre le parcours de cet homme, ce qui est passé dans la tête de cet individu qui a réalisé l'irréalisable. Cependant j'appréhendais le côté "sensationnaliste", je craignais de lire un témoignage dans lequel je me serais davantage sentie voyeuse que lectrice. 
Bien au contraire, j'ai trouvé ce livre très pudique et bien tourné. Le récit, qui n'est pas sans émouvoir, ne bascule pas dans le pathos mais expose les faits le plus objectivement possible, presque de façon clinique. J'ai été agréablement surprise de découvrir, au-delà de cette histoire extraordinaire, la plume d'un homme intéressant dont on découvre au fil du livre le cheminement de vie jusqu'à ce 26 avril 2003. La narration alterne ainsi des chapitres qui retracent ses premières expériences avec la nature et cette période de  cinq jours coincé dans le canyon. Grâce à ce procédé, on découvre qui est cet homme et l'on peut dans le même temps souffler un peu avant de retourner au fond du canyon. Parce qu'on y est vraiment dans le canyon. Pendant cette lecture, le sentiment d'empathie que l'on ressent est immense et j'ai pour ma part eu véritablement la sensation d'accompagner physiquement et moralement cet homme que je ne connaissais pas. D'ailleurs,  au moment où j'écris ce billet, je suis encore là-bas en pensée. 

C'est bien sûr une histoire qui émeut, qui bouleverse, mais pas que. Je suis ressortie de cette lecture avec une plus grande conscience encore de ce qu'est la vie, de l'importance des choix que l'on y fait, de la nécessité d'y accepter les événements malheureux et d'aller toujours de l'avant. Mine de rien, c'est un ouvrage qui fait réfléchir et vous ramène à une position d'humilité.

L'avis de Lystig


Titre original : Between a rock and a hard place
Traduit de l'américain par Yves Forget-Menot
Michel Lafon, 303 pages, 2004 pour l'édition originale, 2011 pour cette deuxième édition française

Petits contes de printemps (Sôseki)

dimanche 2 mai 2010

La couverture est jolie, le titre est une invitation à la lecture, mais je suis restée insensible à ces Contes du printemps...

Pourtant c'était plutôt bien parti avec le premier "conte" qui s'intitule Jour de l'an. C'était agréablement écrit avec cette note d'humour si particulière  - spécifique, j'en ai l'impression, à la culture asiatique - qui me touche. Mais les récits suivants m'ont ennuyée et laissée de marbre. Sôseki, dans ce recueil, relate des moments de sa vie souvent anecdotiques, des souvenirs, des instants. L'idée avait tout pour me plaire mais je me suis sentie complètement étrangère (au sens propre et figuré) à ce que raconte cet auteur japonais. Cela s'explique sans doute en partie par l'écart entre ma culture et celle de l'auteur mais il ne s'agit pas seulement de cela. J'ai été transportée par des textes émanant de cultures très éloignées de la mienne, aussi je ne pense pas que ce soit la raison de mon indifférence aux Petits contes de printemps.
J'avoue que je suis perplexe, je ne sais comment analyser ce rendez-vous manqué.
Je peux néanmoins imaginer ce que l'on peut apprécier dans cette œuvre... une sorte de musique interne, la contemplation du temps et des paysages... autant d'éléments qui d'habitude séduisent la lectrice que je suis.

Lecture commune avec Lau

(une lecture croisée puisque l'on s'est offert mutuellement ce livre dans le cadre du swap au long cours 2009)

Philippe Picquier (collection Picquier Poche) - 138 pages

Les grandes vies ~ Magellan (Stefan Zweig)

mardi 2 mars 2010

Au moment où je m'apprête à rédiger ce billet, je reprends en main ce volumineux ouvrage et je réalise qu'il est truffé de post-it qui ont jalonné ma lecture. J'en dénombre pas moins de onze pour une lecture de moins de deux cents pages, ce qui, je crois, est un signe. Signe que ce texte m'a interpellée, signe aussi de sa qualité.

Je n'ai jamais aimé l'histoire telle qu'elle m'a été enseignée au lycée. Si j'avais eu un professeur possédant ne serait-ce que le quart du talent de Zweig, j'aurais été beaucoup plus attentive en cours... Je ne connaissais la prose de cet auteur qu'à travers ses nouvelles, je le découvre à présent dans le cadre d'une biographie, et le charme a opéré de la même manière que pour ses récits de fiction. Il est capable de porter des faits historiques avec une langue tellement simple et vivante qu'on croirait lire un roman d'aventure. Charmée, je l'ai été. Par la forme d'abord. C'est un délice que de prendre une leçon d'histoire de cette manière. Par le fond aussi.

Mais revenons à la genèse de cet ouvrage. Ce livre est " né d'un sentiment peu courant, mais très énergique, la honte ". Zweig se rend au Brésil à bord d'un paquebot. Durant cette traversée de l'océan Atlantique, l'écrivain s'impatiente de la longueur du trajet et culpabilise dans le même temps de ce sentiment qu'il éprouve en songeant aux conditions de vie des hommes qui prenaient la mer aux siècles précédents. Dans la bibliothèque présente à bord, il consulte des ouvrages relatant les premiers longs voyages en mer. Celui de Magellan lui fait grande impression, et de retour en Europe, il se met en quête d'autres livres sur le sujet.  Il ne rencontre que frustration : " Et comme cela m'est déjà arrivé plusieurs fois je compris que le meilleur moyen de m'expliquer à moi-même quelque chose  qui me paraissait inexplicable était de le décrire et de l'expliquer à d'autres. " Ainsi naît le texte Magellan. Je ne sais pas si Zweig y a vu plus clair après avoir écrit ce livre, mais pour la lectrice que je suis, la démonstration a été magistrale, un texte instructif et passionnant.

Après un retour sur l'origine des premiers voyages maritimes, à  savoir la course aux épices, il dresse le portrait de cet homme dont le nom ne m'évoquait jusqu'à présent que celui d'un détroit : " ce petit homme effacé et taciturne ne possédait à aucun degré l'art de se faire aimer des grands ni de ses inférieurs ". Un homme, qui, au moment d'entreprendre le voyage qui le rendra célèbre, est rompu aux techniques que doit maîtriser un navigateur digne de ce nom. " Dix années d'expérience l'ont formé à toutes les techniques militaires, il s'entend à manier l'épée et l'arquebuse, la boussole et le gouvernail, à larguer la voile et à tirer le canon. Il sait lire et tracer un portulan, jeter la sonde aussi bien qu'un vieux pilote et se servir des instruments de bord avec autant de précision qu'un " maître de l'astrologie ". " Il a parcouru les différentes mers du globe, essuyé tempêtes et combats et découvert d'autres cultures.

A présent il a un rêve, celui de rallier les îles aux épices depuis le Portugal en naviguant d'est en ouest et tenter de découvrir un passage entre l'Atlantique et le Pacifique. Ce projet ne séduit pas son monarque qui se détourne de lui, et Magellan va alors se tourner vers le roi d'Espagne qui lui apporte son soutien. " En l'espace de quelques semaines le sans-patrie qu'il était, l'homme méprisé, sans situation est devenu capitaine-général d'une flotte de cinq navires, chevalier de l'ordre de Santiago, futur gouverneur de toutes les îles et terres qu'il découvrira, maître absolu d'une Armada et avant tout maître, pour la première fois, de son destin. " Le rêve du navigateur portugais prend enfin forme, mais les préparatifs sont longs. Il faut penser à tout, ne négliger aucun détail dont l'oubli pourrait se révéler fatal en mer, et prévoir de quoi subsister durant plusieurs mois, voire plusieurs années, pour 265 hommes. " L'alpha et l'oméga de toute nourriture, c'est le biscuit du marin : Magellan en a fait embarquer 21 380 livres [...] selon toute prévision, cette quantité devrait suffire pour deux ans. " Il faut également penser aux navires et à leur équipement, car " les navires sont eux aussi des êtres vivants, qui, à chaque voyage par-delà les mers, usent une partie de leur force de résistance ".
Enfin, l'heure du grand départ a sonné, Magellan lève l'ancre et laisse femme et enfant derrière lui. Quand il entame son voyage à bord de la Trinidad, il ne sait pas ce qui l'attend. Ce seront presque trois années de lutte et de recherches, ponctuées par les mutineries, la famine et les tempêtes. Magellan est un dur à cuir qui obéit à un certain code d'honneur, " une nature rude qui fait régner une discipline de fer dans sa flotte ". Cette traversée interminable va finalement aboutir à la découverte du fameux détroit plus tard baptisé du nom du navigateur.
La dernière étape du voyage doit permettre de rejoindre l'archipel des Moluques en Indonésie, mais ce sera sans Magellan qui mourra avant d'atteindre les îles tant espérées.
Partie de Séville trois ans auparavant, l'expédition de Magellan rejoindra son port d'attache amoindrie mais victorieuse. Ce seront 18 hommes épuisés à bord d'un navire disloqué qui boucleront de tour du monde " à l'envers ".
La découverte du détroit de Magellan est l'aboutissement d'une vie et d'un rêve mais elle ne sera pas reconnue à la hauteur des sacrifices humains qu'elle a engendrés. La percée du canal de Panama achèvera de l'enterrer. Pourtant, ce tour du monde restera une des prouesses de l'histoire de la navigation. Et Zweig de conclure : " Mais ce n'est jamais l'utilité d'une action qui en fait la valeur morale. Seul enrichit l'humanité, d'une façon durable, celui qui en accroît les connaissances et en renforce la conscience créatrice. "

Un récit admirablement écrit et construit qui fait voyager (dans le temps et dans l'espace) par procuration.  Zweig a su restituer l'essence même de la vie du célèbre navigateur, c'est tout simplement fascinant.



Grasset (collection Bibliothèque Grasset) - 1242 pages

84, Charing Cross Road (Helene Hanff)

dimanche 15 novembre 2009

84, Charing Cross Road est un roman épistolaire bâti à partir des lettres échangées entre l'auteur vivant au Etats-Unis et une librairie "spécialisée dans les livres épuisés" située en Angleterre. Pendant près de vingt années Helene Hanff va correspondre avec un certain Frank Doel chargé de faire des recherche pour elle. En vérité, il me semble que le terme "caprices" conviendrait mieux ici que celui de "recherches", mais ce n'est là que mon avis très subjectif.
J'avais choisi ce titre après avoir lu de nombreux billets élogieux à son sujet. Je dois dire que cette lecture me laisse perplexe et qu'en toute honnêteté je me demande bien comment pareil livre peut se retrouver dans une liste de trésors littéraires à côté de réels chefs-d'œuvre... Les voies des lecteurs sont impénétrables !
Sans aller jusqu'à dire que je n'ai pas aimé ce roman, sa lecture ne m'a pas transportée et m'a laissée totalement indifférente. Enfin pas totalement, parce que le ton des lettres d'Helen Hanff m'a parfois exaspérée. C'est sensé être de l'humour, moi ça ne m'a pas fait sourire. Et ce pauvre Frank Doel qui répond toujours avec le même flegme et la même courtoisie anglais, au bout de quelques pages ça a commencé à m'agacer un tantinet...
Quant à cette histoire assez incroyable de correspondance entre deux êtres de chaque côté de l'Atlantique, et bien elle ne m'a pas touchée le moins du monde. C'est soit-disant un éloge à l'amour des livres, moi je n'y ai vu que l'expression de l'égocentrisme. Imperméable je suis restée. Et cette avalanche de noms d'auteurs classiques qui me sont totalement inconnus n'a rien fait pour raviver mon intérêt, malheureusement.
Bref, ma critique est dure mais le seul qualificatif qui me vient à l'esprit en songeant à cette lecture ratée c'est "gentillet".


Lecture commune avec Mariel, Herisson08 et Cynthia


Autrement Littératures (collection Le livre de poche) - 156 pages

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